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Rôle eschatologique d'Elie - Attentes juives et chrétiennes *
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* Cet article, qui constitue la version étendue d'une causerie donnée par l'auteur au Carmel Saint-Élie, de Stânceni (Roumanie), le 6 août 2006, a été publié dans la revue Studia Universitatis Babes-Bolyai, Theologia Graeco-catholica Varadiensis, LI/2, 2006, pp. 67-95.


Introduction

 

La venue du Messie constitue un dogme de foi pour les deux grandes religions rivales, c'est-à-dire la juive et la chrétienne. Il est notoire que le christianisme, issu du judaïsme, s'est séparé de lui de manière radicale et qui semble irréversible, précisément à propos de l'avènement de ce Messie tant attendu.

Pour résumer de façon très sommaire, les deux positions antagonistes en présence, disons que les Juifs attendent encore, à ce jour, un Messie que les Chrétiens affirment être déjà venu, en la personne de Jésus, appelé précisément Christ, ce qui veut dire Oint, c'est-à-dire Messie.

Il est difficile d’imaginer une divergence plus fondamentale, plus radicale et plus insoluble, que celle qui divise les deux confessions rivales, à propos, précisément, du même personnage unique, dont le rôle historico-religieux est si capital, que toute une conception de l'histoire, de la révélation et même de l'existence humaine en général, en est marquée de façon indélébile

On sait aussi que, parallèlement à la venue du Messie – et presque concomitant de celle-ci - est attendu l'avènement du précurseur, Élie, dont le rôle, traditionnellement admis, est de préparer les voies du Messie. Malheureusement, autant cette croyance est restée vivante jusqu’à ce jour dans le judaïsme, autant elle a pratiquement disparu de la conscience chrétienne en général et de la catholique en particulier, même si on en trouve des traces encourageantes dans la liturgie orientale, spécialement byzantine.

Pour les catholiques, à quelques rares exceptions près, la cause est entendue : Élie est revenu en la personne de Jean le Baptiste. Ayant traité ailleurs en détail de ce point controversé, je ne m’y attarderai pas ici. Par contre, je rappellerai aux chrétiens, qui l’ignorent peut-être, qu’il existe une riche tradition patristique attestant le retour eschatologique d’Élie, même si c’est avec une orientation apologétique très marquée qu’illustre, entre autres, ce développement d’un Père latin du IIIe siècle, Victorin de Poetovio :

 « Le Seigneur dit, en effet, par Malachie : Voici que je vous envoie Élie le Tishbite pour tourner le cœur de l'homme vers son prochain, c'est-à-dire vers le Christ, par la pénitence. Tourner les cœurs des pères vers leurs fils : c'est-à-dire, au temps de l'appel, rappeler les Juifs vers le peuple qui leur a succédé. »  

(Commentaire de l'Apocalypse, VII, édit. Haussleiter, Vienne 1916. C.S.E.L. 49, pp. 54-55; cf. Ml 3, 23 ss.).

La question centrale de la présente analyse sera donc la suivante : Supposant acceptée la croyance au retour d’Élie et à son rôle de précurseur eschatologique du Messie (le Christ, pour les Chrétiens, un homme ordinaire descendant de David, pour les Juifs), on se demandera s’il est opportun de raviver, dans la conscience des croyants – juifs autant que chrétiens –, la foi en cette étape du dessein divin et les sentiments de pénitence et de crainte de Dieu qui découlent de la perception de l’imminence de l’établissement du Royaume de Dieu sur la terre.

Le corollaire de cette réflexion, si elle correspond aux desseins de Dieu, pourrait bien être que cette attente ardente d’Élie constitue le seul thème commun aux confessions de foi juive et chrétienne. L’étude et la contemplation de cette geste d’Élie pourrait ainsi devenir, Dieu aidant, le thème interconfessionnel et oecuménique par excellence autour duquel pourraient se retrouver et dialoguer Juifs et chrétiens, sans l’inconvénient des blessures et maladresses confessionnelles involontaires qui accompagnent habituellement leurs échanges à propos de la venue du Messie.

Rappelons, en effet, que les Juifs considèrent l’avènement du Messie comme l’aboutissement et la justification de leur immense attente historique, jalonnée de souffrances intolérables, alors que les chrétiens croient qu’il est déjà venu et que son second avènement constituera la justification a posteriori de leur foi en ce Jésus que n’ont pas reconnu les Juifs. 

 

I. Un Dieu qui veut établir son règne sur la terre

pour le bien de l’humanité

 

Un des éléments essentiels de la foi chrétienne est l’attente de l’instauration glorieuse du Royaume de Dieu sur la terre, comme l’atteste le début de la prédication de Jean le Baptiste :

Matthieu 3, 2 : "Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche."

Proclamation reprise telle quelle par Jésus lui-même :

Matthieu 4, 17 : Dès lors Jésus se mit à prêcher et à dire: "Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche."

Ce thème est central dans les évangiles. C’est normal, car il s’agit d’une croyance juive fondamentale.

L’histoire de la royauté divine dans le Premier Testament est celle d’un échec. Jusqu’à Samuel, la royauté de Dieu s’est exercée par l’intermédiaire de Moïse; puis de Josué, puis des Juges. Ensuite, nous dit le récit biblique :

1 Rois 8, 4 : Tous les anciens d'Israël se réunirent et vinrent trouver Samuel à Rama. Ils lui dirent: "Tu es devenu vieux et tes fils ne suivent pas ton exemple. Eh bien! établis-nous un roi pour qu'il nous dirige, comme toutes les nations." Cela déplut à Samuel qu'ils aient dit: "Donne-nous un roi, pour qu'il nous dirige", et il invoqua L’Éternel. Mais L’Éternel dit à Samuel: "Satisfais à tout ce que te dit le peuple, car ce n'est pas toi qu'ils ont rejeté, c'est moi qu'ils ont rejeté, ne voulant plus que je règne sur eux.

A nouveau, le peuple, en mauvaise posture militaire, attribue la victoire de ses ennemis au fait qu’ils ont un roi, visible, humain - un champion. Samuel le leur reproche :

1 Rois 12, 12 : …lorsque vous avez vu Nahash, le roi des Ammonites, marcher contre vous, vous m'avez dit: Non ! Il faut qu'un roi règne sur nous. Pourtant, L’Éternel votre Dieu, c'est lui votre roi !

Plus tard, le prophète Osée exprimera le même grief, au nom de Dieu :

Osée 13, 9-11 : Te voilà détruit, Israël, c'est en moi qu'est ton secours. Où donc est-il ton roi, pour qu'il te sauve ? Et dans toutes tes villes, tes juges? Ceux-là dont tu disais: "Donne-moi un roi et des chefs." Un roi, je te le donne dans ma colère, et je le reprends dans ma fureur.

Nous savons que Samuel céda au peuple et oignit Saül, qui fut ensuite rejeté de la royauté et auquel succéda David, type du roi-Messie.

Beaucoup de chrétiens sont, hélas, convaincus, que c’est de l’histoire ancienne. Au temps de Jésus, arguent-ils, il n’y avait plus de royauté en Israël. C’est vrai. Pourtant, le thème de ce Dieu qui veut régner sur son peuple revient dans le Second Testament. Jésus y fait allusion dans une parabole. De manière étonnante, le processus précédent se répète: le peuple refuse la royauté de Dieu exercée par Jésus, qui se présente pourtant comme le Fils de David:

Luc 19, 12-14 : Il dit: "Un homme de haute naissance se rendit dans un pays lointain pour recevoir la dignité royale [royauté] et revenir ensuite. Mais ses concitoyens le haïssaient et ils dépêchèrent à sa suite une ambassade chargée de dire: Nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous..."

Or, malgré cet échec apparent, le dessein de Dieu triomphera. C’est à la fin des temps que Dieu régnera sur son peuple, même si ce doit être de force, comme le prophétise Ézéchiel :

Ézéchiel 20, 32-33 : Quant au rêve qui hante votre esprit, il ne se réalisera jamais; quand vous dites: "Nous serons comme les nations, comme les tribus des pays étrangers, en servant le bois et la pierre." Par ma vie ! oracle du Seigneur L’Éternel, je le jure: c'est moi qui régnerai sur vous, à main forte et à bras étendu, en déversant ma fureur. Je vous ferai sortir du milieu des peuples et je vous rassemblerai des pays étrangers où vous avez été dispersés, à main forte et à bras étendu, en déversant ma fureur; je vous mènerai au désert des peuples et je vous y jugerai face à face… c'est sur ma montagne sainte, sur la haute montagne d'Israël - oracle du Seigneur L’Éternel - que me servira toute la maison d'Israël, tout entière dans le pays. C'est là que j'accueillerai et que je rechercherai vos offrandes, le meilleur de vos dons et toutes vos choses saintes. Comme un parfum d'apaisement, je vous accueillerai, quand je vous ferai sortir du milieu des peuples; je vous rassemblerai des pays où vous êtes dispersés, je serai sanctifié par vous aux yeux des nations, et vous saurez que je suis L’Éternel, lorsque je vous ramènerai sur le sol d'Israël, au pays que j'ai juré solennellement de donner à vos pères.

Et cette royauté de Dieu s’exercera sur la terre et durera de très longs siècles, comme en témoigne le Psaume 72 :

Psaumes 72, 1-19 : De Salomon. Ô Dieu, donne au roi ton jugement, au fils de roi ta justice, qu'il rende à ton peuple sentence juste et jugement à tes petits. … il jugera le petit peuple, il sauvera les fils de pauvres, il écrasera leurs bourreaux. Il durera sous le soleil et la lune, siècle après siècle; … En ses jours justice fleurira et grande paix jusqu'à la fin des lunes; il dominera de la mer à la mer, du Fleuve jusqu'aux bouts de la terre. … tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront. Car il délivre le pauvre qui appelle et le petit qui est sans aide; compatissant au faible et au pauvre, il sauve l'âme des pauvres. De l'oppression, de la violence, il rachète leur âme, leur sang est précieux à ses yeux... On priera pour lui sans relâche, tout le jour, on le bénira. Soit béni son nom à jamais, qu'il dure sous le soleil!… Bénies seront en lui toutes les races de la terre, que tous les païens le disent bienheureux!

Jésus se présente au peuple juif comme le Messie, Fils de David, et pose l’acte fondateur de sa royauté en entrant dans Jérusalem, peu de temps avant sa mort sur la croix, en respectant, à la lettre, le récit de Zacharie, comme en témoigne l’évangile de Matthieu:

Matthieu 21, 1-5 : Quand ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent en vue de Bethphagé, au mont des Oliviers, Jésus envoya deux disciples en leur disant: "Rendez-vous au village qui est en face de vous; et aussitôt vous trouverez, à l'attache, une ânesse avec son ânon près d'elle; détachez-la et amenez-les-moi. Et si quelqu'un vous dit quelque chose, vous direz: Le Seigneur en a besoin, mais aussitôt il les renverra." Ceci advint pour que s'accomplît l'oracle du prophète [Zacharie 9, 9]: Dites à la fille de Sion: Voici que ton Roi vient à toi; modeste, il monte une ânesse, et un ânon, petit d'une bête de somme."

L’Évangile affirme explicitement que, par cet acte symbolique, Jésus accomplit la prophétie de Zacharie :

Zacharie 9, 9-10 : Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi: il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d'une ânesse. Il retranchera d'Éphraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux ; l'arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix aux nations. Son empire ira de la mer à la mer et du Fleuve aux extrémités de la terre.

Dans le récit de Matthieu, après cette manifestation, qui ressemble à une intronisation messianique, Jésus entre dans le temple et renverse les tables des changeurs. Et le récit se termine de manière abrupte :

Matthieu 21, 17 : Et les laissant, il sortit de la ville pour aller à Béthanie, où il passa la nuit.

Dans celui de Marc, même chose, sans la scène des marchands du temple, mais la fin de l’événement est aussi abrupte :

Marc 11, 11 : Il entra à Jérusalem dans le Temple et, après avoir tout regardé autour de lui [alentour], comme il était déjà tard, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze.

Reconnaissons que tout cela est bien étrange. Il est clair, en tout cas, que rien de ce qui a semblé se réaliser là ne s’est concrétisé historiquement. Pourtant, la foi chrétienne affirme que Jésus viendra régner et, comme le dit le Credo : que son règne n’aura pas de fin.

Cette croyance en un règne terrestre de Jésus (comme le prédit l’Apocalypse) s’est perpétuée, telle quelle, dans l’Église jusqu’au IVe siècle environ. Ce n’est qu’à partir d’Augustin, qu’elle a commencé d’être supplantée par une conception spirituelle de ce règne. Pour Augustin, en effet, l’Église est le Royaume de Dieu sur la terre. Pour ne pas être en contradiction avec l’Écriture, il allégorise les difficiles chapitres de l’Apocalypse, sur lesquels se fondaient la Tradition et les Pères (tel, entre autres, Irénée de Lyon).

Dès lors, dans l’Église catholique particulièrement, les croyances eschatologiques traditionnelles, et particulièrement celles de l’avènement du royaume de Dieu sur la terre et du retour d’Élie avant celui du Christ, sont considérées avec suspicion.

Les partisans de la spiritualisation du royaume de Dieu invoquent ce passage de Luc :

Luc 17, 20-21 : Les Pharisiens lui ayant demandé quand viendrait le Royaume de Dieu, il leur répondit: "La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l'on ne dira pas: Voici: il est ici! ou bien: il est là! Car voici que le Royaume de Dieu est au dedans de vous."

Tout se passe comme si cette intériorisation du royaume concernait le temps qui s’écoule depuis l’ascension de Jésus jusqu’à sa venue en gloire pour manifester publiquement cette royauté de Dieu sur l’humanité et l’imposer, si nécessaire. Cette conception semble corroborée par l’affirmation de Jésus, concernant le temps de la fin :

Matthieu 24, 14 : Cette Bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier, en témoignage à la face de toutes les nations. Et alors viendra la fin.

Ce que confirme l’Apocalypse :

Apocalypse 14, 6-7 : Puis je vis un autre Ange qui volait au zénith, ayant une bonne nouvelle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, à toute nation, race, langue et peuple. Il criait d'une voix puissante: "Craignez Dieu et glorifiez-le, car voici l'heure de son Jugement; adorez donc Celui qui a fait le ciel et la terre et la mer et les sources."

Et il est dit au voyant de Patmos :

Apocalypse 10, 11 : "Il te faut de nouveau prophétiser contre une foule de peuples, de nations, de langues et de rois."

A en croire le Livre de l’Apocalypse, l’établissement en gloire du royaume de Dieu sur la terre se heurtera frontalement à un déchaînement mondial des forces du mal :

Apocalypse 13, 1-18 : Et je me tins sur la grève de la mer. Alors je vis surgir de la mer une Bête ayant sept têtes et dix cornes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des titres blasphématoires et le Dragon [Satan] lui transmit sa puissance et son trône et un pouvoir immense. L'une de ses têtes paraissait blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie; alors, émerveillée, la terre entière suivit la Bête. On se prosterna devant le Dragon, parce qu'il avait remis le pouvoir à la Bête; et l'on se prosterna devant la Bête en disant: "Qui égale la Bête, et qui peut lutter contre elle?" On lui donna de proférer des paroles d'orgueil et de blasphème; on lui donna pouvoir d'agir durant 42 mois; alors elle se mit à proférer des blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son nom et sa demeure, ceux qui demeurent au ciel. On lui donna de mener campagne contre les saints et de les vaincre; on lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation. Et ils l'adoreront, tous les habitants de la terre dont le nom ne se trouve pas écrit, dès l'origine du monde, dans le livre de vie de l'Agneau égorgé. Celui qui a des oreilles, qu'il entende! Les chaînes pour qui doit être enchaîné; la mort par le glaive pour qui doit périr par le glaive! Voilà qui fonde l'endurance et la confiance des saints. Je vis ensuite surgir de la terre une autre Bête; elle avait deux cornes comme un agneau, mais parlait comme un dragon. Au service de la première Bête, elle en établit partout le pouvoir, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première Bête dont la plaie mortelle fut guérie. Elle accomplit des prodiges étonnants: jusqu'à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du ciel sur la terre; et, par les prodiges qu'il lui a été donné d'accomplir au service de la Bête, elle fourvoie les habitants de la terre, leur disant de dresser une image en l'honneur de cette Bête qui, frappée du glaive, a repris vie. On lui donna même d'animer l'image de la Bête pour la faire parler, et de faire en sorte que fussent mis à mort tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la Bête. Par ses manoeuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front, et nul ne pourra rien acheter ni vendre s'il n'est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom.

Auparavant, la ville sainte sera attaquée par les païens. L’Apocalypse plante le décor du drame :

Apocalypse 11, 1-6 : "Lève-toi pour mesurer le Temple de Dieu, l'autel et les adorateurs qui s'y trouvent; quant au parvis extérieur du Temple, laisse-le, ne le mesure pas, car on l'a donné aux païens: ils fouleront la Ville Sainte durant 42 mois. Mais je donnerai à mes deux témoins de prophétiser pendant 1.260 jours, revêtus de sacs." Ce sont les deux oliviers et les deux flambeaux qui se tiennent devant le Maître de la terre. Si l'on s'avisait de les malmener, un feu jaillirait de leur bouche pour dévorer leurs ennemis; oui, qui s'aviserait de les malmener, c'est ainsi qu'il lui faudrait périr. Ils ont pouvoir de clore le ciel afin que nulle pluie ne tombe durant le temps de leur mission; ils ont aussi pouvoir sur les eaux, de les changer en sang, et pouvoir de frapper la terre de mille fléaux, aussi souvent qu'ils le voudront.

Certaines traditions patristiques font état de la croyance selon laquelle Élie sera l’un des "deux témoins" évoqués dans le texte ci-dessus (l’autre étant Hénoch, ou quelque autre saint personnage du passé). Le terreau où elles puisaient semble avoir été ce passage de Marc :

Marc 9, 11-12 : Et ils lui posaient cette question: "Pourquoi les scribes disent-ils qu'Élie doit venir d'abord?" Il leur dit: "Oui, Élie doit venir d'abord et tout remettre en ordre. Et comment est-il écrit du Fils de l'homme qu'il doit beaucoup souffrir et être méprisé ?...

La dernière phrase, qui fait allusion au sort tragique de Jean le Baptiste, précurseur sacrifié du Messie sacrifié, peut également s’appliquer à Élie, précurseur du Messie triomphant, mais dont le sort sera identique à celui du Baptiste, avec cette différence qu’il ressuscitera, comme le prophétise l’Apocalypse :

Apocalypse 11, 7-12 : Mais quand ils auront fini de rendre témoignage, la Bête qui surgit de l'Abîme viendra guerroyer contre eux, les vaincre et les tuer. Et leurs cadavres, sur la place de la Grande Cité, Sodome ou Égypte comme on l'appelle symboliquement, là où leur Seigneur aussi fut crucifié, leurs cadavres demeurent exposés aux regards des peuples, des races, des langues et des nations, durant trois jours et demi, sans qu'il soit permis de les mettre au tombeau. Les habitants de la terre s'en réjouissent et s'en félicitent; ils échangent des présents, car ces deux prophètes leur avaient causé bien des tourments. Mais, passés les trois jours et demi, Dieu leur infusa un souffle de vie qui les remit sur pieds, au grand effroi de ceux qui les regardaient. J'entendis alors une voix puissante leur crier du ciel: "Montez ici!" Ils montèrent donc au ciel dans la nuée, aux yeux de leurs ennemis.

C’est alors le triomphe de Dieu et de ses élus, et l’établissement de la royauté du Christ sur le monde :

Apocalypse 11, 15-18 : Alors, au ciel, des voix clamèrent: "La royauté du monde est échue à notre Seigneur ainsi qu’à son Oint : il régnera dans les siècles des siècles." Et les 24 Vieillards qui sont assis devant Dieu, sur leurs sièges, se prosternèrent pour adorer Dieu en disant: "Nous te rendons grâce, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, Il est et Il était, parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne. Les nations s'étaient mises en fureur [Cf. Psaume 2] ; mais voici ta fureur à toi, et le temps pour les morts d'être jugés; le temps de récompenser tes serviteurs les prophètes, les saints, et ceux qui craignent ton nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre."

Dès lors, le combat entre les forces du mal et celles de Dieu, prend des dimensions cosmiques :

Apocalypse 12, 7-12 : Alors, il y eut une bataille dans le ciel: Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses Anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. On le jeta donc, l'énorme Dragon, l'antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui. Et j'entendis une voix clamer dans le ciel: "Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. Mais eux l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir. Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le Diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés."

Parallèlement l’Apocalypse décrit le combat titanesque qui se déroulera sur la terre entre celles et ceux qui seront restés fidèles à Dieu et les païens coalisés avec les apostats:

Apocalypse 17, 3-18 : Il me transporta au désert, en esprit. Et je vis une femme, assise sur une Bête écarlate couverte de titres blasphématoires et portant sept têtes et dix cornes, c'est avec elle qu'ont forniqué les rois de la terre, et les habitants de la terre se sont saoulés du vin de sa prostitution. La femme, vêtue de pourpre et d'écarlate, étincelait d'or, de pierres précieuses et de perles; elle tenait à la main une coupe en or, remplie d'abominations et des souillures de sa prostitution. Sur son front, un nom était inscrit -- un mystère! -- "Babylone la Grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre. Et sous mes yeux, la femme se saoulait du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus. A sa vue, je fus bien stupéfait; mais l'Ange me dit: "Pourquoi t'étonner? Je vais te dire, moi, le mystère de la femme et de la Bête qui la porte, aux sept têtes et aux dix cornes. "Cette Bête-là, elle était et elle n'est plus; elle va remonter de l'Abîme, mais pour s'en aller à sa perte; et les habitants de la terre, dont le nom ne fut pas inscrit dès l'origine du monde dans le livre de vie, s'émerveilleront au spectacle de la Bête, de ce qu'elle était, n'est plus, et reparaîtra [...] Ils sont tous d'accord pour remettre à la Bête leur puissance et leur pouvoir. Ils mèneront campagne contre l'Agneau, et l'Agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, avec les siens: les appelés, les choisis, les fidèles. Et ces eaux-là, poursuivit l'Ange, où la Prostituée est assise, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues. Mais ces dix cornes-là et la Bête, ils vont prendre en haine la Prostituée, ils la dépouilleront de ses vêtements, toute nue, ils en mangeront la chair, ils la consumeront par le feu; car Dieu leur a inspiré la résolution de réaliser son propre dessein, de se mettre d'accord pour remettre leur pouvoir royal à la Bête, jusqu'à l'accomplissement des paroles de Dieu. Et cette femme-là, c'est la Grande Cité, celle qui règne sur les rois de la terre."

Cette geste se termine par la description du triomphe de Dieu et de ses fidèles et l’instauration du règne terrestre du Christ et de ses élus, qui durera mille ans, c’est-à-dire une très longue période de temps, avant le dernier assaut des forces du mal et leur destruction définitive :

Apocalypse 19, 1-21 et 20, 1-6 : Après quoi j'entendis comme un grand bruit de foule immense au ciel, qui clamait: "Alleluia! Salut et gloire et puissance à notre Dieu, car ses jugements sont vrais et justes: il a jugé la Prostituée fameuse qui corrompait la terre par sa prostitution, et vengé sur elle le sang de ses serviteurs." Puis ils reprirent: "Alleluia! Oui, sa fumée s'élève pour les siècles des siècles!" Alors, les 24 Vieillards et les quatre Vivants se prosternèrent pour adorer Dieu, qui siège sur le trône, en disant: "Amen, alleluia! ..." Puis une voix partit du trône: "Louez notre Dieu, vous tous qui le servez, et vous qui le craignez, les petits et les grands." Alors j'entendis comme le bruit d'une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux, comme le grondement de violents tonnerres; on clamait: "Alleluia! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout. Soyons dans l'allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l'Agneau, et son épouse s'est faite belle: on lui a donné de se vêtir de lin d'une blancheur éclatante" -- le lin, c'est en effet les bonnes actions des saints. Puis il me dit: "Ecris: Heureux les gens invités au festin de noce de l'Agneau. Ces paroles de Dieu, ajouta-t-il, sont vraies." Alors je me prosternai à ses pieds pour l'adorer, mais lui me dit: "Non, attention, je suis un serviteur comme toi et comme tes frères qui possèdent le témoignage de Jésus. C'est Dieu que tu dois adorer." Le témoignage de Jésus, c'est l'esprit de prophétie. Alors je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc; celui qui le monte s'appelle "Fidèle" et "Vrai", il juge et fait la guerre avec justice. Ses yeux? Une flamme ardente; sur sa tête, plusieurs diadèmes; inscrit sur lui, un nom qu'il est seul à connaître; le manteau qui l'enveloppe est trempé de sang; et son nom? Le Verbe de Dieu. Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de lin d'une blancheur parfaite. De sa bouche sort une épée acérée pour en frapper les païens; c'est lui qui les mènera avec un sceptre de fer; c'est lui qui foule dans la cuve le vin de l'ardente colère de Dieu, le Maître-de-tout. Un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse: Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Puis je vis un Ange, debout sur le soleil, crier d'une voix puissante à tous les oiseaux qui volent au zénith: "Venez, ralliez le grand festin de Dieu! Vous y avalerez chairs de rois, et chairs de grands capitaines, et chairs de héros, et chairs de chevaux avec leurs cavaliers, et chairs de toutes gens, libres et esclaves, petits et grands!" Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs armées rassemblés pour engager le combat contre le Cavalier et son armée. Mais la Bête fut capturée, avec le faux prophète -- celui qui accomplit au service de la Bête des prodiges par lesquels il fourvoyait les gens ayant reçu la marque de la Bête et les adorateurs de son image, -- on les jeta tous deux, vivants, dans l'étang de feu, de soufre embrasé. Tout le reste fut exterminé par l'épée du Cavalier, qui sort de sa bouche, et tous les oiseaux se repurent de leurs chairs. [Chapitre 20] Puis je vis un Ange descendre du ciel, ayant en main la clef de l'Abîme, ainsi qu'une énorme chaîne. Il maîtrisa le Dragon, l'antique Serpent, - c'est le Diable, Satan -, et l'enchaîna pour mille années. Il le jeta dans l'Abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés, afin qu'il cessât de fourvoyer les nations jusqu'à l'achèvement des mille années. Après quoi, il doit être relâché pour un peu de temps. Puis je vis des trônes sur lesquels ils s'assirent, et on leur remit le jugement; et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d'adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main; ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. Les autres morts ne purent reprendre vie avant l'achèvement des mille années. C'est la première résurrection. Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection! La seconde mort n'a pas pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils régneront mille années.

 

Telle est, cursivement décrite, la trame prophétique essentielle du dessein initial de Dieu sur la création et l’humanité, qui consiste, pour Dieu, à établir sa royauté sur terre, et pour l’humanité à l’accepter, sous peine de se trouver en guerre avec Dieu et de périr physiquement, voire – ce qui est pire - spirituellement, lors de la rencontre face à face entre Dieu et l’humanité, appelée par l’Écriture "Jour de l’Éternel", qui ouvrira l’ère messianique qu’attendent les Juifs et les chrétiens, "les deux familles dont Dieu a fait choix" (Jérémie 33, 24), et que viendra inaugurer et défendre, Élie le prophète.

 

II. Élie dans l'Écriture et la Tradition orale juive

 

Histoire d'Élie

Toute l'histoire d'Élie est ramassée dans quelques chapitres des Livres des Rois (1R ch. 17-21 et 2 R ch. 1-2), et il faut bien avouer que les renseignements biographiques qu'on peut tirer de ces récits, sont fort minces. Tout d'abord, les noms des parents du prophète ne nous ont pas été conservés ; nous savons seulement qu'il était de Guilad (1 R 17, 1). Sa carrière commence par une altercation avec Achab, roi d'Israël, auquel il déclare :

"Par L’Éternel vivant, le Dieu d'Israël que je sers, il n'y aura, ces années-ci, ni rosée, ni pluie, sauf à mon commandement" (1 R 17, 1).

En vérité nous ne savons pas, au juste, quelle fut la raison de cette soudaine décision du prophète, pas plus que nous n'avons la preuve qu'elle lui fut dictée par Dieu.

Fort heureusement, la Tradition Orale Juive vient à notre secours et comble ce qui manque à notre information :

"Le roi Achab était un bon ami (de 'Hiel). Il est allé, accompagné du prophète Élie, prendre des nouvelles (de 'Hiel et le consoler) dans sa maison, où il portait le deuil (de ses enfants). Le malheureux était assis et leur a dit : « Peut-être, quand Josué a prononcé sa malédiction, l’entendait-il comme ceci : ni Jéricho sous le nom d'une autre ville, ni une autre ville sous le nom de Jéricho ? » Le prophète Élie lui dit : « C'est exact ». (Le roi Achab) a dit alors : « (Allons donc !) la malédiction de Moïse ne s’est pas réalisée - car il est écrit : 'et vous vous détourneriez et vous iriez adorer des idoles', et ensuite : 'la colère de L’Éternel s’enflammera contre vous, et il fermera les cieux et il n’y aura plus de pluie', etc. (Dt 11, 16-17) ; or, cet homme (moi-même) a dressé des idoles sur chaque talus et la pluie (est si abondante qu'elle) l’empêche d’aller s'y prosterner. (Et tu voudrais que) la malédiction de Josué, qui n’était que son disciple, se soit réalisée aussitôt ! 'Et Élie le Tishbite, un de ceux qui s’étaient établis à Guilad a dit à Achab : « Par le Dieu vivant, Dieu d’Israël, il n’y aura, ces années-ci, ni rosée, ni pluie, si ce n’est à mon commandement »." (1 R 17, 2). 

(Talmud de Babylone, Sanhedrin 113a).

Nous voyons donc que la sécheresse décrétée par Élie, n'est pas seulement la punition de l'idolâtrie d’Achab, mais surtout la réponse sévère à sa provocation à l'égard de Dieu, dont la parole prophétique lui semble impuissante. De cette attitude du prophète, découle le portrait moral que nous pouvons en esquisser. Élie est - selon ses propres termes - "rempli d'un zèle jaloux pour L’Éternel Sabaoth!..." (1 R 19, 10). Mieux encore, il représente et même incarne la justice implacable de Dieu. Dans l'Écriture, ce n'est pas dit clairement (quoique la 'collaboration’ de Dieu soit évidente : ordre de fuir au torrent de Kerit, envoi à Sarepta, etc.).

Par contre, la Tradition orale juive vient le confirmer :

"Le Saint, béni soit-il dit à Élie : ce 'Hiel est un homme important. Va lui rendre visite. Élie lui répondit : "Je n'ai pas envie d'y aller". (Dieu) dit : "Pourquoi?" Il lui répondit : "Parce qu'ils diront des choses qui t'irritent et je ne pourrai pas le supporter." Le Saint, béni soit-il, lui dit : "Eh! bien, s'ils te disent des choses irritantes, toute condamnation que tu prononceras, moi, je la réaliserai."

(Talmud de Jérusalem, Sanhedrin, ch. 10, halacha 2).

Élie fut aussi un thaumaturge, comme en témoignent les miracles de la multiplication de l'huile et de la résurrection du fils de la veuve. Mais il fut surtout un grand prophète et un réformateur religieux, attentif à extirper le mal, tant individuel (meurtre de Naboth par Achab) que collectif (adoration de Baal).

La scène de l'égorgement des faux prophètes et du sacrifice licite, consumé par le feu du ciel, égale Élie à Moïse, et c'est bien ainsi que le présente la Tradition orale : "Il est évident que Moïse et Élie sont égaux en toute chose."

Mais Élie n'est pas seulement thaumaturge, prophète et réformateur religieux, il est aussi l'ascète et le mystique à qui Dieu se manifeste face à face, comme à Moïse dans la grotte de l’Horeb, lui faisant comprendre sa pure spiritualité:

"Mais L’Éternel n'était pas dans l'ouragan (...), pas dans le tremblement de terre (...), pas dans le feu, et, après le feu, le bruit d'une brise légère..." (1 R 19, 11-12)

Enfin, la vie terrestre de ce prophète hors série s'achève, comme elle a commencé : brusquement et mystérieusement, et surtout, de façon inouïe. Comme Hénoch, Élie est enlevé au ciel où il demeure vivant, ainsi que l'atteste la Tradition orale, elle aussi : "Élie est vivant".

 

Retour eschatologique d'Élie

Le texte essentiel et fondamental est, bien entendu, Malachie 3,1 et 22-23 :

"Voici que je vais envoyer mon messager pour qu'il fraye un chemin devant moi (...) Voici que je vais vous envoyer Élie, le prophète, avant que n'arrive le jour de L’Éternel, grand et redoutable. Il ramènera le coeur des pères vers les fils et le coeur des fils vers les pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d'anathème".

Non moins important est l'éloge d'Élie, par Ben Sira (Ecclésiastique) au chapitre 48, vv. 1-12).

"Toi qui fus désigné, dans des menaces futures, pour apaiser la colère avant qu'elle n'éclate, pour ramener le coeur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob. Bienheureux ceux qui te verront et ceux qui se sont endormis dans l'amour, car, nous aussi, nous possédons la vie". (Si 48, 10-11).

Cette attente du retour d'Élie est partagée par la Tradition orale, en de nombreux endroits, on se contentera de citer un texte, parmi d'autres :

"Même si vos dispersés se trouvaient aux confins des cieux, la parole de L’Éternel vous rassemblera de là, par l'intermédiaire d'Élie, le grand prêtre, et, de là, il vous fera venir, par l'intermédiaire du Roi-Messie".

(Targum de Palestine, add. 27031, sur Dt 30, 4. Traduction R. Le Déault, Targum du Pentateuque T. IV, Deutéronome, Paris 1980, p. 267).

 

III. Jean le Baptiste et le Retour d'Élie,

dans les Synoptiques



Portait physique et moral de Jean le Baptiste :

Dans cet essai, nous partirons des textes des Synoptiques et nous ne manquerons pas d'établir des comparaisons avec l'Ancien Testament, lorsque l’occasion s'en présentera.


A - La naissance de Jean le Baptiste est annoncée par un ange, en ces termes :

"...il sera grand devant le Seigneur, il ne boira, ni vin, ni boisson fermentée; il sera rempli d'Esprit-Saint dès le sein de sa mère, et il ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant lui, avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener le coeur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant

Dans ce texte, l'intention rédactionnelle est évidente et l'assimilation de Jean le Baptiste à Élie, est clairement exprimée. Toutefois, il serait erroné de trop pousser la ressemblance. Tout d'abord, ici, Jean le Baptiste N'EST PAS Élie, et pour cause, puisque le père est Zacharie et la mère, Élisabeth. De plus, il est bien précisé que cet enfant marchera devant Dieu, "avec l'Esprit et la puissance d'Élie", et rien de plus.

On peut aussi voir une intention du rédacteur (si l'on ne croit pas à l'Évangile comme â un écrit inspiré ou, à la rigueur, historique), dans l'attribution à Jean le Baptiste d’un père, de la tribu de Lévi : Zacharie, en effet, était prêtre "de la classe d'Abia et il avait pour femme une descendante d'Aaron, dont le nom était Élisabeth". (Ibid. v.5). Or, dans la Tradition orale juive et le Midrash - parmi d'autres opinions au sujet de l'origine d’Élie - on trouve, avec insistance, celle qui le fait appartenir à la tribu sacerdotale, par exemple :

«Élie le Prophète, de la famille d'Aaron ...»

(Midrash Tehillim (Shoher Tov) sur le Ps. 43. Édit. Buber, Vilna, 1891, reproduction anastatique H. Wegshel, Jérusalem, 1977, p. 267).

La présence de ce motif dans l'évangile de Luc n'est donc pas une 'invention chrétienne'.

 

B. Au physique, Jean le Baptiste est décrit par Matthieu en ces termes :

"Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour des reins; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage..." (Mt 3, 4).

On ne peut, évidemment, s'empêcher de penser à la description d'Élie, le Tishbite au début du deuxième Livre des Rois :

"C'était un homme avec une toison et un pagne de peau autour des reins..." (2 R 1, 8).

Le second membre de phrase est quasi identique dans les deux textes. Toutefois, il ne faut pas oublier qu'un tel accoutrement était courant, dans l'Ancien Testament ; chez les prophètes, en particulier, le manteau en poils de chameau (celui de Mt 3, 4 correspond, presque mot pour mot, en grec, à celui de Za 13, 4) était le signe extérieur de la fonction prophétique. De plus, l'insistance de l'Évangile sur la nourriture de Jean le Baptiste - qui consiste en sauterelles et miel sauvage - n'a pas son équivalent chez Élie.

 

C - Si nous examinons, maintenant, les traits moraux et psychologiques de Jean le Baptiste, en les comparant à ce que nous savons d’Élie, force nous est de constater que l'analogie est frappante, surtout en ce qui concerne le caractère dur et intraitable de Jean le Baptiste, comme en témoigne ce texte de Matthieu :

"Comme il voyait beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir au baptême, il leur dit : 'Engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la colère qui vient?' (...)" (Mt 3, 7).

Le ton rappelle la dure apostrophe d'Élie au peuple d'Israël, sur le Carmel :

"Jusqu'à quand clocherez-vous des deux jarrets? Si L’Éternel est Dieu, suivez-le; si c'est Baal, suivez-le." (1 R 18, 21).

De même, nous voyons Jean le Baptiste s'en prendre à Hérode au point d'en perdre la liberté, puis la vie ; ceci rappelle évidemment le courage intrépide d'Élie, face à Achab, comme responsable de l'idolâtrie du peuple, dans un premier cas (1R 18, 18ss), et comme meurtrier de Naboth, dans un second (ibid. ch. 21).

De la même façon, il y a une certaine analogie entre le découragement d'Élie, lors de sa fuite devant Jézabel :

"C'en est assez maintenant,  Éternel ! Prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères" (1 R 19, 4)

et le doute qui assaille Jean dans sa prison :

"Il lui envoya de ses disciples pour lui dire : 'Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?" (Mt 11, 2-3).

Mais, là s'arrête la ressemblance; en vérité, nous sommes bien obligés de constater que ce qui distingue et sépare Élie de Jean le Baptiste est beaucoup plus important que ce qui les rend semblables et - bien entendu et surtout – la mort de ce dernier, contrairement à la survie du véritable Élie; sur ce point précis, nous reviendrons, plus loin, lorsque nous traiterons de la typologie eschatologique du personnage de Jean le Baptiste = Élie, dans les Évangiles.

Pour l'instant, nous nous contenterons de constater que paraît absolument étrangère aux auteurs des Évangiles, toute tentative rédactionnelle de ‘plaquer’ sur le visage de Jean le Baptiste les traits de l'Élie historique. Force nous est donc de chercher ailleurs et, pour ainsi dire, dans une autre dimension, le moteur secret ou l'idée-force qui a engendré cette typologie étrange : Élie = Jean le Baptiste.

Pour éclaircir quelque peu le problème, nous allons traiter brièvement de la typologie eschatologique d'Élie, en tant que précurseur du Messie, telle qu'elle se dégage des textes bibliques et de l'usage qui en est fait par les rédacteurs des Synoptiques, à propos du personnage de Jean le Baptiste.

 

IV. Typologie eschatologique d'Élie

 

1. Arrière-plan scripturaire

Il ne fait aucun doute que les rédacteurs des Synoptiques ont vu, dans Jean le Baptiste, le précurseur du Messie, l'Élie qui devait revenir, pour préparer les voies du Seigneur. Ceci, pour des Chrétiens, apparaîtra comme un truisme; mais les choses n'ont pas toujours semblé aussi simples à la primitive Église, ni aux Pères de l'Église (Grecs surtout). En fait, et de prime abord, cette typologie ne paraît pas faire de doute, puisque Jésus lui-même affirme - sans ambages, semble-t-il - que Jean le Baptiste EST Élie. Nous reviendrons sur la vraisemblance éventuelle de cette affirmation, ultérieurement. Pour l'instant, nous nous pencherons sur les textes bibliques qui étaient incontestablement, à l'arrière-plan d'une telle conception.

Et tout d'abord, il importe de souligner que l'Écriture est fort discrète sur le retour d’Élie. Dans la Bible canonique, on ne trouve rien de plus que ces paroles de Ml 3, 22-24 :

"Rappelez-vous la Loi de Moïse, mon serviteur, à qui j’ai prescrit, à l'Horeb, pour tout Israël, des lois et des coutumes. Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que n'arrive le jour de L’Éternel, grand et redoutable. Il ramènera le coeur des pères vers leurs fils et le coeur des fils vers leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d'anathème".

Hors du canon juif, on trouve un texte très important. Il s'agit de Ben Sira (Ecclésiastique) 48, 1-11, qui constitue un rappel des principales actions prophétiques d'Élie, couronné par cette affirmation péremptoire de son retour eschatologique :

"Toi qui fus désigné, dans les menaces futures, pour apaiser la colère avant qu'elle n'éclate, pour ramener le coeur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob. Bienheureux ceux qui te verront (...)" (ibid. v. 10-11).

Il semble que ce soit surtout ce texte, plus que Malachie 3, 23-24, qui a influencé la rédaction des péricopes, concernant le rôle eschatologique d'Élie = Jean le Baptiste, dans les Synoptiques. En effet, il contient deux éléments qui sont absents du texte de Malachie : "apaisement de la colère" et "rétablissement des tribus de Jacob"; de plus, seule la première partie de la phrase de Malachie est retenue : "pour ramener le cœur des pères vers les fils" (et non pas : "et le coeur des fils vers les pères"). Or, il se trouve que ces trois éléments réapparaissent, dans les Synoptiques, presque sous la même forme, à savoir :

1) La suppression du retour des fils vers les pères (Lc 1, 17).

2) l'apaisement de la colère, qui semble trouver un certain parallèle dans les paroles de Jean le Baptiste aux Pharisiens et aux Sadducéens venus recevoir son baptême : "engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la colère prochaine?" (Mt 3, 7). Certes, l'assimilation du Jour du Seigneur avec un jour de colère, est classique (Joël 2; So 1, etc.); mais, ce qui l'est moins, c'est la perspective de pouvoir la faire cesser (kopasai); et, si le mot employé par Matthieu est différent (phugein), il n'en reste pas moins que l'idée est proche et semble provenir de notre texte.

3) Quant au troisième élément, il est beaucoup plus important dans la perspective comparative qui est la nôtre, ici : il s'agit du rétablissement des tribus de Jacob et son corollaire : l'apocatastase.

 

2. La notion d’Apocatastase (voir aussi l’Annexe)

Sous sa forme substantive (apokatastasis), ce terme grec ne se rencontre qu'une fois dans le Nouveau Testament, et pas du tout dans la Septante (version grecque des Écritures) ; par contre, le verbe apokathistanai est largement attesté dans les deux Testaments.

Le sens de ce verbe grec est : 'remettre en état', ou, plus exactement, 'remettre une chose ou un événement dans son état primitif', ou dans l’intégrité originelle qui était ou aurait dû être la sienne, ou encore 'restituer', 'rétablir comme auparavant'.

Une lecture attentive du Nouveau Testament - et spécialement des Évangiles et des Actes - révèle clairement une attente, non seulement messianique, mais politique, dans le peuple, et même une quasi-certitude que les "temps sont accomplis". Selon leur habitude, les dirigeants spirituels du peuple examinent les "signes du Messie", c'est-à-dire qu'ils vérifient si les prétentions de tel ou tel candidat à cette auguste mission correspondent à la teneur des textes sacrés, unanimement reconnus comme devant attester la véridicité de la vocation de celui qui prétend les accomplir.

C'est donc ainsi que l'on agit à l'égard des deux personnages thaumaturgiques d'alors, que sont Jean le Baptiste, d'abord, Jésus, ensuite. A Jean le Baptiste sont posées trois questions qui, semble-t-il, étaient traditionnelles :

"Es-tu Élie?" et il dit : "Je ne le suis pas". - "Es-tu le prophète?", et il répondit : "Non." (Jn 1,19-28). Et les Juifs de s'étonner, puisqu’il avait, l’instant d'avant, nié être le Messie (Jn 1,20). "Ils lui dirent alors : Qui es-tu ? Que nous donnions, une réponse à ceux qui nous ont envoyés" (Ibid. v. 22).

Comme il ressort du texte, avec évidence, ces gens avaient été envoyés en délégation, auprès de Jean le Baptiste, "de Jérusalem, par des prêtres et des lévites" (ibid. v.19). Tout ceci nous confirme dans l'impression à laquelle il a été fait allusion plus haut, à savoir : qu’il y avait une espèce de ‘portrait-type’ du Messie et de son entourage. En effet, comme il ressort du texte ici cité, mais également de certains courants de la Tradition juive, et encore d'une partie de la Tradition chrétienne postérieure, on attendait, comme précurseurs du Messie, d'autres personnages, dont surtout Élie, mais aussi un autre prophète (Jérémie par exemple), ou Hénoch, voire Moïse lui-même! L'Apocalypse, pour sa part, nous parle des "deux témoins" (Ap 11, 3), il s'agit d'une allusion à Zacharie 4, 3 et 11-14, où les deux ‘oliviers’ (littéralement : fils de l'huile) personnifient Josué et Zerubabel qui représentent respectivement le Sacerdoce et la Royauté (Zerubabel est de la Maison de David). Ce n'est pas ici le lieu de nous attarder sur ce passage obscur de l'Apocalypse, il n'a été évoqué que pour illustrer jusqu'à quel point l'attente de personnages eschatologiques précédant le Messie était traditionnelle et indiscutée, quoique d'origine et de nature obscures.

En fait, Jésus lui-même assigne à Élie un rôle 'apocatastatique', dans deux textes parallèles des Synoptiques :

Mt 17, 10-13 : " Les disciples lui posèrent alors cette question : 'Que disent donc les scribes, qu'Élie doit venir d'abord ?' Il répondit : 'Oui, Élie doit venir et il mettra tout en ordre' " (ou : 'restaurera' tout - apokatastèsei panta)..."

Mc 9, 11-13 : "Ils lui posèrent cette question : 'Pourquoi les scribes disent-ils qu'Élie doit venir d'abord ?' Il leur dit : 'Oui, Élie doit venir d'abord et tout remettre en ordre ' (apokathistanei panta)..."

Sans nous attarder, pour l'instant, à la solution donnée par Jésus à la difficulté incontestable, soulevée par la question de ses disciples (nous y reviendrons plus loin), nous pouvons déjà constater que le Christ se situe nettement dans la ligne traditionnelle du Judaïsme, concernant le rôle d'Élie, comme le prouveront suffisamment ces quelques textes de la Tradition orale, relatifs aux thèmes suivants :

 

- Pas de conversion avant le retour d'Élie :

"(Israël) ne se convertit pas avant que ne vienne Élie, comme il est dit : Voici que je vous envoie Élie le prophète..."

(Yalkut Shimoni, 2e partie sur Malachie, ch. 3, Remez 595. Édition Levine-Epstein, Jérusalem, 1967, T. 11, p. 876).

 

- Retour eschatologique d'Élie et de Moïse :

"Le Saint, béni soit-il, dit à Moïse : "Par ta vie, de même que tu t’es totalement consacré à eux (à Israël) dans ce monde-ci, dans le monde à venir également, quand je leur enverrai Élie, d’heureuse mémoire, vous viendrez tous les deux en même temps, ainsi qu’il est écrit : 'L’Éternel vient dans la tempête et dans l’ouragan' " (Na 1, 3). La tempête (sufa), c'est Moïse, comme il est écrit : "Et elle le déposa dans une corbeille de joncs (suf) sur la rive du fleuve" (Ex 2, 3). Et 'dans l’ouragan (se’arah)', c’est Élie, comme il est écrit : "Et Élie monta aux cieux dans l'ouragan" (2 R 2, 11). A cette époque, il viendra et vous réconfortera, comme il est dit : ‘Voici que je vous envoie Élie le prophète... et il ramènera le coeur des pères vers les fils' " (Ml 3, 23).

(Yalkut Shimoni, 1ère partie, sur Exode ch. 34, Remez 397. Édition Levine-Epstein, Jérusalem, 1967, T. I, p. 236).

 

- Élie et les douze tribus

" Lorsque Élie vit le mérite des tribus - en effet ce n'est que grâce au mérite des tribus qu'Israël avait bénéficié de l'érection du Temple -, comme il venait au Mont Carmel pour amener Israël sous les ailes de la Shekhina (la Sainte présence de Dieu), il prit douze pierres, selon le nombre des tribus, et en bâtit un autel, comme il est dit : 'Et Élie prit les douze pierres' " (1 R 18, 31).

(Midrash Pesikta Rabbati, édit. M. Friedmann, Vienne 1880, Parasha Vayiqab EHahu, ch. 4 (Réimpression Tel-Aviv 1963) p. 13).

" Et El-Shaddaï vous fera trouver grâce aux yeux de l'homme (Joseph), et il renverra l'autre (Siméon) avec vos frères et Benjamin" (Gn 43, 13). "Et El-Shaddaï parlant d’Israël et de leur exil, leur fera miséricorde et leur fera trouver grâce devant tous ceux qui les retiennent captifs et il les libérera (ainsi qu'il est écrit):‘Voici que je vous envoie' (Ml 3, 23), avec vos frères qui se trouvent prés du fleuve Sambatyon. "

(Midrash Tanhuma Haqaddum, Parasha Miqets, 17, édition S. Buber, 1883, T. 1, p. 203).

Il est intéressant de noter l'association étrange, ci-dessus, entre la prophétie de Malachie et celle de Jacob : à en croire ce midrash, les 'fils' dont il est question en Malachie deviennent des frères ennemis, c'est-à-dire les dix tribus du Nord qui firent sécession et dont l'ancêtre éponyme est Joseph. Et, afin qu'il n'y ait pas de doute sur ce point, citons encore le midrash Bereshit Rabba, qui semble être la source de ce passage du Tanhuma :

" Je vous enverrai vos frères" (Gn 43, 13). Ce sont les dix tribus ".

(Bereshit Rabba 92, 2. Édit. Ch. Albek, Jérusalem, 1965, T. III, p. 1140).

 

Au terme de cette brève enquête, ressortent clairement quelques éléments dont les principaux sont les suivants :

1. L'attente d'un retour eschatologique d'Élie, accompagné ou précédé d'autres figures prophétiques, était vivante et vivace du temps de Jésus.

2. Pour des raisons qui nous échappent encore, la communauté chrétienne primitive a voulu voir, dans Jean le Baptiste, l'Élie qui devait venir; mais il ne semble pas qu'il faille parler d'une relecture postérieure, ni d'un réajustement exégétique subtil, destiné à plaquer artificiellement, sur la personne et l'action historique du précurseur, la personnalité réelle d’Élie.

3. Toutefois, certains passages du Nouveau Testament font problème. Il en a été traité dans une étude spécifique consacrée aux contradictions et obscurités du thème de Jean le Baptiste = Élie, dans les Synoptiques ; mais, d'ores et déjà, il convient de citer quelques passages néotestamentaires étranges - à tout le moins, dans une perspective chrétienne actuelle -, où se reflète la foi de Jésus et de ses apôtres, en deux événements messianiques, ou - si l'on préfère - deux aspects eschatologiques des temps messianiques, à savoir : le rétablissement du royaume d’Israël, et ce qui le conditionne : le rassemblement des douze tribus.

" Alors, prenant la parole, Pierre lui dit : 'Eh! bien, nous, nous avons tout quitté et nous t'avons suivi quelle sera donc notre part ?' Jésus leur dit : 'En vérité, je vous le dis, à vous qui m'avez suivi : dans la régénération, quand le Fils de l'Homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez, vous aussi, sur douze trônes, pour juger les douze tribus d'Israël'. " (Mt 19, 27-28).

" Ils étaient réunis et le questionnaient : 'Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restituer le royaume à Israël ?' Il leur répondit : 'Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité’... " (Ac 1, 6-7).

 (Paroles de Paul devant le roi Agrippa) : " Maintenant encore, si je suis mis en jugement, c’est à cause de mon espérance en la promesse faite par Dieu à nos pères et dont nos douze tribus, dans le culte qu'elles rendent à Dieu avec persévérance, nuit et jour, espèrent atteindre l'accomplissement. C'est pour cette espérance, ô roi, que je suis mis en accusation !... " (Ac 26, 6-7).

" Jacques (...) aux douze tribus de la dispersion, salut! " (Jc 1, 1).

" (La cité sainte, Jérusalem, qui descend du ciel, de chez Dieu) est munie d'un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes, près desquelles il y a douze anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des enfants d'Israël (...) " (Ap 21, 12).


4. L'Évangile de Luc nous présente, sans ambages, Jean le Baptiste, comme investi du rôle et de la puissance d’Élie et agissant en précurseur du Messie :

" Mais l'ange lui dit : 'Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée, ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jean. Tu auras joie et allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur; il ne boira ni vin, ni boisson forte; il sera rempli d'Esprit Saint dès le sein de sa mère et ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant lui avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener le coeur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé' ". (Lc 1, 11-17).

" Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut, par la rémission de ses péchés... " (Lc 1, 76-77).

 

V. Synthèse et conclusion

 

Dans les analyses qui ont précédé, nous avons examiné quelques allusions des Évangiles, à une identité possible : Jean le Baptiste = Élie. Il est ressorti de cet examen, à tout le moins une certitude négative : on ne saurait raisonnablement prêter à cette typologie étrange un caractère rédactionnel orienté. En d'autres termes, si elle poursuivait un but apologétique visant à trouver, à tout prix, à son Messie (Jésus) souffrant et mourant, un Élie = Jean le Baptiste, voué au même sort, il n'est pas concevable que la première communauté chrétienne ait pu commettre une si grande erreur que celle qui consiste à laisser se côtoyer de telles contradictions apparentes et de telles obscurités, à propos d'une Tradition si importante pour authentifier le rôle et l’identité messianiques de Jésus.

Comme dit plus haut, force est bien d'adopter le qualificatif de 'mystérieux', pour caractériser une telle identification. En effet, elle pose bien des problèmes, et si j’ai, à plusieurs reprises, employé le terme de 'typologique' pour la qualifier, ce n'est là qu'une approche sémantique malhabile, faute de vocabulaire adéquat.

Il faudrait créer une expression particulière, voire un néologisme, pour caractériser une telle typologie où ce n'est plus le passé qui est type et figure de l'avenir, mais le présent qui réalise historiquement une prophétie, sans en épuiser les possibilités typologiques, mais en en laissant, au contraire, l'accomplissement plénier comme suspendu dans un avenir eschatologique.

J'ai forgé, à cet effet et faute de mieux, les expressions "accomplissement apocatastatique", ou "accomplissement pléromatique" (= plénier).

De fait, nous avons la situation étrange que voici : Jean le Baptiste est le type de la venue eschatologique d'un prophète qui l'a précédé et qui reviendra, mais, comme il réalise, dans une certaine mesure et par avance, ce que ce prophète (Élie) réalisera en plénitude à la Fin des Temps, Jean le Baptiste devient, lui-même, le type de cet Élie passé et à venir!...

Et, à ce stade, une analogie s'impose avec beaucoup de force : N’est-ce pas, à peu de choses près, le cas de Jésus ? En effet, ce dernier prétend accomplir les promesses concernant le Messie typologique - David, qui l'a incontestablement précédé dans le temps, tout en étant lui-même (Jésus), son propre "type", en tant que Fils de l'Homme glorifié qui reviendra, à la fin des temps, sur les nuées du ciel !...

Certes, il ne convient pas de trop presser les ressemblances, car, au regard de la foi chrétienne, les différences de nature et de fonctions entre les deux personnages sont énormes. Pour le chrétien, Jésus est l'incarnation du Verbe éternel du Père, et son accomplissement du destin messianique, typologisé par David, est total et parfait, son retour (ou plutôt sa 'venue') dans la gloire n'en étant, somme toute, que l’apogée, au terme d'un chef-d'oeuvre déjà accompli dans le mystère de l'échec apparent de sa mort, transformée en victoire éternelle par une résurrection considérée comme le dogme essentiel de la foi chrétienne. Toutefois, notre but, ici, n'est point la théologie de l'Église, mais une tentative d'analyse théologique d'une conception religieuse née dans le coeur d'un adepte fervent du judaïsme, d'où est issue une religion-cadette profondément différente, dans son expression concrète historique, de la religion-aînée, qui n'y voit, tout au plus, qu'un fruit illégitime - ou, au mieux, suspect - qu’elle renie farouchement, ou considère avec la plus extrême méfiance.

Il convient donc, sans vouloir outrepasser le cadre et le but de cet exposé, ainsi que nos limites propres, de chercher à discerner sur quel terreau a bien pu germer une si étrange conception, ou, plus exactement, ce qui a bien pu motiver un Juif pieux et mystique à lire sa propre histoire humaine et celle de son cousin Jean, à la lumière incompréhensible d'une typologie inouïe et - il faut bien l'avouer - scandaleusement inacceptable pour son temps et la Tradition religieuse juive.

Incontestablement, Jésus s'est cru le Messie attendu par Israël; mieux, il s'est considéré comme né de Dieu, tout en étant issu du sein d'une femme juive. De la même manière, il a vu, dans les événements qui le concernaient, la réalisation, en germe, de l'eschatologie apocalyptique, qu'il plaçait à la fin de l’histoire. Par conséquent, dans ce contexte, il était 'logique' que non seulement les événements marquants de son existence fussent réinterprétés par lui sous un aspect prophético-typologique, mais également certains personnages liés à son destin, comme, par exemple, les douze Apôtres, préfigurant les chefs des douze tribus (qu'Élie doit justement rétablir à la Fin des Temps !...) et, bien entendu, Jean le Baptiste, qui accomplit si merveilleusement, dans le mystère, la prophétie étrange d’Isaïe :

"Une voix proclame : Préparez dans le désert une route pour L’Éternel [... alors la gloire de L’Éternel se révélera et toute chair la verra...". (Is 40, 3, 5).

Il semble bien que Jésus, dans la conscience qu'il avait de sa messianité et de sa divinité, se soit considéré comme désigné, de façon nette, dans ce texte d'Isaïe. A lui, le Verbe, convenait parfaitement le titre de 'gloire de L’Éternel’, et c'était bien lui, en vérité, que 'toute chair avait vu'. Cette typologie avait, de plus, l’avantage de son ambiguïté : cette 'gloire de L’Éternel', il n'était pas dit qu'elle dût se manifester de façon éclatante. Le texte convenait donc à un Messie inconnu, humblement manifesté dans la chair, tout en gardant, à l'état potentiel, sa puissance apocalyptico-eschatologique, qui prendrait sa pleine dimension, lors de la consommation des siècles, lorsque enfin manifesté dans la gloire, le Fils de l'Homme viendrait, "sur les nuées du ciel". Dans ces conditions, Jean le Baptiste tenait à merveille le rôle de cette ‘voix' qui invite à frayer la route à Dieu. Il n’était pas Élie, mais il en avait la voix et l'Esprit ; en outre, typologiquement, il pouvait être qualifié d'Élie, car, dans des circonstances analogues et en plénitude, à la Fin des Temps, ce dernier viendrait accomplir, à l'échelle universelle, ce qu'il avait lui-même, jadis, réalisé, en germe, sur le Mont Carmel, et ce que Jean le Baptiste, était venu préfigurer, de son rôle eschatologique de Tishbite : "préparer au Seigneur un peuple bien disposé".

A l’origine de cette conception du rôle de Jean le Baptiste, telle que la proclame Jésus, on peut distinguer, grosso modo, deux courants: l'un se réclame de la prophétie de Malachie 3, et c'est celui des trois Synoptiques (Mt 11, 7-15; 17, 10-13; Mc 9, 11-13; Lc 1, 15-17) ; l'autre courant se reflète dans l'Évangile de Jean. Comme nous l'avons remarqué plus haut, le texte (mis dans la bouche de Jean le Baptiste lui-même) sur lequel s'appuie l’Évangéliste pour caractériser la mission de précurseur du Baptiste, est Isaïe 40, 3, où il n'est pas question d'Élie.

On conclura en constatant que ce fait remarquable d'une double tradition exégétique chrétienne, à propos du précurseur du Messie - l'une voyant en lui le type de l'Élie eschatologique, l'autre, celui du héraut anonyme, la "voix qui proclame", pour préparer les voies de Dieu par un appel à la conversion de son peuple -, témoigne de la vitalité de cette croyance, trop vite qualifiée de 'populaire' par certains critiques.

Cette dualité de traditions, loin de constituer une contradiction insurmontable, prouve, par un argument a contrario péremptoire, que ce thème d'Élie = Jean le Baptiste n'a aucun caractère apologético-rédactionnel. Et la dénégation énergique du précurseur lui-même : "Je ne suis pas Élie", fidèlement rapportée dans l'Évangile de Jean, laisse entier le mystère de l'eschatologie, que trop de commentateurs chrétiens, tant anciens que modernes, ont voulu voir totalement réalisée, du vivant de Jésus, alors que les textes eux-mêmes, dans leur obscurité et leurs contradictions apparentes, nous invitent à la considérer comme en marche vers son accomplissement final historique lors du plèrôma tôn kairôn ("la Plénitude des Temps"), dont a parlé Paul (cf. Éphésiens 1, 10).

 

 

ANNEXE

 

Apocatastase

Le terme apocatastasis est un hapax, c'est-à-dire qu'il ne figure qu'une seule fois dans l’Écriture (AT et NT). Il apparaît, sous cette forme substantive unique et intraduisible littéralement, dans le deuxième discours de Pierre, après la Pentecôte, que rapporte Luc dans le Livre des Actes (Ac 3, 21). Surcroît d'infortune : le verset où il s’insère est presque unanimement traduit (comme c'est le cas de la Bible de Jérusalem) : "…Celui que le ciel doit garder jusqu'aux temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de toujours". Défendable sur le plan philologique, cette traduction a l'inconvénient de l'ambiguïté, en raison de son assonance avec les théories de la Grande année et du retour cyclique des astres à leur position initiale, chères aux anciens philosophes grecs. Du coup, la "restauration universelle" peut se comprendre comme la restitution-transfiguration du monde matériel après sa destruction par le feu, à la lumière de passages néotestamentaires tels que ceux-ci :

"Mais les cieux et la terre d'à présent, la même parole les a mis de côté et en réserve pour le feu, en vue du jour du Jugement et de la ruine des hommes impies." (cf. 2 P 3, 7). 

"Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera." (2 P 3, 13).

"Puis je vis un trône blanc, très grand, et Celui qui siège dessus. Le ciel et la terre s'enfuirent de devant sa face sans laisser de traces." (Ap 20, 11)

"Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle -- car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n'y en a plus." (Ap 21, 1)

Fort heureusement, certains spécialistes du Nouveau Testament, plus au fait des subtilités de la langue grecque, ont traduit de manière plus littérale et probablement plus conforme à l’intention de l’auteur : « … jusqu’au temps du rétablissement [ou, selon ma traduction : de la réalisation intégrale] de tout ce que Dieu a dit par la bouche de ses saints prophètes de toujours ».

On le voit, la dissonance est dans les deux traductions antagonistes : "la restauration universelle dont Dieu a parlé" et "la réalisation intégrale de tout ce que Dieu a dit".

Dans le premier cas, il s’agit d’une conception classique, familière à des consciences chrétiennes, proche du scénario de la fin du monde, ou de celui d’une fin catastrophique de l’histoire, une espèce de mort biologique du cosmos et de l’humanité. Après cette catastrophe, le monde ancien est renouvelé (cf. Apocalypse 21, 5).

Dans le second cas, on comprend qu'il s’agit d’une mise en vigueur, ou d’un accomplissement, définitif et plénier, de tout ce que Dieu a dit et annoncé par le ministère des prophètes. Ici, pas de fin du monde, mais une fin de la mainmise des puissances terrestres sur l’histoire et la marche du monde, et l’intrusion du Royaume de Dieu, une prise de pouvoir direct de Dieu, en quelque sorte, sur l’histoire des hommes (cf. Ézéchiel 20, 32-44).

C’est de cette apocatastase-là qu’il est question ici. Il s’agit d’une réalisation eschatologique. Des situations, annoncées par les prophètes, préfigurées par des événements de l'histoire biblique, réalisées génétiquement et "sacramentellement" dans la geste surnaturelle de la vie de Jésus et de la fondation de l'Église sur les Apôtres, se reproduiront (ou se réaliseront pleinement) à l'approche des temps messianiques.

Ce processus de mainmise progressive de Dieu sur l’histoire, s’opère d’abord au niveau individuel (cf. "le royaume est au-dedans de vous", Luc 17, 21), au fil des siècles, jusqu’à son accomplissement plénier, à la fin des temps.

Isaïe l’entrevoyait lorsqu’il prophétisait :

"Qu'ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion: « Ton Dieu règne »." (Isaïe 52, 7).

L’apocalypse le dévoile en ces termes :

"Nous te rendons grâce, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, Il est et Il était, parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne." (Apocalypse 11, 17)

"Alors j'entendis comme le bruit d'une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux, comme le grondement de violents tonnerres; on clamait: « Alleluia! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout »." (Ap 19, 6).

Et pour illustrer le réalisme et le caractère eschatologique de l’apocatastase, voici deux textes prophétiques, dont la littéralité a toujours choqué, et choque encore tant de chrétiens. Ils ne laissent aucun doute sur le fait que tant le jugement de Dieu que l’instauration de son royaume se produiront sur la terre, dans le temps humain. Et ce n’est certainement pas un hasard si le prophète appelle ces événements : "Jour de l’Éternel" – expression trop souvent comprise, hélas, comme signifiant la destruction du monde et de l’humanité avant leur résurrection et leur transfiguration céleste, alors qu’il s’agit du jugement de l’humanité, à propos d’Israël, son peuple :

Zacharie 14, 1-21 : Voici qu'il vient le jour de l’Éternel, quand on partagera tes dépouilles au milieu de toi. J'assemblerai toutes les nations vers Jérusalem pour le combat; la ville sera prise, les maisons pillées, les femmes violées; la moitié de la ville partira en exil, mais le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville. Alors l’Éternel sortira pour combattre les nations, comme lorsqu'il combat au jour de la guerre. En ce jour-là, ses pieds se poseront sur le mont des Oliviers qui fait face à Jérusalem vers l'orient. Et le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d'est en ouest, en une immense vallée, une moitié du mont reculera vers le nord, et l'autre vers le sud. La vallée des Monts sera comblée, oui, elle sera obstruée jusqu'à Yasol, elle sera comblée comme elle le fut par suite de séisme, au temps d'Ozias roi de Juda. Et l’Éternel mon Dieu viendra, tous les saints avec lui. Il arrivera, en ce jour-là, qu'il n'y aura plus de lumière mais du froid et du gel. Et il y aura un jour unique - l’Éternel le connaît - plus de jour ni de nuit, mais au temps du soir, il y aura de la lumière. Il arrivera, en ce jour-là, que des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer orientale, moitié vers la mer occidentale : il y en aura été comme hiver. Alors l’Éternel sera roi sur toute la terre ; en ce jour-là, l’Éternel sera unique, et son nom unique. Tout le pays redeviendra plaine, depuis Géba jusqu'à Rimmôn du Négeb. Jérusalem sera exhaussée et habitée en son lieu, depuis la porte de Benjamin jusqu'à l'emplacement de l'ancienne porte, jusqu'à la porte des Angles, et de la tour de Hananéel jusqu'aux pressoirs du roi. On y habitera, il n'y aura plus d'anathème et Jérusalem sera habitée en sécurité. Et voici la plaie dont l’Éternel frappera tous les peuples qui auront combattu contre Jérusalem: il fera pourrir leur chair alors qu'ils se tiendront debout, leurs yeux pourriront dans leurs orbites et leur langue pourrira dans leur bouche. Il arrivera, en ce jour-là, qu'il y aura de par l’Éternel une grande panique parmi eux. Chacun saisira la main de son compagnon et ils lèveront la main l'un contre l'autre. Juda lui aussi combattra à Jérusalem. Les richesses de toutes les nations alentour seront rassemblées, or, argent, vêtements, en énorme quantité. Pareille sera la plaie des chevaux, des mulets, des chameaux, des ânes et de toutes les bêtes qui se trouvent dans les camps: une plaie semblable à celle-là. Il arrivera que tous les survivants de toutes les nations qui auront marché contre Jérusalem monteront année après année se prosterner devant le roi, l’Éternel Sabaot, et célébrer la fête des Tentes. Celle des familles de la terre qui ne montera pas se prosterner à Jérusalem, devant le roi, l’Éternel Sabaot, il n'y aura pas de pluie pour elle. Si la famille d'Égypte ne monte pas et ne vient pas, il y aura sur elle la plaie dont l’Éternel frappe les nations qui ne monteront pas célébrer la fête des Tentes. Telle sera la punition de l'Égypte et la punition de toutes les nations qui ne monteront pas célébrer la fête des Tentes. En ce jour-là, il y aura sur les grelots des chevaux: "consacré à l’Éternel", et les marmites de la maison de l’Éternel seront comme des coupes à aspersion devant l'autel. Toute marmite, à Jérusalem et en Juda, sera consacrée à l’Éternel Sabaot, tous ceux qui offrent un sacrifice viendront en prendre et cuisineront dedans, et il n'y aura plus de marchand dans la maison de l’Éternel Sabaot, en ce jour-là.

Joël 3, 1-5 ; 4, 1-21 : "Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions. Même sur les esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit. Je produirai des signes dans le ciel et sur la terre, sang, feu, colonnes de fumée!" Le soleil se changera en ténèbres, la lune en sang, avant que ne vienne le jour de l’Éternel, grand et redoutable ! Tous ceux qui invoqueront le nom de l’Éternel seront sauvés, car sur le mont Sion il y aura des rescapés, comme l'a dit l’Éternel, et à Jérusalem des survivants que l’Éternel appelle. [4] "Car en ces jours-là, en ce temps-là, quand je rétablirai Juda et Jérusalem, je rassemblerai toutes les nations, je les ferai descendre à la Vallée de Josaphat; là j'entrerai en jugement avec elles au sujet d'Israël, mon peuple et mon héritage. Car ils l'ont dispersé parmi les nations et ils ont partagé mon pays. Ils ont tiré mon peuple au sort; ils ont troqué les garçons contre des prostituées, pour du vin ils ont vendu les filles, et ils ont bu!" "Et vous aussi, Tyr et Sidon, que me voulez-vous? Et vous tous, districts de Philistie? Vous vengeriez-vous sur moi? Mais si vous exerciez sur moi votre vengeance, bien vite je ferais retomber la vengeance sur vos têtes! Vous qui avez pris mon argent et mon or, qui avez emporté dans vos temples mes trésors précieux, vous qui avez vendu aux fils de Yavân les fils de Juda et de Jérusalem, pour les éloigner de leur territoire! Eh bien! Je vais les appeler du lieu où vous les avez vendus, et je ferai retomber vos actes sur vos têtes! Je vendrai vos fils et vos filles, je les livrerai aux fils de Juda; ils les vendront aux Sabéens, à une nation éloignée, car L’Éternel a parlé!" Publiez ceci parmi les nations: Préparez la guerre! Appelez les braves! Qu'ils s'avancent, qu'ils montent, tous les hommes de guerre! De vos socs, forgez des épées, de vos serpes, des lances, que l'infirme dise: "Je suis un brave!" Hâtez-vous et venez, toutes les nations d'alentour, et rassemblez-vous là! Éternel, fais descendre tes braves. Lancez la faucille: la moisson est mûre; venez, foulez: le pressoir est comble; les cuves débordent, tant leur méchanceté est grande!" Foules sur foules dans la Vallée de la Décision! Car il est proche le jour de L’Éternel dans la Vallée de la Décision! Le soleil et la lune s'assombrissent, les étoiles perdent leur éclat. L’Éternel rugit de Sion, de Jérusalem il fait entendre sa voix; les cieux et la terre tremblent ! Mais L’Éternel sera pour son peuple un refuge, une forteresse pour les enfants d'Israël ! "Vous saurez alors que je suis L’Éternel, votre Dieu, qui habite à Sion, ma montagne sainte ! Jérusalem sera un lieu saint, les étrangers n'y passeront plus!" Ce jour-là, les montagnes dégoutteront de vin nouveau, les collines ruisselleront de lait, et dans tous les torrents de Juda les eaux ruisselleront. Une source jaillira de la maison de L’Éternel et arrosera le ravin des Acacias. L'Égypte deviendra une désolation, Edom une lande désolée, à cause des violences exercées contre les fils de Juda dont ils ont versé le sang innocent dans leur pays. Mais Juda sera habité à jamais et Jérusalem d'âge en âge. "Je vengerai leur sang, je n'accorderai pas l'impunité", et L’Éternel aura sa demeure à Sion.

 

Menahem Macina

 



20-08-2006 | Commentaires (0) | Public
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