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Chrétiens et Juifs - 15. Formule 'Juifs perfides' abolie
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1. Signes précurseurs d’un changement d’attitude

1) Suppression de la prière “Pro perfidis Iudeis”

Le premier geste significatif de l’Église envers le peuple juif fut la modification du texte de la prière du Vendredi saint, autrefois nommée “Pro perfidis Iudeis”. On a traité brièvement, plus haut, de ses inconvénients sémantiques. Restait à y mettre bon ordre. Le chemin fut long pour y parvenir : dix ans. Ci-après, les principales étapes de cette transformation.

 (1) Le texte traditionnel (VIIe s.) :

 «Dieu Tout-Puissant et éternel, qui n’exclus pas même la perfidie juive de ta miséricorde, exauce nos prières que nous t’adressons pour l’aveuglement de ce peuple. Afin qu’ayant reconnu la lumière de ta vérité qui est le Christ, ils sortent de leurs ténèbres.»

(2) Décret de la Congrégation des Rites (10 juin 1948)

Le 10 juin 1948, la Sacrée Congrégation des Rites, interrogée sur le sens à donner aux mots latins, perfidis et perfidia, déclara que, dans les versions en langue vulgaire, la traduction de ces deux termes par ‘infidèles’ et ‘infidélité’ en matière de foi «n’était pas à rejeter».

(3) L’agenouillement et la prière silencieuse pour les juifs

L’agenouillement et la prière silencieuse pour les juifs furent rétablis dans le cadre de la réforme liturgique de la Semaine sainte, par le décret Maxima Redemptionis nostrae mysteria, du 16 novembre 1955. Ce décret, promulgué le 13 décembre 1955, était accompagné d’un commentaire expliquant l’importance pastorale du rite restauré, qui était tombé en désuétude depuis mille ans. Mais la perfidia judaica continua à être solennellement proclamée en latin dans toutes les églises.

(4) Jean XXIII

Le « bon Pape Jean » alla plus loin. Pour le premier Vendredi saint qui suivit son élection au souverain pontificat (27 mars 1959), il supprima d’un trait de plume les textes incriminés, et le fit savoir aux paroisses par une circulaire du Vicariat de Rome, datée du 21 mars. On dirait désormais : «Prions pour les juifs», et Dieu qui n’exclus pas même les juifs de ta miséricorde…» Cette mesure fut étendue à l’Église universelle par décret de la Sacrée Congrégation des Rites en date du 5 juillet 1959.

(5) La nouvelle formule de 1966 :

«Prions aussi pour les juifs. Que le Seigneur notre Dieu fasse resplendir sur eux son visage afin qu’ils reconnaissent, eux aussi, le Rédempteur de tous les hommes, Jésus-Christ, Notre Seigneur…Prions : Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui fis alliance avec Abraham et sa descendance, écoute avec bonté les prières de ton Église. Que le peuple racheté en premier puisse parvenir à la plénitude de la rédemption…»

 

(6) La formule du nouveau missel (1970)

Enfin Paul VI approuva l’édition définitive du nouveau missel, adopté en 1969 et entré en vigueur en 1970, qui comporte l’admirable et toute nouvelle invocation ainsi rédigée :

 

«Prions pour les juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance … Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Église t’en supplie…»

 

Il faut toutefois déplorer que l’ancienne version figure toujours dans le missel de la communauté bénédictine du Barroux, en France. Fait d’autant plus grave que ce missel, réédité en 1990, est muni d'un double imprimatur : celui de Dom Gérard Calvet, l'Abbé du Barroux, et celui du cardinal Mayer, alors préfet de la Congrégation des rites; il est également honoré d'une préface du cardinal Ratzinger, président de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

2) Abolition, par Jean XXIII, en 1959, des festivités de Deggendoff (Bavière)

Depuis des siècles, des centaines de milliers de pèlerins allaient chaque année dans la petite ville bavaroise de Deggendorf qui célébrait, tous les 30 septembre, le massacre de toute sa communauté juive. Certains furent brûlés vifs, et les autres passés au fil de l’épée, en 1337, parce que “les juifs impies ont maltraité l’hostie sacrée avec un chausse-pied pointu, jusqu’à ce qu’elle répandît le sang très précieux», ainsi que nous l’apprend une des inscriptions marquées au bas des douze fresques qui illustrent en détails, purement imaginaires, la calomnie et le massacre en série qui s’ensuivit. Comme on raconta rapidement que l’Hostie profanée avait une influence miraculeuse, le pèlerinage à Deggendorf fut, à maintes reprises, récompensé par des indulgences spéciales […] Bien que, depuis 1970, on prétendît que 100.000 fidèles étaient venus accomplir leurs dévotions au sanctuaire bavarois, plusieurs millions de catholiques devaient avoir lu et médité des descriptions et des inscriptions aussi édifiantes que celle-ci : “Les juifs tués et exterminés par les Chrétiens par juste zèle et crainte de Dieu. Fasse Dieu que notre patrie soit libérée de cette canaille infernale en tous temps.” Faisant fi des protestations des commerçants et des hôteliers locaux, Jean XXIII ordonna que les douze fresques et leurs légendes fussent complètement effacées, de même ordonna-t-il l’abandon du pèlerinage annuel. Les nouveaux ordres mirent deux ans à être exécutés, mais, vers 1961, Deggendorf s’était inclinée.

3) Suppression (1959) par le Doyen et le Chapitre protestants de la cathédrale de Lincoln, de fresques illustrant un prétendu sacrilège juif 

Le zèle purificateur du pape [Jean XXIII] atteignit rapidement l’Église protestante d’Angleterre. En octobre 1959, le Doyen et le Chapitre de la cathédrale de Lincoln enlevèrent l’inscription séculaire de la pieuse légende du petit saint Hughes [censé avoir été immolé en sacrifice rituel, par les juifs], et la remplacèrent par une inscription sur laquelle on lit maintenant :

 

“Les histoires forgées de toutes pièces sur les meurtres d’enfants chrétiens par les communautés juives étaient courantes dans toute l’Europe pendant le Moyen Âge et bien plus tard… De telles histoires n’ont pas été à l’honneur de la chrétienté et nous prions : Seigneur, oubliez nos offenses, et les offenses de nos ancêtres.”»

4) Suppression (1959), par Jean XXIII, de la prière de Consécration de l’humanité au Sacré-Cœur contenant une allusion à «Que son sang retombe sur nous…»

En 1925, Pie XI avait fait ajouter la prière suivante à l’acte de Consécration de l’humanité au Sacré-Cœur de Jésus : “Regardez enfin avec miséricorde les enfants de ce peuple qui fut jadis votre préféré : que sur eux descende, mais aujourd’hui en baptême de vie et de rédemption, le sang qu’autrefois ils appelaient sur leurs têtes.” Cette prière, inspirée par les intentions les plus louables, eut un effet contraire au but visé, car pour l’auditeur qui écoutait à moitié, elle impliquait le peuple tout entier, et non une assemblée déchaînée de quelques centaines de personnes qui s’étaient massées devant le palais de Pilate, et qui avaient jadis crié : "Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants!” (Mt 27, 25). On trouva la preuve de cette ambiguïté dans plus de cent missels différents, qui traduisirent tous le passage essentiel de façon erronée par : “Ils ont depuis longtemps appelé le sang du Sauveur sur eux.” Pour éviter que cette prière ne causât de la souffrance, au lieu d’apporter le réconfort, de l’amertume plutôt que de la fraternité, le pape Jean XXIII la fit supprimer complètement en septembre 1959.

5) Suppression (même époque), par Jean XXIII, du rituel de conversion au catholicisme, de la formule d’abjuration : «Abhorre l’incroyance juive»

Un ancien cérémonial de baptême catholique contenait la formule d’abjuration suivante : “Abhorre l’incroyance juive (dans le Christ) et rejette l’erreur hébraïque (selon laquelle le Messie n’est pas encore venu).” Expurgeant le cérémonial baptismal de cette phrase, le pape [Jean XXIII] supprima également un certain nombre de passages identiques d’autres prières, qui étaient offensants pour les protestants et les musulmans.

 

 

© Menahem Macina

(A suivre)



06-01-2007 | Commentaires (4) | Public
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