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Catéchisme de l’Eglise catholique et avènement du Royaume en gloire
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 15/12/08

Nota : on ne peut entrer dans la problématique développée dans ce texte sans avoir lu attentivement les documents suivants :

 

·         A propos de la Newsletter

·         Pour qui veut aller plus loin, voire s'impliquer dans notre action

·        Le 'millénarisme' d'Irénée a-t-il été condamné par le Catéchisme de l’Eglise catholique ?

·        «Ce monde»/«l’au-delà», ou «patrie céleste» : La 'spiritualisation' du Royaume de Dieu

 

 

1. Importance doctrinale de ce Compendium des vérités de la foi 


Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (1), approuvé le 25 juin 1991, et publié le 11 octobre 1992 par le Pape Jean Paul II, est présenté par ce dernier comme étant

« un exposé de la foi de l’Eglise et de la doctrine catholique, attestées ou éclairées par l’Ecriture sainte, la Tradition apostolique et le Magistère ecclésiastique… [et] un instrument valable et autorisé au service de la communion ecclésiale, et comme une norme sûre pour l’enseignement de la foi. » (2).

C’est dire l’importance, pour notre objet (3), de la manière dont il expose aux fidèles catholiques la doctrine eschatologique de l’Eglise, en général, et celle des modalités de l’avènement glorieux du Royaume de Dieu, en particulier.

Les trois articles qui intéressent particulièrement notre analyse sont les numéros 6, 7 et 12. Rappelons que, dans ces chapitres (1ère Partie, § 198 à 1065, pp. 53-228 de l’édition imprimée), la méthode du Catéchisme consiste à énoncer chaque article du Credo, avant d’en développer l’exposé. Or, une lecture attentive fait apparaître qu'un énoncé du Credo de Nicée Constantinople : "et son règne n’aura pas de fin", est pratiquement escamoté. En effet, s'il y est fait référence (Article 664), c'est de manière brève et à l'appui d'une conception du Royaume qui me paraît contestable dans ce contexte (j'y reviendrai). On objectera sans doute que le Catéchisme prévient (Article 196) que son "exposé suivra le Symbole des Apôtres". Mais il précise aussi que celui-ci "sera cependant complété par des références constantes au Symbole de Nicée-Constantinople, souvent plus explicite et plus détaillé". Il le fait aux articles suivants : 167, 200, 243, 247, 291, 325, 456, 652, 664, 685, 750, 1680).

On trouvera, en fin d’article les passages essentiels des 3 articles du Catéchisme ayant trait à l’eschatologie. En voici les titres, qui correspondent aux énoncés du Symbole des Apôtres:


6. « Jésus est monté aux cieux. Il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ». (§ 659-677 ; pages 146-147 de l’édition imprimée).

7. « D’où il viendra juger les vivants et les morts ». (§ 668-882 ; pages 147-151 de l’édition imprimée).

12. « Je crois à la vie éternelle ». (§ 1020-1065 ; pages 219-228).

 


2. Le Royaume selon le Catéchisme : un mystère caché en attente de transfiguration céleste

 

On lit, dans l’article 7, deux énoncés du Credo, relatifs à la venue du Christ (Parousie) :

I. « Il reviendra dans la gloire » (§ 668-677, pages 147-150 de l’édition imprimée) ; 

II. « Pour juger les vivants et les morts » (§ 678-682 ; pages 150-151 de l’édition imprimée) ;

 

Par contre, comme dit plus haut, on n’y trouve pas trace de l’énoncé « et son règne n’aura pas de fin », qui, dans le Credo de Nicée-Constantinople, clôt celui de la venue du Christ. En effet, le Catéchisme, qui suit le Symbole des Apôtres, saute immédiatement de la phrase « D’où il viendra juger les vivants et les morts », à « Je crois en l’Esprit-Saint » (§ 683 et ss. ; pages 151 et ss. de l’édition imprimée), qui n’intéresse pas directement la présente étude.

Conséquence : si, conformément à l’énoncé du Credo, la venue du Christ pour juger est bien mentionnée et développée, dans le Catéchisme, sa venue pour régner sur la terre est littéralement escamotée. Il est clair que cette omission cadre mal avec les appels à se préparer à l’avènement de ce Royaume dans la gloire, qui peuplent le Nouveau Testament, en général, et les évangiles, en particulier, sans parler de l’attente ardente dont il est l’objet dans les premiers siècles de l’Eglise, et des exposés théologiques approfondis qui lui ont été consacrés par des Pères aussi orthodoxes et vénérables que Justin, Tertullien, et surtout Irénée de Lyon, pour ne citer que quelques-uns de ceux qui professaient expressément la foi en un Règne du Christ sur la terre avec ses élus.

Un examen soigneux de la doctrine eschatologique du Catéchisme révèle vite qu’en citant (§ 669) ce que disait Vatican II du « Règne du Christ… déjà mystérieusement présent dans l’Eglise » et « germe et commencement de ce Royaume sur la terre » (4), le Catéchisme ne fait nullement allusion à ce qu’entendaient par là les Pères - dits improprement "millénaristes', parce qu’ils croyaient à la littéralité des passages de l’Apocalypse concernant cet événement (Ap 20, 4-6).

Même chose pour l’affirmation de Catéchisme § 671 :

« Déjà présent dans son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé "avec puissance et grande gloire" (Lc 21, 27 [cf. Mt 25, 31]) par l’avènement du Roi sur la terre. »

Subrepticement, mais nettement, l’avènement du Royaume du Christ avec ses élus, est remplacé par celui du Roi sur la terre – c’est-à-dire le Christ.

De même encore, quand nous lisons, en Catéchisme § 672 :

« Le Christ a affirmé, avant son Ascension, que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7) »,

ne croyons pas qu’il s’agit de celui que Jésus situe incontestablement sur la terre en le nommant "le Royaume de mon Père", et en affirmant qu’il y "boira le vin nouveau avec [ses disciples]" (cf. Mt 26, 29).

En effet, en Catéchisme § 677, il n’est plus question des disciples juifs de Jésus, mais de l’Eglise, et de son ultime épreuve. Quant au Royaume, il a disparu au profit du triomphe de Dieu par le Jugement dernier :

« L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13). »

Il faut arriver au § 1042, pour comprendre que ce dont le Catéchisme nous parle au long de près de 80 pages, c’est d’un Royaume céleste. En témoigne ce développement :

« A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé :

Alors l’Église sera "consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection" (LG 48). »

Il est clair que ce que nous présente là le Catéchisme, c’est la résurrection finale et la transfiguration de l’univers, telle que la décrit l’Apocalypse (20, 11 – 22, 15), après la première résurrection (Ap 20, 5) et le Règne de mille ans sur la terre (Ap 20, 6).

On aura remarqué qu’au fil des articles du Catéchisme, ce n’est plus seulement un énoncé du Credo (« et son règne n’aura pas de fin ») qui a été éclipsé, mais le Royaume même du Christ avec ses élus. On comprend que, quand le Catéchisme en parle, c’est de manière spirituelle, voire imagée. Le Royaume du Christ ici-bas est, bien sûr, une réalité de foi, mais il ne faut pas l’attendre dans le futur, puisqu’il est déjà là, en vertu du verset : "Le Royaume de Dieu est au milieu de vous" (Lc 17, 21 ; 22, 30, etc.). Tout au plus est-on invité à attendre sa transfiguration glorieuse, mais rien à voir avec le Royaume "charnel" qu’attendaient les Juifs (cf. Ac 1, 6, etc.) et que les chrétiens ont cessé d’attendre, à savoir, celui qui viendra en gloire avec le Christ (Lc 23, 42) et s’établira sur la terre, après la "première résurrection" des justes (cf. Dn 12, 2 ; Ap 20, 4).

Et si subsiste le moindre doute à ce sujet, il sera effacé par la lecture de l’article 12 du Catéchisme, « Je crois à la vie éternelle », § 1042, VI. L’espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle (Catéchisme, p. 225) :  

« A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé : Alors l’Église sera " consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection " (LG 48). »

Mais l'ambiguïté la plus choquante est dans l'évocation que fait le Catéchisme (§ 1047), après avoir cité Rm 8, 19-23), d'une phrase du Ve Livre de l'Adversus Haereses, d'Irénée de Lyon, entièrement consacré au règne du Christ sur la terre, (V, 32, 1)) : 

« L'univers visible est donc destiné, lui aussi, à être transformé, "afin que le monde lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes", participant à leur glorification en Jésus ressuscité. »

Il passe, en effet sous silence le passage suivant qui précède cette phrase, ainsi isolée de son contexte :

« Aussi est-il nécessaire de déclarer à ce sujet que les justes doivent d'abord, dans ce monde rénové, après être ressuscités à la suite de l'apparition du Seigneur, recevoir l'héritage promis par Dieu aux pères et y régner ; ensuite seulement aura lieu le jugement de tous les hommes. Il est juste, en effet, que, dans ce monde même où ils ont peiné et où ils ont été éprouvés de toutes manières par la patience, ils recueillent le fruit de cette patience ; que, dans le monde où ils ont été mis à mort à cause de leur amour pour Dieu, ils retrouvent la vie ; que, dans le monde où ils ont enduré la servitude, ils règnent... »


 

3. L’avènement glorieux du Christ, « retenu » par l’incrédulité des Juifs


Plus problématique encore et - à mes yeux tout au moins – surprenant, voire choquant, l’article 7 du Catéchisme, « D’où il viendra juger les vivants et les morts », I. Il reviendra dans la gloire (Catéchisme, pp. 147-150), qui s’ouvre sur un sous-titre assertif : « Le Christ règne déjà par l’Eglise », anticipant, avec un optimisme étonnant, sur une promesse d’avenir, et donnant au lecteur l’impression que le chrétien règne déjà avec le Christ, alors que Paul parle de ce règne au futur et de manière conditionnelle :

2 Tm 2, 12 : "Si nous tenons ferme, avec lui nous régnerons. Si nous le renions, lui aussi nous reniera."  

Qu’il soit bien question ici du Règne messianique attendu est attesté par l’article 672 du Catéchisme (pp. 148-149):

« Le Christ a affirmé avant son Ascension que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7), qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11, 1-9), l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage (cf. Ac 1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la " détresse " (1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n’épargne pas l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours (cf. 1 Jn 2, 18 ; 4, 3 ; 1 Tm 4, 1). C’est un temps d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13 ; Mc 13, 33-37).


Et soudain, de manière inattendue, l’article 673 du Catéchisme (p. 149) parle de ce qui retient « l’avènement glorieux du Christ, espérance d’Israël ».

« Depuis l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent (cf. Ap 22, 20) même s’il ne nous " appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité " (Ac 1, 7 ; cf. Mc 13, 32). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment (cf. Mt 24, 44 ; 1 Th 5, 2) même s’il est " retenu ", lui et l’épreuve finale qui le précédera (cf. 2 Th 2, 3-12). »

L’emploi du verbe « retenir » fait allusion à un passage de Paul, d’interprétation difficile :

2 Th 2, 1-8 : "Nous vous le demandons, frères, à propos de la Venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui, ne vous laissez pas trop vite mettre hors de sens ni alarmer par des manifestations de l'Esprit, des paroles ou des lettres données comme venant de nous, et qui vous feraient penser que le jour du Seigneur est déjà là. Que personne ne vous abuse d'aucune manière. Auparavant doit venir l'apostasie et se révéler l'Homme impie, l'Etre perdu, l'Adversaire, celui qui s'élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu'à s'asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu. Vous vous rappelez, n'est-ce pas, que quand j'étais encore près de vous je vous disais cela. Et vous savez ce qui le retient maintenant, de façon qu'il ne se révèle qu'à son moment. Dès maintenant, oui, le mystère de l'impiété est à l'oeuvre. Mais que seulement celui qui le retient jusqu’à maintenant soit écarté, alors l'Impie se révélera, et le Seigneur le fera disparaître par le souffle de sa bouche, l'anéantira par la manifestation de sa Venue."

Plus perturbant encore, après cette évocation, insolite dans ce contexte, l’article 674 du Catéchisme (p. 149) croit être en mesure d’expliquer aux fidèles la nature de ce 'retard' de la Parousie :

« La venue du Messie glorieux est suspendue, à tout moment de l’histoire (cf. Rm 11, 31), à sa reconnaissance par " tout Israël " (Rm 11, 26 ; Mt 23, 39) dont " une partie s’est endurcie " (Rm 11, 25) dans " l’incrédulité " (Rm 11, 20) envers Jésus. S. Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte : " Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. »

Je ne peux, ici, cacher ma stupeur de découvrir que le Catéchisme considère la non-reconnaissance de Jésus par les Juifs comme étant « ce qui retient » (en grec, katechôn) sa manifestation parousiaque. La chose est d'autant plus inquiétante que ce katechôn est évoqué par Paul comme le dernier obstacle à la manifestation de... l'Antéchrist. Le rapprochement - probablement involontaire, mais fâcheux - entre la non-conversion des Juifs et la manifestation de l'Antéchrist, risque fort de redonner vie à une obscure tradition antijudaïque, très ancienne, que l'on trouve chez certains Pères (p. ex., Saint Jérôme, Théodoret de Cyr, etc.), et selon laquelle l'un des signes les plus extraordinaires de l'Antéchrist sera la reconstruction du Temple, qui lui gagnera l'adhésion de tout le peuple juif (Voir: Selon plusieurs Pères anciens, les Juifs croiront et adhéreront à l’Antichrist), même si certains Pères affirment que, finalement, ayant compris son imposture, les Juifs  se détournent de lui.

 

4. L’imposture antichristique et son avatar millénariste : ultime épreuve de l’Eglise

 

L’Épreuve ultime de l’Église

675 Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera le " mystère d’iniquité " sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18. 22).

676 Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique : même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, " intrinsèquement perverse " (cf. Pie XI, enc. " Divini Redemptoris " condamnant le " faux mysticisme " de cette " contrefaçon de la rédemption des humbles " ; GS 20-21).

677 L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).


5. Le Royaume de Dieu : au ciel ou sur la terre ? 


Si la Chrétienté n'attend plus, à la fin du temps de l'histoire, qu'une consommation de la terre et de ses habitants dans la gloire du ciel, que signifie la résurrection d'"un grand nombre de" (et non de tous) "ceux qui dorment au pays de la poussière dont parle le Livre de Daniel ? 

Dn 12, 1-3: En ce temps se lèvera Michel, le grand Prince qui se tient auprès des enfants de ton peuple. Ce sera un temps d'angoisse tel qu'il n'y en aura pas eu jusqu'alors depuis que nation existe. En ce temps-là, ton peuple échappera: tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre. Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s'éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre, l’horreur éternelle. Les doctes resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles, pour toute l'éternité.

Et que signifie la «seconde mort», dont parle l'Apocalypse ? Certainement pas la perspective d'une mort après la première résurrection, laquelle n'aurait alors été qu'un simple retour temporaire à la vie, comme le fut la résurrection de Lazare. Qu'il n'y ait qu'une mort, le Nouveau Testament en témoigne : les hommes ne meurent qu'une fois, après quoi il y a un jugement. Et l'Apocalypse corrobore cette conception :

Puis, je vis des trônes sur lesquels ils s'assirent, et on leur remit le jugement, et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d'adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main. Ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. Les autres morts ne purent reprendre vie avant l'achèvement des mille années. C'est la première résurrection. (Ap 20, 6; He 9, 27; Ap 20, 4-5).

C'est donc qu'il y aura deux étapes dans la consommation du mystère du Salut. Tout d'abord, adviendront les temps messianiques, où les élus ressusciteront pour mener une vie paradisiaque et constituer une Royauté de prêtres régnant sur la terre. Puis, ce sera "l'avènement du Jour de Dieu, où les cieux enflammés se dissoudront et où les éléments embrasés se fondront" pour laisser la place à "de nouveaux cieux et à une terre nouvelle, où la justice habitera". (Cf. Ap 5, 10; 2 P 3, 12-13 = Ap 21, 1).

En proclamant heureux et saint celui qui participe à la première résurrection et en précisant que la seconde mort n'a pas pouvoir sur eux, l'Apocalypse veut dire que ces élus messianiques sont assurés de ne plus jamais mourir et surtout de ne pas se voir jeter, avec le Diable, la Bête et le faux prophète, dans l'étang de feu et de soufre, qui est la seconde mort, celle dont on ne ressuscite jamais, et où le supplice dure jour et nuit, éternellement. (Cf. Ap 20, 6.10; Ap 2, 11; Ap 20, 6.14; Ap 21,8).

C'est à la lumière de ces textes scripturaires qu'il faut comprendre les étonnantes descriptions d'Irénée (Irénée de Lyon et le Royaume). Malheureusement, incapables de croire à la réalité de l'exposition, que font les Écritures, des deux étapes de la consommation eschatologique du projet divin de Salut, maints clercs et fidèles chrétiens réputent «symboliques» ces récits, comme ils le font à chaque fois que le sens obvie d'un passage leur résiste ou les choque. Certains poussent même cette "démythologisation" (pour employer leur terminologie) jusqu'à affirmer que la royauté messianique dont parle l'Apocalypse est celle que tout chrétien exerce déjà, dès ici-bas, en croyant au Salut en Jésus-Christ!

Plaise à Dieu que ce texte de Paul les invite à entrer dans le mystère :

De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ. Mais chacun à son rang : comme prémices, le Christ, puis ceux qui seront au Christ lors de son Avènement. Puis ce sera la fin, lorsqu'il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds […] et lorsque toutes choses Lui auront été soumises, le Fils se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. (1 Co 15, 22-28).

 

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(1) Catéchisme de l’Eglise Catholique. Edition définitive avec guide de lecture. Diffusion et distribution exclusives : éditions Racine (Bruxelles) et Fidélité (Namur), octobre 1998. Il est fortement recommandé de se reporter à la remarquable version électronique de ce texte, qui contient de riches concordances. Tous les textes cités ici sont extraits de cette édition.

(2) Extrait de la Constitution Apostolique Fidei depositum pour la publication du Catéchisme de l’Eglise Catholique rédigé à la suite du deuxième Concile œcuménique du Vatican, promulguée par le pape Jean Paul II, le 11 octobre 1992, reproduite au début de l’édition citée ci-dessus, Catéchisme, pp. 5-9.

(3) Je rappelle que c’est suite à l’interpellation d’un jeune théologien catholique - qui m’affirmait que le Catéchisme avait condamné tous les millénarismes, y compris celui d’Irénée de Lyon -, que j’ai entrepris de scruter ce texte de référence important. Voir : Le 'millénarisme' d'Irénée a-t-il été condamné par le Catéchisme de l’Eglise catholique ? 

(4) Lumen Gentium 3. 5.


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Ci-après, les Articles 6, 7 et 12 du Catéchisme, et leur exposé respectif.

Article 6

« JESUS EST MONTE AUX CIEUX, IL SIEGE A LA DROITE DE DIEU, LE PERE TOUT-PUISSANT » 

659 " Or, le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu " (Mc 16, 19). Le Corps du Christ a été glorifié dès l’instant de sa Résurrection comme le prouvent les propriétés nouvelles et surnaturelles dont jouit désormais son corps en permanence (cf. Lc 24, 31 ; Jn 20, 19. 26). Mais pendant les quarante jours où il va manger et boire familièrement avec ses disciples (cf. Ac 10, 41) et les instruire sur le Royaume (cf. Ac 1, 3), sa gloire reste encore voilée sous les traits d’une humanité ordinaire (cf. Mc 16, 12 ; Lc 24, 15 ; Jn 20, 14-15 ; 21, 4). La dernière apparition de Jésus se termine par l’entrée irréversible de son humanité dans la gloire divine symbolisée par la nuée (cf. Ac 1, 9 ; cf. aussi Lc 9, 34-35 ; Ex 13, 22) et par le ciel (cf. Lc 24, 51) où il siège désormais à la droite de Dieu (cf. Mc 16, 19 ; Ac 2, 33 ; 7, 56 ; cf. aussi Ps 110, 1). Ce n’est que de manière tout à fait exceptionnelle et unique qu’il se montrera à Paul " comme à l’avorton " (1 Co 15, 8) en une dernière apparition qui le constitue apôtre (cf. 1 Co 9, 1 ; Ga 1, 16).

660 Le caractère voilé de la gloire du Ressuscité pendant ce temps transparaît dans sa parole mystérieuse à Marie-Madeleine : " Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu " (Jn 20, 17). Ceci indique une différence de manifestation entre la gloire du Christ ressuscité et celle du Christ exalté à la droite du Père. L’événement à la fois historique et transcendant de l’Ascension marque la transition de l’une à l’autre.

661 Cette dernière étape demeure étroitement unie à la première, c’est-à-dire à la descente du ciel réalisée dans l’Incarnation. Seul celui qui est " sorti du Père " peut " retourner au Père " : le Christ (cf. Jn 16, 28). " Personne n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux " (Jn 3, 13 ; cf. Ep 4, 8-10). Laissée à ses forces naturelles, l’humanité n’a pas accès à la " Maison du Père " (Jn 14, 2), à la vie et à la félicité de Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès à l’homme, " de sorte que nous, ses membres, nous ayons l’espérance de le rejoindre là où Lui, notre Tête et notre Principe, nous a précédés " (MR, Préface de l’Ascension).

662 " Moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi " (Jn 12, 32). L’élévation sur la Croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au ciel. Elle en est le début. Jésus-Christ, l’unique Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle, n’est pas " entré dans un sanctuaire fait de mains d’hommes (...) mais dans le ciel, afin de paraître maintenant à la face de Dieu en notre faveur " (He 7, 24). Au ciel le Christ exerce en permanence son sacerdoce, " étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par lui s’avancent vers Dieu " (He 9, 25). Comme " grand prêtre des biens à venir " (He 9, 11), il est le centre et l’acteur principal de la liturgie qui honore le Père dans les cieux (cf. Ap 4, 6-11).

663 Le Christ, désormais, siège à la droite du Père : " Par droite du Père nous entendons la gloire et l’honneur de la divinité, où celui qui existait comme Fils de Dieu avant tous les siècles comme Dieu et consubstantiel au Père, s’est assis corporellement après qu’il s’est incarné et que sa chair a été glorifiée " (S. Jean Damascène, f. o. 4, 2 : PG 94, 1104C).

664 La session à la droite du Père signifie l’inauguration du règne du Messie, accomplissement de la vision du prophète Daniel concernant le Fils de l’homme : " A lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire à jamais, qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit " (Dn 7, 14). A partir de ce moment, les apôtres sont devenus les témoins du " Règne qui n’aura pas de fin " (Symbole de Nicée-Constantinople).

EN BREF

665 L’ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes (cf. Col 3, 3).

666 Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui.

667 Jésus-Christ, étant entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, intercède sans cesse pour nous comme le médiateur qui nous assure en permanence l’effusion de l’Esprit Saint.


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Article 7

« D’OU IL VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS » 


I. Il reviendra dans la gloire

Le Christ règne déjà par l’Église...

668 " Le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants " (Rm 14, 9). L’Ascension du Christ au Ciel signifie sa participation, dans son humanité, à la puissance et à l’autorité de Dieu lui-même. Jésus-Christ est Seigneur : il possède tout pouvoir dans les cieux et sur la terre. Il est " au-dessus de toute autorité, pouvoir, puissance et souveraineté ", car le Père " a tout mis sous ses pieds " (Ep 1, 20-22). Le Christ est le Seigneur du cosmos (cf. Ep 4, 10 ; 1 Co 15, 24. 27-28) et de l’histoire. En lui, l’histoire de l’homme et même toute la création trouvent leur " récapitulation " (Ep 1, 10), leur achèvement transcendant.

669 Comme Seigneur, le Christ est aussi la tête de l’Église qui est son Corps (cf. Ep 1, 22). Élevé au ciel et glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, il demeure sur la terre dans son Église. La Rédemption est la source de l’autorité que le Christ, en vertu de l’Esprit Saint, exerce sur l’Église (cf. Ep 4, 11-13). " Le règne du Christ est déjà mystérieusement présent dans l’Église ", " germe et commencement de ce Royaume sur la terre " (LG 3 ; 5).

670 Depuis l’Ascension, le dessein de Dieu est entré dans son accomplissement. Nous sommes déjà à " la dernière heure " (1 Jn 2, 18 ; cf. 1 P 4, 7). " Ainsi donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous. Le renouvellement du monde est irrévocablement acquis et, en toute réalité, anticipé dès maintenant : en effet, déjà sur la terre l’Église est parée d’une sainteté imparfaite mais véritable " (LG 48). Le Royaume du Christ manifeste déjà sa présence par les signes miraculeux (cf. Mc 16, 17-18) qui accompagnent son annonce par l’Église (cf. Mc 16, 20).

... en attendant que tout Lui soit soumis

671 Déjà présent dans son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé " avec puissance et grande gloire " (Lc 21, 27 ; cf. Mt 25, 31) par l’avènement du Roi sur la terre. Ce Règne est encore attaqué par les puissances mauvaises (cf. 2 Th 2, 7) même si elles ont été déjà vaincues à la base par la Pâque du Christ. Jusqu’à ce que tout lui ait été soumis (cf. 1 Co 15, 28), " jusqu’à l’heure où seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite, l’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe ; elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu " (LG 48). Pour cette raison les chrétiens prient, surtout dans l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 26), pour hâter le retour du Christ (cf. 2 P 3, 11-12) en lui disant : " Viens, Seigneur " (1 Co 16, 22 ; Ap 22, 17. 20).

672 Le Christ a affirmé avant son Ascension que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7) qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11, 1-9), l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage (cf. Ac 1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la " détresse " (1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n’épargne pas l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours (cf. 1 Jn 2, 18 ; 4, 3 ; 1 Tm 4, 1). C’est un temps d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13 ; Mc 13, 33-37).

L’avènement glorieux du Christ, espérance d’Israël

673 Depuis l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent (cf. Ap 22, 20) même s’il ne nous " appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité " (Ac 1, 7 ; cf. Mc 13, 32). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment (cf. Mt 24, 44 ; 1 Th 5, 2) même s’il est " retenu ", lui et l’épreuve finale qui le précédera (cf. 2 Th 2, 3-12).

674 La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire (cf. Rm 11, 31) à sa reconnaissance par " tout Israël " (Rm 11, 26 ; Mt 23, 39) dont " une partie s’est endurcie " (Rm 11, 25) dans " l’incrédulité " (Rm 11, 20) envers Jésus. S. Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte : " Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. Il enverra alors le Christ qui vous est destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans la bouche de ses saints prophètes " (Ac 3, 19-21). Et S. Paul lui fait écho : " Si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur assomption, sinon la vie sortant des morts ? " (Rm 11, 15). L’entrée de " la plénitude des juifs " (Rm 11, 12) dans le salut messianique, à la suite de " la plénitude des païens " (Rm 11, 25 ; cf. Lc 21, 24), donnera au Peuple de Dieu de " réaliser la plénitude du Christ " (Ep 4, 13) dans laquelle " Dieu sera tout en tous " (1 Co 15, 28).

L’Épreuve ultime de l’Église

675 Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera le " mystère d’iniquité " sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18. 22).

676 Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique : même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, " intrinsèquement perverse " (cf. Pie XI, enc. " Divini Redemptoris " condamnant le " faux mysticisme " de cette " contrefaçon de la rédemption des humbles " ; GS 20-21).

677 L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).

 

II. Pour juger les vivants et les morts

678 A la suite des prophètes (cf. Dn 7, 10 ; Jl 3-4 ; Ml 3, 19) et de Jean-Baptiste (cf. Mt 3, 7-12), Jésus a annoncé dans sa prédication le Jugement du dernier Jour. Alors seront mis en lumière la conduite de chacun (cf. Mc 12, 38-40) et le secret des cœurs (cf. Lc 12, 1-3 ; Jn 3, 20-21 ; Rm 2, 16 ; 1 Co 4, 5). Alors sera condamnée l’incrédulité coupable qui a tenu pour rien la grâce offerte par Dieu (cf. Mt 11, 20-24 ; 12, 41-42). L’attitude par rapport au prochain révélera l’accueil ou le refus de la grâce et de l’amour divin (cf. Mt 5, 22 ; 7, 1-5). Jésus dira au dernier jour : " Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait " (Mt 25, 40).

679 Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a " acquis " ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis " le jugement tout entier au Fils " (Jn 5, 22 ; cf. Jn 5, 27 ; Mt 25, 31 ; Ac 10, 42 ; 17, 31 ; 2 Tm 4, 1). Or, le Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf. Jn 3, 17) et pour donner la vie qui est en lui (cf. Jn 5, 26). C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jn 3, 18 ; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Co 3, 12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Mt 12, 32 ; He 6, 4-6 ; 10, 26-31).

EN BREF

680 Le Christ Seigneur règne déjà par l’Église, mais toutes choses de ce monde ne lui sont pas encore soumises. Le triomphe du Royaume du Christ ne se fera pas sans un dernier assaut des puissances du mal.

681 Au Jour du Jugement, lors de la fin du monde, le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe définitif du bien sur le mal qui, comme le grain et l’ivraie, auront grandi ensemble au cours de l’histoire .

682 En venant à la fin des temps juger les vivants et les morts, le Christ glorieux révélera la disposition secrète des cœurs et rendra à chaque homme selon ses œuvres et selon son accueil ou son refus de la grâce.

 

Article 12

« JE CROIS A LA VIE ETERNELLE » 

…………………


V. Le Jugement dernier

1038 La résurrection de tous les morts, " des justes et des pécheurs " (Ac 24, 15), précédera le Jugement dernier. Ce sera " l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation " (Jn 5, 28-29). Alors le Christ " viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle " (Mt 25, 31. 32. 46).

1039 C’est face au Christ qui est la Vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jn 12, 49). Le jugement dernier révélera jusque dans ses ultimes conséquences ce que chacun aura fait de bien ou omis de faire durant sa vie terrestre :

Tout le mal que font les méchants est enregistré – et ils ne le savent pas. Le Jour où " Dieu ne se taira pas " (Ps 50, 3) (...) Il se tournera vers les mauvais : " J’avais, leur dira-t-il, placé sur terre mes petits pauvres, pour vous. Moi, leur chef, je trônais dans le ciel à la droite de mon Père – mais sur la terre mes membres avaient faim. Si vous aviez donné à mes membres, ce que vous auriez donné serait parvenu jusqu’à la tête. Quand j’ai placé mes petits pauvres sur la terre, je les ai institués vos commissionnaires pour porter vos bonnes œuvres dans mon trésor : vous n’avez rien déposé dans leurs mains, c’est pourquoi vous ne possédez rien auprès de moi " (S. Augustin, serm. 18, 4, 4 : PL 38, 130-131).

1040 Le jugement dernier interviendra lors du retour glorieux du Christ. Le Père seul en connaît l’heure et le jour, Lui seul décide de son avènement. Par son Fils Jésus-Christ Il prononcera alors sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort (cf. Ct 8, 6).

1041 Le message du Jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes " le temps favorable, le temps du salut " (2 Co 6, 2). Il inspire la sainte crainte de Dieu. Il engage pour la justice du Royaume de Dieu. Il annonce la " bienheureuse espérance " (Tt 2, 13) du retour du Seigneur qui " viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru " (2 Th 1, 10).

 

VI. L’espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle

1042 A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé :

Alors l’Église sera " consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection " (LG 48).

1043 Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde, la Sainte Écriture l’appelle " les cieux nouveaux et la terre nouvelle " (2 P 3, 13 ; cf. Ap 21, 1). Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de " ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres " (Ep 1, 10).

1044 Dans cet " univers nouveau " (Ap 21, 5), la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes. " Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé " (Ap 21, 4 ; cf. 21, 27).

1045 Pour l’homme, cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était " comme le sacrement " (LG 1). Ceux qui seront unis au Christ formeront la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (Ap 21, 2), " l’Épouse de l’Agneau " (Ap 21, 9). Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les souillures (cf. Ap 21, 27), l’amour propre, qui détruisent ou blessent la communauté terrestre des hommes. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle.

1046 Quant au cosmos, la Révélation affirme la profonde communauté de destin du monde matériel et de l’homme :

Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule ; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps (Rm 8, 19-23).

1047 L’univers visible est donc destiné, lui aussi, à être transformé, " afin que le monde lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes ", participant à leur glorification en Jésus-Christ ressuscité (S. Irénée, hær. 5, 32, 1).

1048 Nous ignorons le temps de l’achèvement de la terre et de l’humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, certes, la figure de ce monde déformée par le péché ; mais nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme " (GS 39, § 1).

1049 " Mais l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine " (GS 39, § 2).

1050 " Car tous les fruits excellents de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père le royaume éternel et universel " (GS 39, § 3 ; cf. LG 2). Dieu sera alors " tout en tous " (1 Co 15, 28), dans la vie éternelle :

La vie subsistante et vraie, c’est le Père qui, par le Fils et en l’Esprit Saint, déverse sur tous sans exception les dons célestes. Grâce à sa miséricorde, nous aussi, hommes, nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 18, 29 : PG 33, 1049).


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Le Royaume de mille ans dans les Ecritures

 

Ap 19, 19 à 20, 6 :

Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs armées, rassemblés pour engager le combat contre le Cavalier et son armée. Mais la Bête fut capturée, avec le faux prophète - celui qui accomplit, au service de la Bête, des prodiges par lesquels il fourvoyait les gens ayant reçu la marque de la Bête et les adorateurs de son image, - on les jeta tous deux, vivants, dans l'étang de feu, de soufre embrasé. Tout le reste fut exterminé par l'épée du Cavalier, qui sort de sa bouche, et tous les oiseaux se repurent de leurs chairs. Puis je vis un Ange descendre du ciel, ayant en main la clef de l'Abîme, ainsi qu'une énorme chaîne. Il maîtrisa le Dragon, l'antique Serpent, - c'est le Diable, Satan, - et l'enchaîna pour mille années. Il le jeta dans l'Abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés, afin qu'il cessât de fourvoyer les nations jusqu'à l'achèvement des mille années. Après quoi, il doit être relâché pour un peu de temps. Puis je vis des trônes sur lesquels ils siégèrent, et on leur remit le jugement; et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d'adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main; ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. Les autres morts ne purent reprendre vie avant l'achèvement des mille années. C'est la première résurrection. Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection! La seconde mort n'a pas pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils régneront mille années.

 

Dn 12, 1-4 :

En ce temps se lèvera Michel, le grand Prince qui est préposé aux enfants de ton peuple. Ce sera un temps d'angoisse tel qu'il n'y en aura pas eu jusqu'alors depuis que nation existe. En ce temps-là, ton peuple échappera: tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre. Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s'éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre et le mépris éternels. Les doctes resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles, pour toute l'éternité. Toi, Daniel, serre ces paroles et scelle le livre jusqu'au temps de la Fin. Beaucoup erreront de-ci de-là, et la connaissance [Sept. et Vulg. : l'iniquité] grandira."

Menahem Macina

© Convertissez-vous

 

Mis en ligne le 15 décembre 2008



12-12-2008 | Commentaires (4) | Public
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