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A-t-on raison de s’inquiéter du retour possible de la prière pour la "conversion" des juifs ?
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Certains de nos coreligionnaires, et non des moindres, s’inquiètent de la remise en vigueur des textes blessants pour les Juifs, qui figuraient jadis dans la liturgie de la Semaine Sainte. Cette crainte est-elle fondée ? En attendant d’y voir plus clair dans les semaines et les mois qui viennent, j’ai cru bon, pour fixer les choses, de procéder à un bref rappel historique des étapes de la modification des passages controversés de cette liturgie. (Menahem Macina). 

08/07/07

 

 

Dans un article intitulé : "Le pape Benoît XVI a rétabli la messe en latin", paru dans le Nouvel Observateur du 08/07/07, on peut lire ce qui suit :

 

« Le centre Simon Wiesenthal s'inquiète de la présence d'une prière "pour la conversion des juifs" dans la messe en latin [sic] du vendredi saint libéralisée par le pape [1]. Dans un communiqué, l'organisation juive "demande instamment à Benoît XVI de déclarer ce texte contraire à l'enseignement actuel de l'Eglise", conformément au concile Vatican II. Dans les célébrations du vendredi saint antérieures à 1962, commémorant la mort du Christ, les catholiques priaient pour la conversion des "juifs perfides". Cette expression avait été supprimée en 1962, les fidèles priant ensuite "pour la conversion des juifs". En 1970, cette prière a été profondément transformée et les catholiques prient aujourd'hui "pour le peuple juif, le premier à avoir entendu la parole de Dieu". Une note technique du Vatican publiée samedi [2] précise que la prière du missel en latin sur les juifs est celle de 1962, qui comporte la prière pour leur conversion. En revanche "l'usage de la liturgie de la Semaine Sainte antérieure à l'édition de 1962 n'est pas licite", indique-t-elle, excluant donc la référence aux "juifs perfides". (avec AP). »

 

Etapes de la modification de la prière pour les Juifs
dans la liturgie catholique du Vendredi Saint

Le premier geste significatif de l’Église envers le peuple juif fut la modification du texte de la prière du Vendredi Saint, autrefois nommée "Pro perfidis Iudaeis". Les inconvénients sémantiques ont été examinés brièvement ailleurs. Restait à y mettre bon ordre. Le chemin fut long pour y parvenir : dix ans. Ci-après, les principales étapes de cette transformation.

1) Le texte traditionnel (VIIe s.) :

 «Dieu Tout-Puissant et éternel, qui n’exclus pas même la perfidie juive de ta miséricorde, exauce nos prières que nous t’adressons pour l’aveuglement de ce peuple. Afin qu’ayant reconnu la lumière de ta vérité qui est le Christ, ils sortent de leurs ténèbres.»

2) Décret de la Congrégation des Rites (10 juin 1948)

Le 10 juin 1948, sous Pie XII, la Sacrée Congrégation des Rites, interrogée sur le sens à donner aux mots latins, perfidis et perfidia, déclara que, dans les versions en langue vulgaire, la traduction de ces deux termes par ‘infidèles’ et ‘infidélité’ en matière de foi «n’était pas à rejeter».

3) L’agenouillement et la prière silencieuse pour les Juifs

L’agenouillement et la prière silencieuse pour les juifs furent rétablis dans le cadre de la réforme liturgique de la Semaine sainte, par le décret Maxima Redemptionis nostrae mysteria, du 16 novembre 1955 (toujours sous Pie XII). Ce décret, promulgué le 13 décembre 1955, était accompagné d’un commentaire expliquant l’importance pastorale du rite restauré, qui était tombé en désuétude depuis mille ans. Mais la perfidia judaica continua à être solennellement proclamée en latin dans toutes les églises.

4) Jean XXIII

Le « bon Pape Jean » alla plus loin. Pour le premier Vendredi Saint qui suivit son élection au souverain pontificat (27 mars 1959), il supprima d’un trait de plume les textes incriminés, et le fit savoir aux paroisses par une circulaire du Vicariat de Rome, datée du 21 mars. On dirait désormais :

 

«Prions pour les juifs», et « Dieu qui n’exclus pas même les juifs de ta miséricorde…»

 

Cette mesure fut étendue à l’Église universelle par décret de la Sacrée Congrégation des Rites en date du 5 juillet 1959.

5) La nouvelle formule de 1966 :

«Prions aussi pour les juifs. Que le Seigneur notre Dieu fasse resplendir sur eux son visage afin qu’ils reconnaissent, eux aussi, le Rédempteur de tous les hommes, Jésus-Christ, Notre Seigneur… Prions : Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui fis alliance avec Abraham et sa descendance, écoute avec bonté les prières de ton Église. Que le peuple racheté en premier puisse parvenir à la plénitude de la rédemption…»

 

6) La formule du nouveau missel (1970)

Enfin, Paul VI approuva l’édition définitive du nouveau missel, adopté en 1969 et entré en vigueur en 1970, qui comporte l’invocation suivante, qui est, de loin, la meilleure de toutes les formules du même genre concernant les Juifs :

 

«Prions pour les juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance… Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Église t’en supplie…»

 

Il faut toutefois déplorer que l’ancienne version figurait toujours, ces dernières années dans le missel de la communauté bénédictine du Barroux, en France. Fait d’autant plus grave que ce missel, réédité en 1990, était muni d'un double imprimatur : celui de Dom Gérard Calvet, l'Abbé du Barroux, et celui du cardinal Mayer, alors préfet de la Congrégation des rites; il était également honoré d'une préface du cardinal Ratzinger, président de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il n’a pas été possible de vérifier si ce missel est encore en vigueur aujourd’hui dans ce monastère.

 

Enfin, tout récemment, lors des célébrations de la Pâque catholique en avril 2007, un internaute anonyme laissait ce commentaire, à propos d’un article sur ce thème figurant sur un site catholique très favorable aux Juifs :

 

« Le "pro perfidis judaeis "existe encore, je l'ai entendu vendredi dernier ! »

 

Malheureusement, il ne précisait ni l’endroit où cette prière proscrite avait été prononcée, ni ne laissait d’adresse e-mail pour permettre au responsable de l’article en question d’investiguer l’événement avec son aide.

 

Menahem Macina

 

© upjf.org

 

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Notes de la Rédaction d’upjf.org
(concernant l'extrait de l'article du Nouvel Observateur/AFP, reproduit plus haut)

 

[1] Il s'agit des textes liturgiques de l’Office des Ténèbres de la nuit du Vendredi Saint, qui sont récités après la liturgie de la parole. Les plus 'riches' en formules antijuives sont les Impropères. Sur les problèmes qu’ils posent pour les relations entre chrétiens et Juifs, lire : Audrey Doetzel,  "La croix dans la relation entre juifs et chrétiens. Nouvelles perspectives", Bulletin du SIDIC, 1998, Vol. XXXI, Numéro 1.

[2] Je n’ai pas été en mesure de trouver cette note, tant sur le site du Vatican, que sur ceux de la Salle de Presse du Saint-Siège et des principales agences de presse catholique.

 

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Mis en ligne le 8 juillet 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org



18-06-2009 | Commentaires (0) | Public
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