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La maladie dans la tradition juive, M. Macina
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La maladie dans la tradition juive

Orthodoxie et orthopraxie *

 

 

 

Introduction

 

 

Passer en revue les conceptions de la maladie qui s’expriment dans la tradition juive est une entreprise risquée et qui – l’auteur de ces lignes en a fait maintes fois l’expérience – expose le théologien de service qui a accepté d’en traiter ex cathedra aux tirs de barrage de ceux-là même, spécialistes d’autres disciplines, qui l’ont prié de le faire. Je prends donc ce risque, non sans demander au lecteur de faire preuve de cette disposition favorable du cœur et de cette humilité de l’esprit, sans lesquelles l’écoute de l’autre n’est que politesse formelle, ou concession momentanée de parole de la part d’un interlocuteur qui n’a un instant endigué le fleuve de ses certitudes que pour les déverser ensuite sur l’imprudent que vous êtes, dès qu’il estimera que vous avez épuisé vos chances de le convaincre.

 

À l’instar de son collègue chrétien, et peut-être avec plus de rigueur, le théologien juif est confronté à un dilemme. D’une part, conscient de l’auguste dignité de l’être humain, créé à l’image de Dieu, mais aussi de sa faiblesse et des difficultés de sa condition incarnée, il voudrait passionnément parler de Lui à ses semblables, leur dire ce qu’il attend d’eux, en termes que chacun et chacune puissent comprendre et accepter. Par ailleurs, s’il n’est pas lui-même dévoyé ou démagogue, il sait que ce Dieu, dont il s’efforce d’exposer les voies et les exigences, agit et s’exprime souvent de manière tellement déconcertante, à vue humaine, que le simple énoncé de ses actions et de ses paroles, telles qu’elles sont relatées dans les Écritures, risque de scandaliser les esprits les mieux disposés. Dieu ne dit-il pas lui-même (Ex 20, 5) :

 

"Je suis un Dieu jaloux qui punis la faute des pères sur les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants pour ceux qui me haïssent."

 

Ou encore : (Dt 32, 35) :

 

"À moi la vengeance et la rétribution, pour le temps où leur pied trébuchera…"

 

Contrairement à une opinion très répandue, il ne s’agit pas là de conceptions vétérotestamentaires «totalement étrangères à l’Évangile d’amour de Jésus-Christ». En témoignent des passages néotestamentaires tels que ceux-ci :

 

[C’est Jésus qui est censé parler [1][1], en faisant allusion au jugement eschatologique]:

 

"Quant à mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence." (Lc 19, 27).

 

"Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire… Alors il dira encore à ceux de gauche: Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges…" (Mt 25, 31-33; 41)

 

À la lumière de cet aperçu, forcément sommaire, il est facile d’entrevoir que les réponses de l’Écriture et de la tradition juive au dramatique problème de la souffrance humaine, en général, et à celui de la maladie, en particulier, risquent d’être tout aussi dérangeantes, voire scandaleuses pour le croyant moyen.

 

Je procéderai, ci-après, à un inventaire sommaire des conceptions relatives à la maladie, telles qu’elles s’expriment dans les écrits bibliques canoniques (I), dans le Nouveau Testament (II), et dans la littérature rabbinique des premiers siècles (III), en les illustrant par des textes de référence, choisis parmi ceux qui font autorité tant pour le judaïsme que pour le christianisme. Enfin, dans la dernière Partie de cette étude (IV), je brosserai, à grands traits, un panorama des opinions et des croyances des penseurs juifs orthodoxes, du Moyen Âge à l’époque moderne, et des comportements qu’ils préconisent face à la maladie et aux souffrances qui en découlent.

 

Tenant compte du fait que, sauf exception, je m’adresse à un public non versé dans les sciences juives, j’ai choisi de donner à mon exposé un caractère plus descriptif que spéculatif.

 

 

I. La maladie dans la Première Alliance

 

 

Plus de trois cents versets du Premier Testament parlent de la maladie, soit pour en faire état, soit pour relater des faits de guérison, généralement miraculeuses. Pour les écrivains sacrés, la maladie vient de Dieu, elle est la conséquence du péché, et elle sert d’instrument de châtiment. Plus surprenant : Dieu lui-même se fait le médecin des malades et exige qu’on ait recours à lui pour être guéri. Enfin le devoir de visiter des malades n’est pas oublié. 

 

1. Passages scripturaires mentionnant des guérisons divines

 

Ils abondent. En voici un florilège.

 

• Nb 12, 13 : [À propos de Myriam, devenue lépreuse en raison de sa médisance à l’égard de Moïse] : "Moïse implora le seigneur : ‘O Dieu, dit-il, daigne la guérir, je t'en prie!’ "

• Dt 32, 39 : "C'est moi [Dieu] qui fais mourir et qui fais vivre; quand j'ai frappé, c'est moi qui guéris et personne ne délivre de ma main."

 

L’écriture nous rapporte la guérison de Naaman, courtisan du roi de Damas, qui était lépreux (cf. 2 R, 5).

 

En 2 R, 20 (= Is 38,5), Isaïe guérit Ézéchias d’une maladie mortelle et lui ajoute quinze années de vie.

 

Dans le livre de Tobie, non canonique mais connu de la tradition juive, c’est l’Ange Raphaël lui-même (dont le nom signifie précisément 'Dieu a guéri') qui délivre Tobit de sa cécité.

 

Pour le livre de Job (5, 18), c’est Dieu "qui blesse, puis panse la plaie, qui meurtrit, puis guérit de sa main".

 

 

2. La maladie comme châtiment ou conséquence du péché

 

Au moins une cinquantaine de passages scripturaires font état de cette conception. En voici un bref florilège.

 

• Lv 26, 15-16 : «Si vous rejetez mes lois… Je vous assujettirai au tremblement, ainsi qu'à la consomption et à la fièvre qui usent les yeux et épuisent le souffle

• Nb 12, 9-10 : «La colère du seigneur s'enflamma contre eux [Aaron et Myriam, qui avaient jalousé et critiqué Moïse]. Il partit et la nuée quitta la Tente. Voilà que Miryam était devenue lépreuse, blanche comme neige.»

• Dt 28, 21-22. 27.35: le seigneur attachera à toi la pestele seigneur te frappera de consomption, de fièvre, d'inflammation, de fièvre chaude, de sécheresse, de rouille et de nielle… le seigneur te frappera d'ulcères d’Égypte, de bubons, de croûtes, de plaques rouges dont tu ne pourras guérir. le seigneur te frappera de mauvais ulcères aux genoux et aux jambes et tu n'en pourras guérir, de la plante des pieds au sommet de la tête.»

• 2 S 12, 15 : «le seigneur frappa l'enfant que la femme d'Urie avait donné à David, et il tomba gravement malade

• 2 R 5, 27 [en punition de l’avarice de Gehazi, serviteur d’Élisée, ce dernier lui annonce :] «la lèpre de Naaman s'attachera à toi et à ta postérité pour toujours… Gehazi s'éloigna de lui blanc de lèpre comme la neige.»

• 2 R 15, 5 : «le seigneur frappa le roi et il fut affligé de la lèpre jusqu'au jour de sa mort…»

• 2 Ch 16, 19-20 : «Ozias, tenant dans ses mains l'encensoir à parfum, s'emporta. Mais alors qu'il s'emportait contre les prêtres, la lèpre bourgeonna sur son front, en présence des prêtres… et tous les prêtres se tournèrent vers lui et lui virent la lèpre au front. Ils l'expulsèrent en hâte… car le seigneur l'avait frappé.»

• Za 14, 12 : «Et voici la plaie dont le seigneur frappera tous les peuples qui auront combattu contre Jérusalem: il fera pourrir leur chair alors qu'ils se tiendront debout, leurs yeux pourriront dans leurs orbites et leur langue pourrira dans leur bouche.»

• Ps 38, 2-9 : «En moi tes flèches ont pénétré, sur moi ta main s'est abattue, rien d'intact en ma chair sous ta colère, rien de sain dans mes os à cause de ma faute. Mes offenses me dépassent la tête, comme un poids trop pesant pour moi; mes plaies sont puanteur et pourriture à cause de ma folie…»

• Ps 41, 3 : «J'ai dit: Pitié pour moi, seigneur! guéris-moi, car j'ai péché contre toi! (refa’ah nafshi ki-hat’ati lakh

• Ps 89, 33 : «Je visiterai avec des verges leur péché, et par des pestes [= nega’im] leurs iniquités

• Ps 103, 3 : «Lui qui pardonne toutes tes offenses, qui te guérit de toute maladie

• 2 M 9, 4-6 : «Mais le seigneur qui voit tout, le Dieu d'Israël, le frappa d'une plaie incurable et invincible. A peine avait-il achevé sa phrase qu'une douleur d'entrailles sans remède le saisit et que des souffrances aiguès le torturaient au-dedans…»

 

 

3. Passages scripturaires présentant la maladie comme une œuvre rédemptrice

 

Il est une dimension de la maladie, que l’on peut appeler ‘vicariante’, et qui, à elle seule, nécessiterait une étude particulière, qu’il n’a pas été possible de réaliser dans le cadre de la présente enquête. Elle repose sur un passage d’Isaïe, que le christianisme considère comme une prophétie de la mission rédemptrice de Jésus (cf. Mt 8, 17), mais qui, convenablement analysé à la lumière de la tradition rabbinique, contribuerait certainement à une meilleure compréhension théologique du mystère de la souffrance. On notera, dans ce texte, la récurrence de la notion de «maladie», qui ne semble pas devoir être prise au sens métaphorique. Et pourtant, il s’agit d’un innocent.

 

• Is 53, 2-12 : «Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleurs [makhovot], familier de la maladie, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas. Or ce sont nos maladies [TM halayenu; Sept. : hamartias, péchés] qu'il portait et nos souffrances [makhoveinù] qu’il supportait. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été victime [ou : ‘blessé’ = meholal] à cause de nos iniquités [mipesha’eïnù], écrasé à cause de nos fautes [me’awonoteïnù]. La correction qui nous rend la paix est sur lui, et par sa blessure nous sommes guéris [nirpa’ lanù]… le seigneur a voulu l'écraser par la maladie…»

 

 

4. Le recours à Dieu dans la maladie

 

Les Psaumes célèbrent à l’envi les actes de guérison – physique autant que spirituelle – que Dieu accomplit, le plus souvent pour exaucer les prières des souffrants :

 

• Ps 30, 3 : «seigneur mon Dieu, vers toi j'ai crié, tu m'as guéri

• Ps 41, 2-34: «Heureux celui qui discerne (maskil) le pauvre et le faible… le seigneur le garde… le seigneur le soutient sur son lit de douleur; tu refais tout entière la couche où il languit

• Ps 146, 8 : «le seigneur rend la vue aux aveugles, le seigneur redresse les courbés…»

Pour le Siracide (38, 2) : «C'est du Très-Haut que vient la guérison, comme un cadeau qu'on reçoit du roi.»

Le même livre conseille (Si 38, 9) : «Mon fils, quand tu es malade ne te révolte pas, mais prie le Seigneur et il te guérira

Ou encore (38, 14) : «A leur tour en effet ils prieront le Seigneur qu'il leur accorde la faveur d'un soulagement et la guérison pour te sauver la vie

 

Plus insolite est la conception de Dieu comme guérisseur plus efficace que les médecins :

 

• 2 Ch 16, 12 : «Asa eut les pieds malades, d'une maladie très grave dans la trente-neuvième année de son règne; même alors, il n'eut pas recours dans sa maladie à Yahvé mais aux médecins».

 

 

5. Devoir de rendre visite aux malades, de les soigner et de prier pour eux

 

Généralement considérée comme l’apanage du christianisme, cette attitude était déjà prônée par le Premier Testament, même si c’est a contrario comme en Ezéchiel, ainsi qu’en témoignent ces deux citations :

 

• 2 R 8, 29 : «Ochozias fils de Joram, roi de Juda, descendit à Yizréel pour visiter Joram fils d'Achab parce qu'il était souffrant [selon LXX; TM : ‘malade’].»

• Ez 34, 4 : «Vous n'avez pas fortifié les brebis chétives, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée

 

 À en croire ce passage d’un Psaume, le juif pieux prie même pour ses ennemis :

 

• Ps 35, 13-14 : «Moi, pendant leurs maladies, vêtu d'un sac, je m'humiliais par le jeûne, ma prière revenant dans mon sein, comme pour un ami, pour un frère, j'allais çà et là; comme en deuil d'une mère, assombri je me courbais.»

 

 

6. Synthèse

 

On sait que, pour l’homme moderne et a fortiori pour le chercheur et le penseur éclairés, il n’est pas question de prendre au pied de la lettre les passages scripturaires évoqués. Une telle lecture leur apparaît comme «fondamentaliste» et témoignant d’un retour scandaleux à une «mentalité prélogique». Il reste que ces textes posent de vraies questions tant aux exégètes qu’aux théologiens. Car, à supposer même qu’ils ne soient que le reflet des conceptions irrationnelles et mythiques propres aux cultures du Proche-Orient ancien, le fait que de telles conceptions aient trouvé place dans le canon des Écritures juives et se retrouvent dans celui du Nouveau Testament témoigne de leur appartenance à un fonds vénérable de croyances orthodoxes, sur lequel s’est édifiée une orthopraxie juive dont on peut dire qu’elle est passée, pour l’essentiel, dans la Tradition chrétienne postérieure.

 

À elle seule, cette constatation oblige les spécialistes – juifs et chrétiens – des disciplines concernées à un effort d’explicitation qui ne se limite pas à éluder les problèmes posés par ces textes difficiles, en les mettant arbitrairement au rang des vieilles superstitions véhiculées par un judaïsme ancien dépourvu de nos connaissances scientifiques modernes, qui attribuait à des puissances célestes ou démoniaques les phénomènes hostiles de la nature et acceptait sans critique, au nom de la théodicée, leur incidence sur l’intégrité physique et psychique de l’individu.

 

 

 

 

II. La maladie dans la Nouvelle Alliance

 

 

Deux faits massifs se dégagent de la lecture du Nouveau Testament : 1) la conception – conforme à celle du Premier Testament – selon laquelle la maladie est le salaire du péché; 2) la liaison entre la prédication du Royaume et la multiplication des miracles de guérison, comme si l’intégrité physique était une preuve et une conséquence incontestables de l’avènement de la nouvelle ère inaugurée par l’irruption du Royaume de Dieu dans le monde. En outre, comme c’est le cas dans l’Ancien Testament, le devoir d’accueillir et de soigner les malades est souligné.

 

1. Passages néotestamentaires présentant la maladie comme une conséquence ou un châtiment du péché

 

Une lecture rapide du passage qui suit semble contredire la conception vétérotestamentaire selon laquelle la maladie est une conséquence ou un châtiment du péché :

 

• Jn 9, 1-3; 6-7. 34 : «En passant, il vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent: Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle? Jésus répondit: Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées en lui les oeuvres de Dieu.» [2][2]

 

 

La quasi totalité des théologiens et exégètes chrétiens ont déduit de ce texte que, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, la Révélation néotestamentaire était en «rupture» avec la tradition du judaïsme ancien [3][3], et que le refus, exprimé par Jésus, de lier la maladie au péché, constituait un «progrès théologique indéniable» par rapport à une conception juive considérée comme «prélogique», ou «archaïque». Pourtant, d’autres textes néotestamentaires s’inscrivent en faux contre cette conclusion hâtive. Voici les plus significatifs.

 

• Jn 5, 2-14 : «Il y avait là un homme qui était infirme depuis 38 ans. Jésus, le voyant étendu et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit: Veux-tu guérir? L'infirme lui répondit : Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine, quand l'eau vient à être agitée; et, le temps que j'y aille, un autre descend avant moi. Jésus lui dit: Lève-toi, prends ton grabat et marche. Et aussitôt l'homme fut guéri… Après cela, Jésus le rencontre dans le Temple et lui dit : Te voilà guéri; ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pire encore

• 1 Co 11, 27-30 : «Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s'il ne discerne le Corps. Voilà pourquoi il y a parmi vous beaucoup de malades et d'infirmes, et que bon nombre sont morts.»

• Ac 13, 11 : [Paul s’adresse à Elymas le magicien] »Voici à présent que la main du Seigneur est sur toi. Tu vas devenir aveugle, et pour un temps tu ne verras plus le soleil." A l'instant même, obscurité et ténèbres s'abattirent sur lui, et il tournait de tous côtés, cherchant quelqu'un pour le conduire.»

• Jc 5, 15-16 : «La prière de la foi sauvera le patient et le Seigneur le relèvera, et les péchés qu’il a commis lui seront remis. Confessez donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris.» [4][4]

• Ap 16, 2 : «Et le premier [ange] s'en alla répandre sa coupe sur la terre; alors, ce fut un ulcère mauvais et pernicieux sur les gens qui portaient la marque de la Bête et se prosternaient devant son image.»

• Ac 18, 6 : «Voilà pourquoi, en un seul jour, des plaies vont fondre sur elle [Babylone] : peste, deuil et famine.»

 

 

2. Guérison des malades et annonce du Royaume dans la Nouvelle Alliance :

 

Les passages qui mentionnent et décrivent les guérisons opérées par Jésus et ses disciples sont trop nombreux (plus de 180) pour être tous cités ici. Je me limiterai à ceux qui présentent cette mission de guérison en liaison directe avec l’annonce du Royaume.

 

• Mt 4, 23 : «Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple.»

• Mt 9, 35 : «Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur

• Mt 11, 2-6 : «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? – Jésus leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez: les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres… »

• Lc 4, 18 : «L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue…»

• Lc 9, 2 : «Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons

• Lc 9, 6 : «Ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons

• Lc 9, 11: «Mais les foules, ayant compris, partirent à sa suite. Il leur fit bon accueil, leur parla du Royaume de Dieu et rendit la santé à ceux qui avaient besoin de guérison

• Lc 10, 8-9 : «Et en toute ville où vous entrez et où l'on vous accueille, mangez ce qu'on vous sert; guérissez ses malades et dites aux gens: Le Royaume de Dieu est tout proche de vous

 

 

3. Accueil et soin des malades :

 

Enfin la Nouvelle Alliance n’oublie pas de préconiser une attitude de compassion et de charité envers les malades. En témoignent les textes suivants :

• Mt 25, 34-40 : «Alors le Roi dira à ceux de droite: Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger… j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité… Alors les justes lui répondront: Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir… nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de te visiter? Et le Roi leur fera cette réponse: En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.»

• Lc 10, 30. 33. 34 : «Jésus reprit: Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort… Un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui

• Ac 16, 3 : «Le geôlier les prit avec lui à l'heure même, en pleine nuit, lava leurs plaies et sur-le-champ reçut le baptême, lui et tous les siens.»

 

 

4. Synthèse

 

Les remarques exprimées dans la synthèse de notre Première Partie valent pour la présente. En effet, il n’est pas rare de lire, dans des ouvrages chrétiens, des considérations qui font litière de certains passages, gênants pour nos conceptions rationalisantes de modernes, appartenant au fonds scripturaire évoqué ci-dessus.

 

Je ne voudrais ni m’immiscer dans un domaine qui n’est pas le mien, ni porter des jugements sur une problématique ressortissant à des conceptions chrétiennes qui ont peut-être une part de bien fondé. Toutefois, je ne pense pas que soit digne de spécialistes l’attitude, présentée comme «humaniste et soucieuse d’être perçue par nos contemporains», qui consiste à se débarrasser des problèmes théologiques et éthiques que posent des conceptions néotestamentaires du type de celles qui sont rapportées ci-dessus, en les réputant «irrationnelles», au motif qu’elles appartiennent au «vieux fonds mythique de la mentalité prélogique des civilisations anciennes», et qu’on peut en trouver l’origine dans les anciennes littératures non bibliques.

 

À mon avis, les vrais problèmes auxquels il conviendrait de s’attaquer – et qui ne sont, hélas! que trop rarement traités – sont précisément celui de la présence massive, dans les livres saints de presque toutes les religions primitives, de ces motifs – trop vite qualifiés de mythologiques et d’irrationnels –, et celui de leur présence dans les écrits fondateurs de la foi chrétienne. 

 

 

 

III. la maladie dans la littérature rabbinique

 

 

Nous allons examiner maintenant quelques conceptions rabbiniques afférentes à la problématique de la maladie, en ayant soin de vérifier, pour chacune d’entre elles, son enracinement biblique et, le cas échéant, la présence, dans le Nouveau Testament, de thèmes identiques ou analogues.

 

 

1. La maladie et les souffrances comme «salaire» du péché : une doctrine essentiellement rabbinique?

 

Sur base d’une compréhension inadéquate des textes rabbiniques, certains auteurs chrétiens, peu rompus à la dialectique propre à ces derniers, répondent généralement à cette question par l’affirmative. Nous allons voir que, même si certains textes talmudiques semblent accréditer cette conception, les choses ne sont pas aussi simples.

 

Il faut tenir compte tout d’abord de la conception a contrario des anciens rabbins, selon laquelle l’absence d’épreuves et de souffrances ici bas n’est pas forcément un signe de bénédiction. Cette condition, apparemment privilégiée, est souvent interprétée par eux comme un signe de réprobation divine. En effet, toujours selon les rabbins, il vaut mieux souffrir ici-bas que risquer de perdre sa part de la félicité dans le monde à venir. Et, de toute manière, la souffrance rachète les péchés.

 

Voici deux textes pour illustrer ce point :

 

• Midrash Sifreï , parashah ethanan, pisqa 7 : «L’homme doit aussi davantage se réjouir des souffrances [yissùrin] que de ce qui lui arrive de bon. Car si l’homme est dans la félicité toute sa vie, ses péchés ne sont pas pardonnés. Et par quoi sera-t-il pardonné? – Par les souffrances.»

 

• TB Sanhedrin 101 a-b : «Rabba, fils de Bar Hana a dit : quand Rabbi Éliézer est tombé malade, ses disciples sont entrés pour lui rendre visite. Il leur a dit : une forte colère règne sur le monde. Ils ont éclaté en larmes, tandis que Rabbi Aqiba seul riait. Pourquoi ris-tu lui ont demandé les autres? Et pourquoi pleurez-vous, leur a-t-il demandé? Ils lui ont répondu : Est-il possible qu’un ‘livre de la Torah’ [rabbi Éliézer] soit dans la souffrance et que nous ne pleurions pas? [Réponse] C’est justement pour cela que je ris. Tant que je ne vois chez mon maître ni le vin tourner, ni le lin frappé de la grêle, ni l’huile répandre une mauvaise odeur, ni le miel fermenter, je me dis : peut-être – Dieu l’en garde – mon maître a-t-il reçu ici-bas toute sa part de monde à venir. Maintenant que je vois mon maître dans la souffrance, je me réjouis [parce que je sais qu’il aura sa part du monde à venir]…»

 

Cette conception – j’ai pu le constater en maintes occasions – semble étrange, voire arbitraire, à beaucoup de chrétiens. C’est leur droit. Mais avant de se hâter de l’imputer au seul judaïsme talmudique, ils devront s’interroger sur le pourquoi de la présence du même thème dans les textes néotestamentaires suivants, malgré les tentatives exégétiques les plus acrobatiques pour en nier l’évidence.

 

• Lc 16, 19-35 : «Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour brillante chère. Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d'ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche... Bien plus, les chiens eux-mêmes venaient lécher ses ulcères. Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche aussi mourut, et on l'ensevelit. Dans l'Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein. Alors il s'écria : Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. Mais Abraham dit: Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé, et toi, tu es tourmenté…»

 

• Lc 6, 21. 24-25 : «Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez […] Mais malheur à vous, les riches! car vous avez votre consolation. Malheur à vous, qui êtes repus maintenant! car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant! car vous connaîtrez le deuil et les larmes.»

 

Enfin on trouve un écho de cette conception dans un Pseudépigraphe à fortes connotations eschatologiques [5][5]:

 

• Apocalypse de Baruch, XLVIII, 50 : «…de même que pendant un bref laps de temps, dans ce monde qui passe et où vous vivez, vous avez enduré des peines nombreuses, ainsi dans le monde qui n’a pas de fin, vous recevrez une grande lumière.»

 

Texte qui ne manque pas de parallèles  néotestamentaires, dont ces deux passages auxquels on se limitera :

 

Mt 5, 5 : «Heureux les affligés, car ils seront consolés.»

Rm 8, 18 : «J'estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.»

 

 

2. Toute souffrance ne procède pas obligatoirement du péché

 

Il est temps de faire justice de l’idée qu’en judaïsme, la conception dominante est que les maladies sont toujours causées par le péché. À cet égard, le texte talmudique de référence est le suivant :

• TB Shabbat fin 55 a - 55 b : «Rav Ami [6][6] a dit… il n’y a pas de mort sans faute, comme il est écrit (Ez 18, 20) : «Celui qui a péché, c'est lui qui mourra! Un fils ne portera pas la faute de son père ni un père la faute de son fils: au juste sera imputée sa justice et au méchant sa méchanceté.» Il n’y a pas de souffrances [yissùrin] sans péché, comme il est écrit (Ps 89, 33) : «Je visiterai avec des verges leur péché, avec des plaies [nega’im] leur iniquité». — On objecte : Moïse et Aaron n’ont-ils pas pratiqué toute la Torah? Pourtant, ils sont morts […] D’où nous pouvons déduire qu’il y a mort sans faute, et des souffrances sans péché. L’objection faite à Rav Ami est restée sans réponse.»

 

Il serait trop long d’entrer ici dans les méandres des discussions halachiques qui rendent l’intelligence de ce passage obscure au profane. J’en ai tronqué plusieurs développements, dont la compréhension suppose la connaissance des mécanismes de l’analyse textuelle du Talmud et de ses procédés d’exégèse. Il reste que cette dis­cussion n’est pas sans faiblesse et que sa conclusion n’est pas rigoureuse. En particulier, comme l’ont fait remar­quer des commentateurs ultérieurs (ba’aleï hatossafot), l’objection apporte bien une preuve contradictoire au sujet de la mort, mais pas au sujet des souffrances. On a la nette impression que le débat est orienté de manière à conforter l’opinion des Sages, selon laquelle on ne peut établir une relation de causalité mécanique entre ma­ladie et péché.

 

 

3. La maladie comme punition dans le Talmud

 

Outre sa présence dans l’Écriture, sous forme d’une lèpre infligée à Myriam pour sanctionner sa médisance (Nb 12, 10), ce motif figure également dans les parties aggadiques du Talmud et dans les Midrashim.

 

Je me limiterai ici aux maladies punitives infligées par Dieu au prophète Élisée. La première eut lieu à la suite de la malédiction qu’Élisée prononça contre les enfants qui l’insultaient (cf. 2 R 2, 23-24). (Cf. TB Sotah 46 b-47 a). La seconde frappa le prophète pour la sévérité excessive dont il fit preuve envers son disciple Gehazi, avec lequel il aurait dû garder quelques liens. (Cf. TB Sotah 47 a).

 

 

4. Quelques réponses du Talmud au problème du mal et à celui de la maladie

 

a) «Les souffrances d’amour»  (yissùrin shel ahavah) :

 

C’est un motif très fréquent dans la littérature talmudique. Selon TB Berakhot 5 a - 5 b (voir aussi Babba Metzi’ah 85 a; Genèse Rabbah 9, 8; Tanna debeï Eliahu Zùta, 11, etc.), quand quelqu’un est en butte à des souf­frances, il doit d’abord s’examiner attentivement, pour voir si ses actions sont conformes à la loi divine, ou s’il ne néglige pas l’étude de la Torah. S’il s’estime exempt de faute, il peut croire que les souffrances qui l’atteignent sont des «souffrances d’amour», c’est-à-dire des épreuves que Dieu inflige par amour pour le bien de ceux qu’il aime. Dans ce cas, la référence est au verset biblique (Pr 3, 11-12) : «Ne méprise pas, mon fils, la correction de Yahvé, et ne prends pas mal sa réprimande, car Yahvé met à l’épreuve celui qu'il aime, comme un père le fils qu'il chérit.» Ces souffrances, acceptées dans la soumission aimante à la volonté divine développent l’humilité et la patience.

 

 

b) «Chères sont les souffrances»  (havivin yissurin) :

 

Encore une expression fréquente dans la bouche des anciens rabbins. Selon eux, les souffrances sont le prix à payer pour obtenir de grands biens. C’est ce qu’exprime le passage suivant :

 

• Mekhilta  Yithro, Parasha behodesh, 10 : «Rabbi Yonathan dit : Chères sont les souffrances. De même qu’une alliance est scellée avec la terre, ainsi une alliance est scellée avec les souffrances [ainsi qu’il est dit] «Dieu te corrige» [et il est dit] (Ibid. v. 7) : «Le Seigneur ton Dieu te conduit vers un heureux pays». Rabbi Shim’on Bar Yohaï dit : Chères sont les souffrances. En effet, trois dons excellents, que les nations de la terre envient, furent faits à Israël, mais ils ne l’ont été que dans les douleurs. Ce sont la Torah, la terre d’Israël et le monde à venir.»

 

Le même aphorisme est employé pour souligner la vertu salvatrice des souffrances. Témoin ce texte :

 

• TB Sanhedrin 101 b : «Rabbi Aqiba a dit : Chères sont les souffrances [Rashi : elles obtiennent l’expiation des fautes]. Le maître [rabbi Éliézer] a dit alors : aidez-moi à m’appuyer, que j’écoute les paroles d’Aqiba, mon disciple, qui a dit : Chères sont les souffrances. Et il lui a demandé : d’où tires-tu cela? Il lui a répondu : J’interprète [un passage de] l’Écriture : «Manassé était âgé de douze ans quand il est devenu roi, et pendant vingt-cinq ans il a régné à Jérusalem. Et il a fait le mal aux yeux de l’Éternel» [2 R 21, 1-2]… Malgré toute la peine que s’est donnée [son père] il n’a pas réussi à l’élever vers le bien, seules les souffrances [y sont parvenues]; ainsi qu’il est dit : «et l’Éternel parla à Manassé  et à son peuple et ils n’écoutèrent pas. Et l’Éternel suscita contre eux  les chefs de l’armée du roi  d’Assyrie et ils se saisirent de Manassé et ils le mirent aux fers. Mais dans sa détresse, il supplia l’Éternel son Dieu et s’humilia profondément» (2 R 33, 10-13]… De là tu apprends que les souffrances sont chères

 

C’est encore l’expression qui est utilisée ci-après pour souligner la valeur expiatoire et méritoire des souffrances:

 

• Midrash Tehilim, pereq 118, siman 16 : « Il m’a corrigé et corrigé, le seigneur» [Ps 118, 8]. Chères sont les souffrances, car elles obtiennent propitiation comme les sacrifices. Concernant les victimes sacrificielles, l’Écriture dit : «et elle [la victime] sera agréée pour son expiation» [Lv 1, 4]; Concernant les souffrances infligées [= yissurim], il est écrit : «[car Yahvé reprend celui qu'il aime] comme un père le fils qu'il chérit» [Pr 3, 12]. Autre chose. Plus précieuses que les sacrifices sont les douleurs, car le sacrifice pour le péché d’inadvertance et le sacrifice pour le péché volontaire n’obtiennent propitiation que pour une faute précise, comme il est dit «et elle [la victime] sera agréée pour son expiation» [Lv 1, 4]; tandis que les souffrances infligées [= yissurim] obtiennent propitiation pour tout. D’où «Il m’a corrigé et corrigé,  le seigneur!»».

 

 

c) Dieu est présent au chevet des malades :

 

C’est un autre témoignage de l’exégèse réaliste des rabbins qu’apporte ce texte remarquable :

 

• TB Shabbat 12 b : «On a enseigné [dans une baraïtha, tradition non intégrée dans la Mishnah de Rabbi] : «Celui qui entre pour visiter un malade ne s’assiéra ni sur un canapé, ni sur une chaise, mais se couvrira entièrement, et s’assiéra à côté du malade, car la gloire de Dieu se tient au chevet du malade, comme il est dit : «L’Éternel le soutiendra sur son lit de douleur» [Ps 41, 4].»

 

 

d) La venue des Temps messianiques:

 

À en croire Exode Rabbah 15, 21, quand viendra le Messie, la maladie, la pauvreté, la mort même seront abolies. Parmi les dix choses nouvelles que Dieu fera «dans l’avenir» (lors de l’avènement des temps mes­sianiques), trois ont trait aux maladies : 1) «Il ordonne même au soleil de guérir les malades» (allusion à Ml 3, 20). 2) «Il fait couler des eaux vives de Jérusalem et guérit par elles tous ceux qui sont atteints de maladies» (allusion à Ez 47, 9). 3) «Il fait porter aux arbres des fruits qui guérissent tous ceux qui en mangent» (allusion à Ez 47,12 = Ap 22, 2).

 

 

e) La rétribution dans le monde à venir :

 

Selon la littérature rabbinique, la souffrance du juste est sa punition sur terre pour les péchés qu’il a commis. Ainsi, sa récompense dans le monde à venir pour sa perfection sera complète. En sens inverse, le pécheur invétéré n’est pas puni sur terre, mais il devra subir son châtiment dans le monde à venir. Ainsi, ce monde-ci est-il, pour le juif pieux, un lieu où se fait une «balance de comptes» entre ses bonnes et ses mauvaises actions, et où, s’il est fidèle à la loi, il se constitue un «capital de mérites» pour le monde à venir. Les attestations de ces conceptions sont nombreuses. Voir, entre autres, TB Berakhot 4 a; Eruvin 19 a; Ta’anit 11 a; Qiddùshin 39 b; Avot 2, 16; Genèse Rabbah 33, 1; Yalkùt Qohelet 978, etc.

 

 

5. Attitude à l’égard des malades 

 

Outre le passage – cité en 4 c), ci-dessus – destiné à encourager les fidèles à visiter les malades, la Aggadah affirme que Dieu Lui-même a accompli cette bonne action (mitzwah), en venant rendre visite à Abraham quand il se remettait de sa circoncision (TB Sotah 14 a). Toujours selon le Talmud, la visite des malades (biqqùr holim] est l’un de ces préceptes dont on «perçoit les intérêts dans ce monde, et dont le capital nous reste acquis dans le monde à venir» (cf. TB Shabbat 127 a). Autre incitation à pratiquer cet acte de bienfaisance, il est dit que quiconque visite un malade «lui enlève un sixième de sa maladie», alors que, s’il s’abstient de le faire; il hâte la mort de la personne qui souffre (cf. TB Nedarim 39 b - 40 a). Enfin, un juif doit visiter même les malades non juifs, «dans l’intérêt de la concorde» (cf. TB Gittin 61 a).

 

 

6. Une conception étrange : la maladie et les infirmités physiques du Messie

 

Dans plusieurs textes aggadiques [7][7], on trouve l’étrange perspective de mala­dies censées devoir frapper le Messie (réminiscence possible d’un midrash d’Is 53, 3-6, 10). Je me limiterai à ce passage du traité Sanhedrin :

 

TB Sanhedrin, 98 a : «Rabbi Yehoshuah ben Levi… a demandé [au prophète Élie] : quand viendra le Messie? {Réponse :] Va le lui demander toi-même — Mais où se trouve-t-il? — À l’entrée de la ville [certaines éditions ajoutent : «de Rome»] — Et à quel signe [le reconnaîtrai-je]? — Il est assis au milieu de pauvres frappés de toutes sortes de maladies (halaïm). Tous les autres défont et refont tous [leurs pansements] d’un seul coup, lui en défait et en refait un seul [l’un après l’autre], parce qu’il se dit : s’ils ont besoin [de moi pour le salut [ge’ùlah], il ne faut pas] que je sois retardé [du fait que je panse mes plaies].»

 

 

7. Synthèse

 

On cherchera en vain une doctrine consistante dans les conceptions diverses, voire contradictoires, qui se déga­gent de l’examen des textes évoqués. C’est que tel n’est pas le but des anciens rabbins, dont l’effort essentiel porte sur la fixation de la Halakhah, c’est-à-dire de la manière dont un juif pieux doit régler sa vie pour la rendre conforme aux 613 commandements de la Loi. Par contre, s’agissant des ’emùnot wede’ot (litt.: ‘croyances et opi­nions’), domaine de prédilection de la Aggadah, les points de vue sont plus éclectiques. Il reste que l’enseignement rabbi­nique à propos de ces conceptions non halachiques suit les règles traditionnelles de l’herméneutique juive (dont on ne peut traiter ici) et est tout sauf un corpus de spéculations théoriques. Il est d’ailleurs considéré comme si vé­nérable par les juifs pieux, qu’ils s’efforcent d’y conformer leur attitude et d’en tirer encouragement et consolation. Notons, pour conclure, qu’il s’en dégage une doctrine aussi opposée au fatalisme qu’au stoïcisme. Ni le mal ni le bien n’arrivent par hasard. La Providence divine régit tout. Non seulement la maladie et la souffrance ont une va­leur purificatrice, expiatoire, voire éducative, mais elles peuvent être un signe de prédilection et de bienveillance di­vines.

 

 

IV. la maladie dans la pensée juive, du moyen âge

à l’ère moderne : conceptions et attitudes

 

 

On le sait peut-être, chaque juif doit se réapproprier l’étude de la Torah et innover, si nécessaire, face aux pro­blèmes de l’heure, sans pour autant rompre la «chaîne de la tradition». À l’israélite qui s’efforce d’être à la fois fidèle à sa tradition et soucieux d’en tirer des réponses aux problèmes de l’heure peut s’appliquer la métaphore néo­tes­tamentaire du «scribe qui tire de son trésor du neuf et du vieux» (Mt 13, 52). Ainsi, de l’époque post-talmu­dique (environ 600 ap. J.C.) jusqu’à nos jours, tant les décisionnaires religieux que les philosophes et penseurs juifs, se sont-ils mesurés au problème de la souffrance et de la maladie pour tenter de leur donner un sens, tout en sauve­gar­dant le concept intangible de la justice de Dieu. Ci-après, j’exposerai très sommairement quelques conceptions et décrirai les attitudes qu’elles induisent. Je conclurai par un très bref florilège liturgique sur le thème de la maladie.

 

 

1. Conceptions 

 

a) Période médiévale

 

Les philosophes juifs, préoccupés de problèmes de théodicée, s’efforcent de démontrer, face à leurs opposants, que, du fait de sa prescience, Dieu n’est pas pris au dépourvu par la souffrance humaine et que celle-ci a un sens [8][8].

 

Saadia Gaon, qui vivait en Égypte au Xe s., réfléchit en théologien et non en philosophe sur le problème de la souffrance. Sa conception est plutôt pessimiste. Pour lui, c’est la souffrance qui prédomine en cette vie. Mais il croit fermement que toutes les souffrances des justes – y compris celles des enfants innocents et des animaux, comme l’enseignent les Mu’tazilites arabes – seront compensées par le bonheur de l’au-delà. Pour expliquer les maux du monde, il lie la notion de justice divine à celle de grâce divine. D’une manière générale, les souffrances des justes sont le châtiment des péchés qu’eux-mêmes ont commis. Le philosophe reprend les conceptions talmudiques déjà évoquées de rétribution dans l’au-delà. Mais l’idée de rétribution ne suffit pas à expliquer l’étendue du mal. Elle échoue à légitimer les souffrances des enfants innocents et des bêtes, ou à justifier le nombre des souffrances et des maux afférents à la constitution physique de l’homme. Une théodicée ne devient plausible que si l’on ajoute, pour expliquer le mal, la notion de purification à celle de rétribution. Les maladies ont pour but de nous rendre humbles; les peines nous donnent une idée du châtiment qui attend les pécheurs dans l’au-delà. Aux yeux de Saadia, les menaces de châtiment dans l’au-delà n’ont pas pour but ultime la rétribution, mais d’exercer, en ce monde, un pouvoir dissuasif sur les pécheurs. En dernier ressort, l’idée de la justice divine est ainsi subordonnée à celle de grâce divine. C’est cette dernière qui a donné à l’homme la loi morale pour lui permettre d’accéder à la félicité suprême; les souffrances et le châtiment qui lui sont dévolus ne sont que les moyens d’atteindre cette fin.

 

À l’inverse de Saadia Gaon – dont il critique d’ailleurs sévèrement la doctrine de la souffrance –Maïmonide, qui vivait dans l’Espagne musulmane du XIIe s., partage la conception de la philosophie néoplatonicienne sur le mal. Tout ce qui existe a été obligatoirement créé par Dieu et ne peut donc être que bon. Le mal n’a pas d’existence réelle, mais est plutôt une privation, une absence de bien. Toutefois, Maïmonide ne nie pas que la souffrance existe, mais il croit que les maux particuliers qui arrivent à un individu sont pour le bien de l’ensemble de l’univers. À ce titre, il s’oppose à la doctrine selon laquelle il arrive que l’innocent souffre afin d’être récompensé dans le monde à venir. Pour Maïmonide, toute souffrance est une punition pour des péchés commis antérieurement. Il rejette même la notion de la souffrance-épreuve, et argue que ce que le récit biblique appelle ‘épreuve’, comme celle d’Abraham, a, en réalité un but pédagogique.

 

Quant à Yehudah heHasid (XIIe s.), qui n’était pas un philosophe mais un moraliste, cet aphorisme de lui fait invinciblement songer à un passage a contrario de la lettre de saint Jacques (cf. Jc 2, 1 ss.) :

 

«Même un personnage important doit rendre visite à un [malade] de basse extraction. Si un riche et un pauvre tombent malades en même temps, et que nombreux sont ceux qui vont voir le riche pour lui rendre hommage, toi, va voir le pauvre, même si le riche est un savant.» (Sefer Hasidim, édition Margalioth, 1957).

 

 

b) Période moderne

 

Je n’ai pas trouvé d’auteurs juifs modernes qui traitent théologiquement et ex cathedra de la maladie comme telle [9][9]. Dans la littérature moderne et contemporaine, c’est surtout la souffrance causée par autrui qui est étudiée et documentée (spécialement la Shoah). À tort ou à raison, je crois que le manque apparent d’intérêt spéculatif pour la maladie, chez les juifs de la période moderne, provient de ce qu’ils disposent d’une vaste littérature rabbinique et philosophique, et qu’elle leur suffit pour faire face, moralement, intellectuellement et religieusement, à ce problème [10][10].

 

 

2. Attitudes

 

Si la spéculation philosophico-religieuse concernant la maladie n’est pas la préoccupation majeure des juifs, par contre, force est de reconnaître que leur attitude envers le prochain malade a toujours été et est encore d’une qualité éthique remarquable. En effet, la foi juive s’exprime plus dans des actes que dans des considérations théoriques. Et c’est sans doute pour cette raison qu’ont existé et existent toujours de nombreuses associations de bienfaisance, créées et animées par des juifs bénévoles qui considèrent cette activité caritative comme l’accomplissement d’un commandement positif (mitzwat ‘aseh). Il n’est donc pas étonnant que l’on trouve, dans divers ouvrages traditionnels, de nombreuses exhortations à visiter les malades et à prendre soin d’eux. En les lisant, on est souvent impressionné par la connaissance de la psychologie humaine appliquée dont ils témoignent, et par le souci du bien-être physique, psychique et existentiel du malade, qu’illustrent des directives telles que celle-ci, due à un certain Éliézer ben Isaac de Worms [11][11]:

 

«Ne fatiguez pas le [malade] en restant trop longtemps, car sa maladie est déjà assez lourde comme cela. Entrez joyeusement, car son cœur et ses yeux sont dirigés vers ceux qui entrent.»

 

Rien n’est oublié. Il ne suffit pas, en effet, d’aller visiter les malades, il faut s’occuper de leurs besoins matériels, voire de leurs affaires en cours. À ce propos, le même ouvrage rapporte ces paroles de R. Éliézer [12][12]:

 

«Quand vous rendez visite à un malade démuni, offrez-lui vite des rafraîchissements, et il vous en saura gré comme si vous aviez réconforté et rétabli son âme.»

 

Dans ce type d’ouvrages, il est précisé qu’on attend du visiteur qu’il réconforte le malade en lui prodiguant des marques explicites de sympathie. Il est important, insiste-t-on encore, que le malade sache qu’on ne le laissera pas souffrir seul dans les moments de douleur et d’affaiblissement (cf. TB Berakhot 5 b). D’autres directives témoignent d’un tact rare, comme celle qui conseille d’éviter, dans certains cas, de rendre visite à des malades des intestins, quand ces derniers pourraient être gênés d’être vus dans cet état. Mais, dans de tels cas, il n’est pas question de profiter de la situation pour s’éclipser et laisser le malade seul. En effet, on préconise au visiteur de rester dans le vestibule et d’être prêt à intervenir, en cas de nécessité. Précisons, pour terminer ce point, qu’un chapitre entier du Shulhan Arukh, Yoreh De’ah (335), est consacré à ces activités de visite et de soins des malades.

 

 

3. Liturgie

 

Il est remarquable que les prières pour les malades comptent parmi les plus anciennes de la liturgie. On y utilisait des formules bibliques, delle que celle-ci : “”bibliqu telles que celle-ci : «Ô Dieu, daigne la guérir, je t'en prie!» (cf. Nb 12, 13). Par ailleurs, le commentaire talmudique suivant d’un passage de la Mishnah Taanit – dans l’arrière-fond historique duquel il n’est pas possible d’entrer ici – témoigne que, bien avant l’ère chrétienne, en fait dès le début de la période du Second Temple, on priait pour les malades et pour l’intégrité physique des membres du peuple juif :

 

• TB Taanit, 27 b : «Nos maîtres ont enseigné : Les membres de la vigile (ansheï mishmar) priaient pour le sacrifice de leurs frères, afin qu'il soit agréé favorablement, et les membres de la station [ansheï ma`amad] se réunissaient à la synagogue et observaient quatre jeûnes : le lundi, le mardi, le mercredi et le jeudi. Le lundi [ils jeûnaient] pour ceux qui naviguent; le mardi, pour ceux qui traversent les déserts; le mercredi, pour [ceux qui sont atteints de] diphtérie, afin qu'elle n'atteigne pas les nouveau-nés; le jeudi, pour les femmes enceintes et celles qui allaitent; pour les femmes qui sont enceintes afin que leurs enfants n'avortent pas; pour celles qui allaitent, afin qu'elles allaitent leurs enfants.»

 

Et bien qu’on ne trouve plus trace de cette intercession dans les recueils de prière d’aujourd’hui, il semble qu’on puisse voir une preuve de l’importance accordée par les créateurs de la liturgie juive à la prière pour les ma­lades, dans les deux mentions de la puissance divine de guérison qui figurent dans la prière des Dix-huit Bénédictions [13][13]  :

 

1) La Bénédiction n° 2, bien que n’étant pas principalement destinée à l’invocation pour les malades, fait mention de l’action curative de Dieu : «Toi qui soutiens ceux qui tombent et guéris les malades». [14][14]

 

2) Quant à la Bénédiction n° 8, elle est entièrement consacrée à la prière de guérison. En voici le texte intégral :

 

 «Guéris-nous, seigneur, et nous serons guéris. Délivre-nous, et nous serons délivrés. Toi l’objet de notre louange. Apporte un remède, un traitement efficaces à toutes nos maladies, à toutes nos douleurs, à toutes nos plaies, car tu es Dieu, médecin compatissant et sûr. Sois béni, seigneur, qui guéris les malades de ton peuple Israël!» [15][15].

 

 

Conclusion générale

 

 

Au terme de ce tour d’horizon – hélas! trop succinct –, il est difficile de dégager les grandes lignes d’une théologie et d’une philosophie juives de la maladie et des souffrances qui en découlent. Et ce d’autant, nous l’avons vu, qu’il existe, tant chez les rabbins du Talmud que chez les philosophes juifs, une pluralité de conceptions et d’inter­prétations sur le sens de la souffrance et sur l’attitude à adopter à son égard. Toutefois, on peut affirmer sans risque d’erreur que la préoccupation majeure qui domine toutes les autres et affleure dans beaucoup de raisonne­ments, est celle de la théodicée, ou justification de Dieu. Pour un juif conséquent, fidèle à sa foi et à ses traditions, il n’est évidemment pas question de rendre Dieu responsable, et encore moins coupable, de la maladie et de la souf­france.

 

Toutefois, une difficulté se fait jour. À l’inverse du mal et de la souffrance causés par autrui, la maladie ne dépend pas du vouloir des hommes. Par ailleurs, affirmer que Dieu n’y a aucune part reviendrait à mettre quelque chose en dehors de la sphère infinie de sa Toute-Puissance, ce qui serait blasphématoire. Dès lors, tant les rabbins que les philosophes, chacun avec ses moyens et sa dialectique propres, s’efforceront de naviguer entre le Charybde d’une conception d’un Dieu bon qui, comme tel, ne peut vouloir le mal qu’est la maladie mais qui s’avère impuis­sant en face d’elle puisqu’elle appartient à la sphère de l’enchaînement des causes et des effets dans le déterminisme desquels il s’interdit d’interférer, et le Scylla d’un Dieu implacable et arbitraire qui, du fait de son omnipotence et de son omniscience, ne peut qu’être l’auteur de tout ce qui arrive à l’homme, en bien comme en mal [16][16].

 

De toute cette littérature se dégagent deux attitudes spirituelles extrêmement positives : d’une part, une confiance absolue dans la Providence divine qui, même des situations les plus négatives, sait tirer ce qui est le meilleur pour l’homme; d’autre part, l’espérance indéfectible qu’en définitive, «le seigneur essuiera les pleurs sur tous les visages et ôtera l'opprobre de son peuple sur toute la terre» (Is 25, 8, et cf. Ap 7, 17 et 21, 4).

 

Enfin – et c’est sans doute le point le plus important – nous constatons que cet héritage conceptuel, rabbinique autant que philosophique, s’est incarné dans une orthopraxie qui fait toujours l’admiration des non-juifs : la compassion envers les malades et le soin tout particulier apporté à soulager leurs souffrances [17][17] et à leur apporter non seulement les secours de la religion, mais aussi l’attention humaine et l’écoute psychologique qui sont souvent le seul palliatif à la misère intérieure de ceux qui gisent sur leur lit de souffrances.

 

 

Pour finir, on me permettra d’emprunter à un auteur déjà cité ces lignes bien venues qui clôturent le bref excursus qu’il  a consacré aux problèmes théologiques et philosophiques posés au judaïsme par la souffrance  [18][18]:

 

«Il n’existe pas de réponses à la souffrance, susceptibles de contenter tout le monde. Pour certains, la notion biblique que «le Seigneur châtie celui qu’il aime» sert de baume apaisant. D’autres se consolent à l’idée que la souffrance humaine des justes en ce monde trouvera son ultime récompense dans le Monde-à-Venir. Une autre réponse possible : le fait que Dieu souffre avec nous. Ou bien encore un Dieu qui a ses limites, ou qui se limite lui-même, peut fournir une réponse. La souffrance peut être tout simplement le prix terrible que nous avons à payer pour être libres de faire un choix d’ordre moral […] Dieu n’est pas indifférent envers les hommes […] En dernier lieu, c’est une question de foi.»

 

 

 

 Menahem R. Macina

 

© 2001 Analecta Husserliana

Luwer Academic Publishers, London


 

* Ce texte est la version élaborée d’une conférence donnée dans le cadre du Symposium organisé par l’Académie Internationale de Philosophie des Sciences (Gênes) et l’Académie Internationale des Sciences Religieuses (Paris), à l’Institut scientifique Saint Raphaël de Milan, en mai 1998, sur le thème : «Life -  Interpretation and the Sense of Illness within the Human Condition. Medicine and Philosophy in a Dialogue». Il est paru, avec retard, dans le volume du Symposium : A.T. Tymienieca and E. Agazzi (eds), Analecta Husserliana LXXII, Kluwer Academic Publishers, Netherlands, 2001, pp. 213-233. 

[19][1] Et si l’on objecte que c’est là une vue de l’Église primitive qui l’a mise dans la bouche de son fondateur, on ne fait que  déplacer le problème.

[20][2] Cf. Jn 11, 4 : «Cette maladie [celle de Lazare] ne mène pas à la mort; elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle.»

[21][3] On l’a compris, telle n’est pas ma perception des choses. Je considère, au contraire, que la majeure partie des conceptions et des croyances qui s’expriment dans ce qu’on a coutume d’appeler le «Nouveau Testament», étaient originellement juives, au sens traditionnel du terme, même si la tradition rabbinique normative postérieure les a rejetées. Il va de soi que cette affirmation de principe nécessiterait quelques nuances et explications, qu’il n’est pas possible d’apporter dans le cadre limité de cet exposé.

[22][4] Comparer avec ce passage du TB Nedarim 41 a : «Le malade ne se remet pas de sa maladie tant que ses péchés ne lui ont pas été remis, comme il est dit (Ps 103, 3) : «Lui qui pardonne tous tes péchés, qui te guérit de toute maladie

[23][5] Texte cité d’après Apocalypse de Baruch, introduction, traduction et commentaire par P. Bogaert, tome I, «Sources Chrétiennes» n° 144, Cerf Paris, 1969, pp. 407.

[24][6] Amora de la 3e génération (290-320).

[25][7] Citations exhaustives dans Jean-Joseph Brierre-Narbonne, Le Messie souffrant dans la Littérature rabbinique, Paris, 1940.

[26][8] Voir, à ce propos, l’ouvrage instructif du Rabbin Rivon Krygier, A la limite de Dieu. L’énigme de l’omniscience divine et du libre arbitre humain dans la pensée juive, éditions Publisud, Paris 1998. Résumé de la problématique (4ème page de couverture de ce livre) : « Si Dieu sait absolument toute chose à l'avance, en quoi consiste le libre arbitre des hommes ? Quel est le sens d'une telle liberté si, en définitive, le choix de l'homme sera toujours et nécessairement celui prévu par Dieu ? Et si l'on suppose que les décisions humaines sont imprévisibles, comment Dieu planifie-t-Il Sa providence ? Telles sont les questions qui ont immanquablement hanté les esprits dès lors que fut posé l'un des paradoxes les plus déconcertants de la théologie monothéiste: la croyance simultanée en l'omniscience divine et le libre arbitre humain. En filigrane, c'est la mystérieuse frontière qui départage le champ d'action divin et humain dans le devenir du monde qui est en question. » L’enquête passe en revue les principales tentatives des penseurs juifs de lever la contradiction, depuis les auteurs bibliques jusqu'aux temps contemporains. Elle illustre le formidable foisonnement d'idées, la confrontation délicate entre raison et religion et le courage intellectuel exceptionnel qui a amené certains penseurs à bouleverser bien des idées préconçues. Elle révèle aussi combien les penseurs juifs étaient pénétrés des conceptions philosophiques de leur temps jusqu'à prendre en considération les réflexions des théologiens musulmans et chrétiens pour mieux définir leur conception du judaïsme. Enfin, à partir de cette étude historique et comparative, l'auteur montre quelles perspectives pertinentes et novatrices s'offrent à la théologie moderne pour définir le rapport de Dieu au monde.

[27][9] Il se peut que certains ouvrages m’aient échappé. Je rappelle, en effet, que je ne suis pas un spécialiste de la période moderne. On trouvera, chez certains penseurs contemporains, tel J.D. Soloveitchik, des vues et des considérations pénétrantes sur la souf­france, mais, sauf erreur, pas sur la maladie en tant que telle (cf. Encyclopaedia Judaica, art. «Soloveitchik, Joseph Dov»). Voir aussi le très bref aperçu consacré par David Zucker à quelques auteurs contemporains qui traitent de la souffrance; il figure dans un article écrit en commun avec un luthérien : Peter Stravinskas et David Zucker, «La souffrance humaine dans les traditions chrétiennes et juives», SIDIC, Service International de Documentation Judéo-Chrétienne, vol. XXXI/1, Rome, 1998, pp. 13-17.

[28][10] C’est le cas, par exemple, pour la question du déterminisme de Crescas (1340-1410), à laquelle, entre autres philosophes contemporains, se sont mesurés, durant les dernières décennies, les trois auteurs modernes suivants : Aviézèr Ravinski, Eliézèr Schweid  et Charles Touati. Cf. Rivon Krygier, A la limite de Dieu, op. cit., pp. 293-301.

[29][11] Cité dans I. Abrahams (ed.), Hebrew Ethical Wills, 1, 1926, p. 40.

[30][12] Abrahams, Op. cit., 1, p. 44.

[31][13] Appelée Shmoneh ‘esreh, c’est-à-dire ‘dix-huit’ [Bénédictions], ou ‘Amidah  (= station debout), ainsi surnommée parce qu’elle se récite debout.

[32][14] En translittération : somekh noflim werofe’ holim.

[33][15] En translittération : Refa’ènu adonaï wenerafe’. Hoshi’ènu weniwashe’ah. Ki tehilatènu àttah. Weha’aleh arùkhah wemarpe’ lekhol  tahalù’èïnu. Ki ’el, rofè’ rahman wene’eman  àttah. Barukh attah  adonaï, rofè’ holeï ‘amo yisra’el.

[34][16] Cf. Dt 32, 39 : «C'est moi qui fais mourir et qui fais vivre; quand j'ai frappé, c'est moi qui guéris et personne ne délivre de ma main.» Ou encore : Is 45, 7 : «Je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le mal (bore’ ra’), c'est moi, le seigneur, qui fais tout cela.»

[35][17] En témoignent le nombre vraiment impressionnant d’associations bénévoles dédiées à l’aide et aux soins des malades. Connues sous l’appellation générique de biqùr holim (littéralement : «visite de malades»), elles ont traversé les siècles  jusqu’à l’époque contemporaine où elles se sont progressivement institutionnalisées.

[36][18] Cf. D. Zucker, op. cit. (ci-dessus, note 8), p. 17.

 


 

 



24-01-2006 | Commentaires (0) | Public
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