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Colloque sur l’antijudaïsme en milieu chrétien (1997)
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Colloque sur 'l’antijudaïsme en milieu chrétien' (1997)

1er novembre 1997

Note d'introduction du Père Jean Dujardin

Du jeudi 30 octobre au samedi soir 1er novembre 1997 s'est tenu, à Rome, à l'intérieur même de la Cité du Vatican, un colloque sur «Les racines de l'antijudaïsme en milieu chrétien». Ce colloque organisé par la Commission historico-théologique qui prépare le Jubilé de l'an 2000, s'inscrit dans la démarche spirituelle proposée par le Pape Jean Paul II, dans la lettre apostolique «Tertio Millennio Adveniente».

«Il est bon, écrit le Saint Père, que l'Église franchisse ce passage en étant clairement consciente de ce qu'elle a vécu... Reconnaître les fléchissements d'hier est un acte de loyauté et de courage qui nous aide à renforcer notre foi, qui nous fait percevoir les tentations et les difficultés d'aujourd'hui et nous prépare à les affronter».

Dans un autre passage, il ajoute encore :

«Il est donc juste que l'Église prenne en charge avec une conscience plus vive le péché de ses enfants, dans le souvenir de toutes les circonstances dans lesquelles, au cours de son histoire, ils se sont éloignés de l'Esprit du Christ et de son Évangile».

Parmi les moments historiques qui ont affecté douloureusement et durablement le visage de l'Église à cause du péché, il y a la grande question de l'antijudaïsme; non pas de l'antisémitisme en tant qu'idéologie d'inspiration païenne, né dans la seconde moitié du XIXe siècle, mais de l'antijudaïsme tel qu'il a été véhiculé dans l'histoire même de l'Eglise.

Parmi les questions traitées, il y a aura aussi celles de l'Inquisition, autre grave problème dans l'histoire de l'Eglise.

Sur ces deux questions, la commission historico théologique a décidé d'accomplir un travail très approfondi et, pour cela, elle a fait appel à une soixantaine d'experts divers, très divers : exégètes, historiens, théologiens, responsables chargés des relations avec la communauté juive. Un groupe largement représentatif de la diversité des Églises. Il est impossible de présenter ici le résultat des travaux, puisqu'ils demeurent confidentiels. Le colloque a fonctionné comme un groupe d'experts au service du Pape. Le Saint Père en attend, en effet, pour lui même, des éléments de réflexion scientifiquement fondés. Comme il l'a rappelé dans le discours qu'il a prononcé devant les participants :

«Votre regard lucide sur le passé en vue d'une purification de la mémoire est particulièrement opportun pour montrer clairement que l'antisémitisme est sans justification aucune et absolument condamnable».

Le fait que cette rencontre ait eu lieu à l'intérieur du Vatican est, en soi, un signe. Le Saint Père a, d'ailleurs, souligné à quel point il y tenait.

«Soyez assurés de ma gratitude pour les travaux que vous menez sur un thème de grande portée et qui me tient à coeur». On en mesure toute l'importance à lire ce discours. Le Pape ne s'est jamais exprimé avec autant de clarté sur l'importance qu'il y a à enraciner la foi chrétienne dans l'histoire du Salut, dont le Peuple d'Israël, à travers les Écritures, demeure pour nous le témoin inaltérable. Il en a souligné avec force la portée pour une compréhension vraie du mystère de l'Incamation. Il en a souligné également les conséquences sur l'inculturation, et donc sur l'évangélisation. C'est un texte qu'il faut lire absolument car c'est vraiment un très grand texte.

Père Jean DUJARDIN


Texte de l'intervention de Jean-Paul II *



Chers Frères dans l'Épiscopat,
Chers amis,

Messieurs les Cardinaux,

1. Au cours de votre symposium sur les racines de l'antijudaïsme, je suis heureux de vous accueillir. Je salue particulièrement M. le Cardinal Roger Etchegaray, Président du Conseil du grand Jubilé de l'An 2000, qui préside vos travaux. Je vous remercie tous d'avoir consacré ces journées à une étude théologique de grande importance.

Votre colloque s'inscrit dans la préparation du grand Jubilé, pour laquelle j'ai invité les fils de l'Église à faire le bilan du millénaire écoulé, et spécialement de notre siècle, dans l'esprit d'un nécessaire «examen de conscience», au seuil de ce qui doit être un temps de conversion et de réconciliation (cf. Tertio Millennio Adveniente, nn. 27 35).

L'objet de votre symposium est l'interprétation théologique correcte des rapports de l'Église du Christ avec le peuple juif, dont la déclaration conciliaire Nostra Aetate a posé les bases et sur lesquels, dans l'exercice de mon magistère, j'ai moi-même eu l'occasion d'intervenir à plusieurs reprises. En effet, dans le monde - je ne dis pas de la part de l'Eglise en tant que telle -, des interprétations erronées et injustes du Nouveau Testament, relatives au peuple juif et à sa prétendue culpabilité, ont trop longtemps circulé, engendrant des sentiments d'hostilité à l'égard de ce peuple. Ils ont contribué à assoupir bien des consciences, de sorte que, quand a déferlé sur l'Europe la vague des persécutions inspirées par un antisémitisme païen qui, dans son essence, était également un antichristianisme, à côté de Chrétiens qui ont tout fait pour sauver les persécutés jusqu'au péril de leur vie, la résistance spirituelle de beaucoup n'a pas été celle que l'humanité était en droit d'attendre de la part de disciples du Christ. Votre regard lucide sur le passé, en vue d'une purification de la mémoire, est particulièrement opportun pour montrer clairement que l'antisémitisme est sans justification aucune et absolument condamnable.

Vos travaux complètent la réflexion menée notamment par la Commission pour les Rapports religieux avec le Judaïsme, traduite, entre autres, dans les Orientations, du 1er décembre 1974 et dans les Notes pour une correcte présentation des Juifs et du Judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l'Église catholique, du 24 juin 1985. J'apprécie le fait que la recherche de nature théologique accomplie par votre symposium entend être conduite avec une grande rigueur scientifique, dans la conviction que servir la vérité, c'est servir le Christ lui-même et son Église.

2. L'Apôtre Paul, en conclusion des chapitres de la Lettre aux Romains (ch. 9 11), dans lesquels il nous apporte des lumières décisives sur les destinées d'Israël selon le plan de Dieu, fait retentir un chant d'adoration: «Ô abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu !» (Rm 11,33). Dans l'âme ardente de Paul, cet hymne est en écho au principe qu'il vient d'énoncer et qui est comme le thème central de toute l'épître : «Car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde» (ibid., 32). L'histoire du salut, même lorsque ses péripéties nous semblent déroutantes, est conduite par la miséricorde de Celui qui est venu sauver ce qui était perdu. Une attitude d'adoration devant les insondables profondeurs de la Providence aimante de Dieu permet seule d'entrevoir quelque chose de ce qui est un mystère de foi.

3. A l'origine de ce petit peuple situé entre de grands empires de religion païenne, qui l'emportent sur lui par l'éclat de leur culture, il y a le fait de l'élection divine. Ce peuple est convoqué et conduit par Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Son existence n'est donc pas un pur fait de nature ni de culture, au sens où par la culture l'homme déploie les ressources de sa propre nature. Elle est un fait surnaturel. Ce peuple persévère, envers et contre tout, du fait qu'il est le peuple de l'Alliance et que, malgré les infidélités des hommes, le Seigneur est fidèle à son Alliance. Ignorer cette donnée première, c'est s'engager sur la voie d'un marcionisme contre lequel l'Église avait réagi aussitôt avec vigueur, dans la conscience de son lien vital avec l'Ancien Testament, sans lequel le Nouveau Testament lui même est vidé de son sens. Les Écritures sont inséparables du peuple et de son histoire, laquelle conduit au Christ, Messie promis et attendu, Fils de Dieu fait homme. L'Église ne cesse de le confesser quand, dans sa liturgie, elle reprend quotidiennement les psaumes, ainsi que les cantiques de Zacharie, de la Vierge Marie et de Siméon (cf. Ps 132, 17 ; Lc 1, 46 55 ; 1, 68 79 ; 2, 29 32).

C'est pourquoi ceux qui considèrent le fait que Jésus fut Juif et que son milieu était le monde juif comme de simples faits culturels contingents, auxquels il serait possible de substituer une autre tradition religieuse, dont la personne du Seigneur pourrait être détachée sans qu'elle perde son identité, non seulement méconnaissent le sens de l'histoire du salut, mais plus radicalement s'en prennent à la vérité elle même de l'Incarnation et rendent impossible une conception authentique de l'inculturation. [b]

4. [b]A partir de ce qui précède, nous pouvons tirer des conclusions susceptibles d'orienter l'attitude du Chrétien et le travail du théologien.
L'Eglise condamne avec fermeté toutes les formes de génocide, ainsi que les théories racistes qui les ont inspirées et qui ont prétendu les justifier. On pourrait rappeler l'encyclique de Pie XI, Mit brennender Sorge (1937) et celle de Pie XII, Summi Pontificatus (1939) ; ce dernier rappelait la loi de la solidarité humaine et de la charité envers tout homme, à quelque peuple qu'il appartienne. Le racisme est donc une négation de l'identité la plus profonde de l'être humain, qui est une personne créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. A la malice morale de tout génocide s'ajoute, avec la Shoah, la malice d'une haine qui s'en prend au plan salvifique de Dieu sur l'histoire. Par cette haine, l'Eglise se sait, elle aussi, directement visée.

L'enseignement de Paul, dans la Lettre aux Romains, nous apprend quels sentiments fraternels, enracinés dans la foi, nous devons porter aux fils d'Israël (cf. Rm 9, 4 5). L'Apôtre le souligne : «A cause de leurs pères», ils sont aimés de Dieu, dont les dons et l'appel sont irrévocables (cf. Rm 11, 28 29).

5. Soyez assurés de ma gratitude pour les travaux que vous menez sur un thème de grande portée et qui me tient à coeur. Vous contribuez ainsi à l'approfondissement du dialogue entre les Catholiques et les Juifs, dont nous nous félicitons qu'il se soit positivement renouvelé au cours des dernières décennies.

Je forme pour vos personnes et pour vos proches les meilleurs voeux et je vous accorde bien volontiers la Bénédiction apostolique.

JEAN PAUL II


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* La mise en grasses et en italiques de certains passages est le fait de la Rédaction de Convertissez-vous. Elle a pour but d'attirer l'attention sur des mots et des expressions qui nous semblent porteurs d'implications théologiques et ecclésiologiques importantes.


16-04-2006 | Commentaires (0) | Public
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