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De la prière pour le peuple juif le Vendredi-Saint : repères historiques (Zenit)
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La décision du pape Benoît XVI d’accorder à nouveau la messe en latin selon le rite de St Pie V, à tous les « les groupes stables de fidèles » qui la réclament, inquiète certains mouvements juifs. C'est le cas du Centre Simon Wiesenthal. Cette inquiétude est-elle fondée? Dans l'état actuel de la problématique, la réponse est malheureusement "oui". (Menahem Macina).
 

05/07/07


Texte repris du site "Un écho d’Israël".

L’original figure sur le site de l’Agence de Presse catholique Zenit (à Rome)

 

Ce texte est à lire en complément de celui-ci : Michel Remaud, "La prière pour les juifs dans la liturgie du vendredi saint".

 

A propos du « Motu proprio » de Benoît XVI sur la liturgie de la messe


ROME, Jeudi 5 juillet 2007 (ZENIT.org) – Le pape Jean XXIII a supprimé l’expression « prions pour les juifs perfides » par laquelle la Liturgie du Vendredi Saint invitait à prier pour le peuple juif jusqu’au 5 juillet 1959, date du décret romain.

Or, la liturgie que doit autoriser le « motu proprio » de Benoît XVI, qui devrait être publié, accompagné d’une lettre du pape, samedi 7 juillet, après consultation des conférences épiscopales, est celle des livres liturgiques promulgués le 23 juin 1962 par Jean XXIII.

Le missel de Jean XXIII

On ne reverra donc pas cette expression datant de la liturgie du VIIe s., et issue du code de Théodose (438), dans la liturgie du Vendredi Saint.

Cette expression « oremus et pro perfidis Judaeis », traduite du latin, signifiait au sens étymologique, « prions aussi pour les juifs qui n’ont pas notre foi », mais elle était devenue gravement offensante dans les langues vernaculaires, et véhiculait des relents d’antisémitisme.

La grande prière d’intercession du Vendredi saint disait en effet en latin : « Oremus et pro perfidis Judaeis : Ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum ut et ipsi agnoscant Jesum Christum Dominum nostrum », c’est-à-dire : « Prions aussi pour les juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs coeurs et qu'eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur ».

La fidélité de son Alliance

Le premier Vendredi saint qui suivit son élection, le 27 mars 1959, Jean XXIII supprima cette expression d'un trait de plume et le fit savoir aux paroisses par une circulaire du Vicariat de Rome - le diocèse des papes -, datée du 21 mars. On dirait désormais : « Prions pour les juifs ».

Jean XXIII souligna l'importance de cette décision le Vendredi saint 1963. Au cours de la célébration, l'officiant prit, par erreur, l'ancien texte. Le pape interrompit la liturgie et ordonna que les grandes invocations liturgiques - les impropères - soient reprises depuis le commencement en suivant le nouveau texte.

Une histoire détaillée de cette expression peut être trouvée dans « Les Églises devant le Judaïsme. Documents officiels 1948-1978 ». Ces textes ont été rassemblés, traduits et annotés par Marie-Thérèse Hoch et Bernard Dupuy (Cerf, Paris, 1980, pp. 350-352).

Aujourd’hui, la grande intercession de la liturgie de la Passion, le Vendredi-Saint, dit, selon le missel adopté en 1969 et entré en vigueur en 1970, sous Paul VI: « Prions pour les juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu'ils progressent dans l'amour de son Nom et la fidélité de son Alliance » [1].

Indications pour la catéchèse catholique

Notons en outre qu’en 1974, le Vatican a publié les « Orientations et suggestions pour l'application » de la déclaration conciliaire "Nostra aetate". Ce document, que l’on trouve en français sur le site du Vatican, à la page de la Commission pour le judaïsme (portail du conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens), condamne comme opposée à l'esprit même du christianisme, « toute forme d'antisémitisme et de discrimination ».

En 1980, lors de sa visite à la communauté juive de Mayence, Jean-Paul II a rappelé que l'alliance entre Dieu et le peuple juif « est une alliance qui ne peut être révoquée » [2].

Et, en 1985, des « Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l'Église catholique », ont également été publiées par Rome [3].

Lors de sa visite à la Synagogue de Rome, le 13 avril 1986, le pape Jean-Paul II a employé l’expression de « frères aînés ».

Le pape Wojtyla disait, entre autres : « La prise en considération des conditionnements culturels séculaires ne doit pas toutefois empêcher de reconnaître que les actes de discrimination, de limitation injustifiée de la liberté civile, à l’égard des juifs, ont été objectivement des manifestations gravement déplorables. Oui, encore une fois (cf. NA, 4), par mon intermédiaire, l’Eglise (...) déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les juifs; je répète: quels que soient leurs auteurs ».

De Saint-Pierre à Jérusalem

Une déploration répétée, en la basilique Saint-Pierre, le 12 mars 2000, lors de la célébration de demande de pardon de l’Eglise dans le cadre du Grand Jubilé de l’An 2000.

Le cardinal Edward Idris Cassidy, alors président du conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens et de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme, a prononcé cette demande de pardon pour les fautes commises « contre le peuple de l’Alliance » : « Prions pour que, dans le souvenir des souffrances endurées au cours de l’histoire par le peuple d’Israël, les chrétiens sachent reconnaître les péchés commis par nombre des leurs contre le peuple de l’alliance et des bénédictions, et ainsi purifier leur cœur ».

Après un temps de prière silencieuse, Jean-Paul II a proclamé cette oraison qu’il a ensuite déposée à Jérusalem dans une fissure du Mur occidental, le 26 mars 2000: « Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton Nom soit apporté aux peuples : nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l’histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l’alliance. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur ».

Les péchés de tous

Le 12 mars 2004, le prédicateur de la Maison pontificale, le P. Raniero Cantalamessa rappelait, lors d’une méditation de carême pour la curie romaine: « Aucune formule de foi du Nouveau Testament et de l'Eglise ne dit que Jésus est mort "à cause des péchés des juifs"; elles disent toutes qu'il "est mort à cause de nos péchés", c'est-à-dire des péchés de "tous". »

En visitant la synagogue de Cologne, le 19 août 2005, le pape Benoît XVI a rappelé le 40ème anniversaire de la déclaration du concile Vatican II, « Nostra aetate », qui a constitué un tournant définitif dans la promotion du dialogue judéo-chrétien. Le pape a réaffirmé l’engagement de l’Eglise « en faveur de la tolérance, du respect, de l’amitié et de la paix entre tous les peuples, toutes les cultures et toutes les religions ».

Le pape a proposé aux chrétiens et aux juifs de collaborer, « sur le plan pratique, pour la défense et la promotion des droits de l’homme et du caractère sacré de la vie humaine, pour les valeurs de la famille, pour la justice sociale et pour la paix dans le monde ».

« Le Décalogue constitue pour nous un patrimoine et un engagement communs », a rappelé Benoît XVI.

Visite historique

Dans une déclaration aux journalistes, au centre de presse de Cologne, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, M. Joaquín Navarro-Valls, a ensuite commenté cette deuxième visite d’un pape dans une synagogue.

La visite de Benoît XVI à la Synagogue de Cologne a constitué un «événement qui revêt une charge historique extraordinaire », déclarait M. Navarro-Valls, précisant que le pape lui-même avait demandé d’intégrer cette visite symbolique dans le programme des Journées mondiales de la Jeunesse de Cologne.

 

© Zenit Innovative Media, Inc.

 

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Notes de Menahem Macina, pour la Rédaction d'upjf.org

 

[1] Mais Zenit omet de préciser qu'il parle du "missel moderne", de 1969, lequel est, certes, toujours en vigueur, mais "cohabitera", en quelque sorte, avec le missel en latin de Jean XXIII (1962), remis en vigueur par le Motu Proprio de Benoît XVI. Or, dans la grande prière d'intercession du Vendredi-Saint, figure la prière suivante, pour la conversion du peuple juif : "Prions pour les juifs. Que le Seigneur notre Dieu lève le voile de leurs coeurs et leur permette de reconnaître Jésus-Christ". Elle fait bien entendu problème pour les Juifs. Voir : "Les catholiques prieront-ils à nouveau (en latin), pour la conversion des Juifs ?"

[2] Il s’agit du discours prononcé par Jean-Paul II devant les représentants de la communauté juive allemande, à Mayence, le 17 novembre 1980. Il s’ouvre sur la phrase suivante : « La première dimension de ce dialogue, à savoir la rencontre entre le peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance, jamais révoquée par Dieu (cf. Rm 11, 29) et celui de la Nouvelle Alliance, est en même temps un dialogue interne à notre Église, c'est-à-dire entre la première et la deuxième partie de sa Bible. » Les mots mis en exergue par mes soins avaient donné lieu à des interprétations minimalistes, visant – consciemment ou non – à en émousser le caractère théologiquement novateur. (Sur la controverse qui en est résultée, voir " 'L'Alliance jamais révoquée par Dieu' ", dans Istina XLI (1996), Paris, pp. 347-400, surtout le chapitre 1. C). Le texte du sidcours de Jean-Paul II est d'abord paru dans L'Osservatore Romano des 17-18 novembre 1980. Il est reproduit, en allemand dans Acta Apostolicae Sedis (AAS), vol. 73, 1981, p. 80. Il a fait l'objet d'une traduction française, malheureusement défectueuse, dans La Documentation Catholique, n° LXXVII, 1980, pp. 1148-1149, et d'une traduction corrigée dans Istina XXXVI (1986) pp. 192-195. L'expression avait été déjà employée la veille, à Cologne, par Jean-Paul II.

[3] La phrase de Zenit tourne court. A l'évidence, son intention était de préciser que le texte des "Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l'Eglise catholique", reprend la fameuse formule. En effet, on peut y lire ce qui suit (Notes, I. 3) : " Le Saint Père a présenté cette réalité permanente du peuple juif, avec une remarquable formule théologique, dans son allocution aux représentants de la communauté juive de l’Allemagne Fédérale à Mayence, le 17 novembre 1980: « …le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance, qui n’a jamais été révoquée… » ". (C'est moi qui souligne).

 

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Mis en ligne le 14 juillet 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org



09-05-2009 | Commentaires (0) | Public
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