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Témoignages personnels du P. David Neuhaus
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Session des Petites Sœurs

Tre Fontane, Novembre 2007

« LA RACINE QUI TE PORTE »

Pp. 135 à 147

 

TEMOIGNAGES PERSONNELS

 

Du Père David Neuhaus

 

Je ne sais pas exactement comment je vais faire, mais pour ce témoignage qui sera assez personnel, je vais essayer d’être un peu ordonné. Pas selon le récit qui est très confus mais selon les grands thèmes, que je vais vous donner tout de suite, pour que vous puissiez suivre d’une façon organisée.

Il y a en fait, 5 grands thèmes que j’aimerais bien vous partager :

Mes racines européennes, en Allemagne ; l’expérience familiale en Afrique du Sud ; la montée en Israël ; la découverte du Proche-Orient ; la découverte de la personne du Christ.

 

Mes racines européennes, en Allemagne

Bien sûr, le choc de la montée des Nazis était très grand. Grâce à Dieu, quelques membres de la famille ont compris et ont quitté l’Allemagne pendant les années 1935 et 1936. Une grande partie est allée au Brésil, une autre partie en Angleterre et, une autre partie en Afrique du Sud, là où je suis né. ; quelques membres, en Palestine. Mes arrière-grands-parents ont refusé de quitter l’Allemagne et quand les Nazis sont venus pour arrêter mon arrière-grand-père, il est sorti de la maison en criant qu’il était un héros de la première guerre mondiale et comment osaient-ils le toucher. Sa femme a pu échapper et a quitté le pays tout de suite. Elle a trouvé asile chez sa fille à Londres mais elle n’a pas pu avoir un permis de résidence car les frontières étaient déjà fermées aux Juifs. Elle a dû aller en Afrique du Sud où elle a vécu jusqu’à sa mort en 1958. Elle n’a jamais appris un mot d’une langue autre que l’allemand.

Son mari a été emprisonné. Il a passé de prison en prison, de camp en camp et finalement,  juste avant la décision de la solution finale, il a été libéré, en 1941. En quelques jours, il a pu s’échapper de l’Allemagne et il s’est retrouvé en Chine. Il a pris le bateau et c’était l’unique lieu où il a pu aller. Et en Chine, il y avait une très grande communauté juive réchappée de l’Europe, d’abord de la Russie, ensuite de l’Allemagne. Il est mort en 1948, trois ans après la guerre. Il n’a jamais revu sa famille. Et apparemment il était très touché psychologiquement par les expériences vécues dans les camps.

En tout cas, une famille totalement juive et totalement allemande qui, dans les années 30, a été chassée de sa patrie, une patrie dans laquelle ils vivaient avec tout leur cœur - Mon grand-père est arrivé en Afrique du Sud avec tous les vieux disques de tous les opéras de Wagner. Il était un grand "fana" de Wagner, il l’écoutait tous les samedis après-midi.

Du côté de mon père, la famille est arrivée en Afrique du Sud en 1936. C’est une famille très orthodoxe et ils ont trouvé leur insertion en Afrique du Sud dans cette petite communauté d’Allemands très orthodoxes, qui ont construit leur synagogue*. Mon père est arrivé à l’âge de trois ans. Ma mère est née en 1940, quatre ans après l’arrivée de ses parents. Eux, ils ont trouvé leur insertion dans une communauté juive allemande assez assimilée qui, à cause des Nazis, redécouvrait son identité juive. Pour beaucoup de Juifs en Allemagne, ce sont les Nazis qui leur ont enseigné qu’ils étaient des Juifs. Ils savaient à peu près qu’ils étaient juifs et non pas chrétiens mais il y en avait beaucoup qui ne pratiquaient pas et qui se sentaient totalement allemands. C’était pour eux le choc de découvrir qu’ils perdaient leur identité à cause des lois racistes. La plupart des Juifs allemands ont eu le temps de quitter ou de s’échapper. Les Juifs qui ont été massacrés ont été les Juifs des pays qui ont été conquis très vite. En tout cas, ce judaïsme allemand a presque disparu. C’était un judaïsme très riche. A la maison, mes grands-parents ont continué à parler l’allemand, ils ont continué à être "fana" de la culture allemande avec toutes les schizophrénies intérieures, de l’amour, de l’identification totale avec l’Allemagne et en même temps le traumatisme, les émotions très vives négatives envers un pays qui les a trahis. Mon père a refusé, jusqu’à aujourd’hui, d’aller en Allemagne et d’acheter des produits venant d’Allemagne. Du coté de ma mère, ils sont allés tout de suite après la guerre revisiter l’Allemagne.

Quand nous étions petits, ils ont parlé des expériences et du destin de ceux qui n’ont pas quitté l’Allemagne. Quand mes parents se sont mariés en Afrique du Sud, c’était la rencontre entre deux mondes. Cela montre la diversité dans le monde juif. Mon père a eu beaucoup de difficultés avec ses parents et ses amis parce qu’il a épousé une femme qui est aussi Juive et Allemande, mais qui ne vient pas d’une famille pratiquante. En se mariant, ils ont fait un compromis : ma mère a refusé d’observer la loi juive à l’intérieur de la maison. Elle a dit : "Je ne vais pas faire une cuisine kasher, je ne vais pas faire toutes ces choses qui me sont étranges.", mais elle a été d’accord que les enfants seraient envoyés dans une école religieuse orthodoxe et que le vendredi soir, pour le shabbat, les enfants iraient à la synagogue ; elle, elle  n’y irait pas. A la mort de mes grands-parents, en 1977, la partie allemande de la famille a disparu. Parce que, jusqu’à leur mort, ils vivaient presque avec nous. L’allemand était une langue que nous avons beaucoup entendue à la maison, jamais apprise, mais toujours entendue.

 

Afrique du Sud

Ma famille est arrivée en 1936, moi je suis né en 1962 dans une famille qui était très conscientisée au problème de l’apartheid. Je ne peux pas dire cela de toute la communauté juive. J’ai fréquenté beaucoup de maisons d’amis où il y avait beaucoup de servants africains, mais pas toujours une attitude bienveillante envers les africains, envers les noirs, je dis les noirs parce que nous sommes aussi en quelque sorte des africains, mais nous ne sommes pas noirs. Ma mère a fait le lien entre la situation des juifs en Europe et celle des noirs en Afrique du Sud. La communauté juive aujourd’hui est très fière parce que, parmi les grands résistants au régime d’apartheid, il y avait beaucoup de Juifs, mais la communauté juive en tant que telle a été assez silencieuse en face de ce qui se passait. Ma mère, jusqu’à aujourd’hui, est très consciente que c’était formateur de découvrir que les Juifs ne sont pas les uniques victimes au monde. Il y a beaucoup de victimes, malheureusement. J’ai été envoyé dans une école orthodoxe qui était merveilleuse. Cette école était aussi un asile pour certains professeurs qui n’avaient pas pu être employés dans les écoles gouvernementales à cause de leurs positions politiques. C’est à l’école qu’a commencé à se développer ma conscience politique par rapport à la situation en Afrique du Sud et, dès l’âge de quinze ans, je suis devenu un peu actif dans des choses - innocentes - qui à cette époque, me mettaient vraiment en marge de la légalité. Par exemple : avoir des contacts avec des étudiants noirs.

A cause de tout ce qui se passait en Afrique du Sud en 1976-1977, mes grands-parents ont décidé (j’étais le petit-fils favori) qu’il n’y avait pas de futur pour moi en Afrique du Sud et, juste avant leur mort (ils sont morts en février, et début septembre), ils ont payé pour que je sois envoyé à Jérusalem pour continuer mes études ; j’avais 15 ans. Je ne voulais pas y aller. C’était une idée horrible pour moi de quitter l’Afrique du Sud, pas pour ma famille, mais j’étais engagé dans cette lutte. En tout cas, j’avais 15 ans et je devais faire ce qui a été décidé par mes parents et mes grands-parents et je suis arrivé à Jérusalem en septembre 1977, dans un internat avec 70 jeunes Juifs sud-africains. Et j’y ai passé quatre mois, c’était mon premier long séjour en Israël. Je ne me souviens plus de ce qui s’est passé mais, après trois jours, j’ai envoyé une lettre à mes parents pour dire : "Je ne reviens pas".

Un coup de foudre pour la ville de Jérusalem. Ce n’était pas avec la terre ou le peuple mais c’était avec la ville de Jérusalem. A cette époque-là, j’ai eu un grand intérêt pour l’histoire européenne. Ce qui m’a beaucoup attiré ce sont les églises, pour des questions culturelles, et j’ai trouvé bien dommage que dans notre internat nous ne visitions que les sites juifs. Les samedis, les jours de shabbat, il n’y avait rien, seulement la prière à la synagogue le matin et l’après-midi nous étions libres de rester à l’internat. Moi, je me suis échappé chaque samedi après-midi pour aller découvrir la partie de Jérusalem que nous ne visitions pas avec notre programme éducatif. Et lentement, j’ai visité toutes les églises. J’ai lu des livres, j’ai eu des contacts très forts avec une communauté orthodoxe de Moniales. En tout cas, je suis allé visiter tous ces lieux et comme j’étais un petit provocateur, bien sûr je n’ai pas dit ce que je faisais, mais j’ai décidé que c‘était mon devoir d’ouvrir ce monde à mes collègues et j’ai commencé à organiser des groupes de sept à huit élèves, l’après-midi de Shabbat. Cela a continué peut-être cinq semaines jusqu’à ce que le directeur m’appelle et me dise : "J’ai entendu que tu fais une chose très dangereuse, tu vas dans des quartiers arabes  pour visiter les églises. Tu sais que je peux t’expulser de l’internat. Maintenant, tu as deux choix devant toi : Tu arrêtes. Est-ce que tu vas arrêter ?". J’ai dit : "Je pense que c’est bien dommage. Nous sommes ici pour notre éducation. Il y a toute une partie de la Terre Sainte que nous ne voyons pas. Tu ne penses pas que c’est dommage ?". "Je t’ai dit : Tu as un choix. Tu peux arrêter ou bien, samedi prochain, tu emmènes avec toi : moi et ma femme".

C’est comme cela qu’il est venu et, après, il a donné sa bénédiction aux visites dans les églises. Je pense que tous les élèves ont visité avec moi une série d’églises qui commençait au Mont des Oliviers par la Via Dolorosa (à cette époque je ne connaissais pas les petites sœurs de Jésus) et puis nous allions pour les vêpres, d’abord à l’église roumaine orthodoxe, ensuite à la cathédrale russe orthodoxe au centre-ville juif. Comme cela, pendant cette année à l’internat, nous avons eu une bonne expérience. Je suis tombé amoureux de Jérusalem et cela m’est apparu très clairement que j’appartiens à Jérusalem. Je voulais vivre là-bas. Après quatre mois d’internat, je suis reparti en Afrique du Sud où j’ai continué cette partie de mes études que je devais terminer jusqu’à la fin de 1979.

En 1978-79, il y avait en Israël une grande célébration pour les deux cents ans de la fondation de ce qui est  devenu la ville de Petah-Tikva, et l’organisation sioniste mondiale a organisé un grand concours dans les écoles juives partout dans le monde sur l’histoire du Sionisme*. Moi, déjà à cette époque, je n’étais pas trop patriotique ni pour l’Afrique du Sud ni pour Israël, mais je me suis renseigné sur ce qu’on pouvait gagner : trois mois en Israël, à Jérusalem. Alors, je me suis mis à étudier et j’ai gagné le premier prix et j’ai représenté l’Afrique du Sud. Le Rabbin de mon école a essayé de dire : cela ne va pas, il n’est pas Sioniste, il n’est pas pratiquant, on ne peut pas l’envoyer et, comme j’avais vraiment gagné, ils n’ont pas pu ne pas m’envoyer, mais le compromis a été d’envoyer avec moi quelqu’un d’un peu plus fidèle à la cause. Comme cela, nous étions deux de l’Afrique du Sud. J’ai donc passé à nouveau trois mois à Jérusalem. Avec cette idée très claire que, dès que j’aurai passé le bac, je ferai mon "Aliah" (Montée à Jérusalem). Et j’ai fait ainsi.

 

J’ai passé le bac en décembre 1979 et, après quelques jours, j’ai quitté l’Afrique du Sud pour toujours. C’était important de quitter très vite car je voulais échapper au service militaire. Ainsi j’avais seulement 17 ans à cette époque, pas encore 18 ans. J’ai pu sortir du pays sans problème du côté militaire. Et ensuite je ne suis pas retourné en Afrique du Sud pendant de nombreuses années.

 

Montée en Israël

Je suis arrivé en Israël pour faire mes études universitaires. En arrivant à l’université hébraïque, mon premier ami - j’avais 17 ans - c’est un homme que j’ai rencontré dans les rues de la Vieille Ville plusieurs fois. Puis nous nous sommes vus à l’Université, étudiants à l’université hébraïque. C’était un Palestinien musulman qui s’appelle Ousama, qui est vraiment devenu un frère pour moi. Pour lui, c’était inconcevable qu’un garçon de 17 ans circule à Jérusalem sans famille, sans racine. Il vit dans une grande famille, ils sont huit enfants, qui tous habitent dans la même zone et tous sont toujours chez la maman. Il m’a dit dès le début : "Toi, tu fais partie de notre famille." Je me suis intégré dans cette famille palestinienne où j’ai commencé à apprendre l’arabe - d’abord l’arabe dialectal et, quand j’ai vu que ça ne marchait pas très vite, je suis allé m’inscrire pour des études d’arabe classique. J’ai fait quatre ans à l’Université. La maman de la famille parle uniquement l’arabe et pour communiquer avec elle et avec son père, c’était absolument nécessaire que j’étudie l’arabe. Grâce à mon ami, j’ai été introduit dans un groupe d’étudiants palestiniens à l’Université hébraïque, et cela est devenu mon groupe social. J’avais jusque là une image de la société israélienne, presque uniquement juive. Mais avec ces amis-là, j’ai commencé à circuler avec un groupe d’arabes - j’étais l’unique non-Arabe dans le groupe. J’ai commencé à voir que c’était beaucoup plus facile qu’en Afrique du Sud, parce que là-bas je pouvais circuler avec des noirs mais c’était toujours clair que je n’étais pas noir.

En Israël dans un groupe d’Arabes - Ousama était un arabe des territoires palestiniens de Jérusalem-est, les autres étaient des Arabes de Galilée et du triangle, c’est-à-dire citoyens israéliens - j’ai commencé à sentir ce qu’était : être Arabe en Israël. Cela m’a poussé à réfléchir pour connaître dans quelle société je me trouvais. Moi, j’ai pu tout de suite devenir citoyen israélien. J’ai entendu des histoires de la famille de Ousama, famille qui était bien enracinée en Palestine, comme ma famille avait été enracinée en Allemagne. Eux ont tout perdu : leur maison, leur citoyenneté, leur droit de venir en Israël. C’était très dur. Mais à ce moment-là, en 80-81, je disais : c’est trop tôt pour moi ; j’avais 18-19 ans, je devais apprendre beaucoup plus pour comprendre la complexité de la situation et je ne me suis engagé dans rien qui soit politique ou social. Mais les grands changements sont venus en 1982, avec l’éclatement de la guerre au Liban. En juin 1982, Israël a envahi le Liban - il y avait déjà des hostilités depuis 1970 mais l’événement qui a changé ma vie et, je pense, celle de beaucoup d’Israéliens, c’était en septembre 82, au moment des grands  massacres à Sabra et Chattila. Ils n’ont pas été commis par les Israéliens mais par les forces chrétiennes avec le soutien et la responsabilité de l’armée israélienne. Les forces chrétiennes libanaises sont entrées dans les camps palestiniens et ont massacré presque mille civils. C’est à ce moment-là que j’ai dit : "Il faut que je m’engage".

 

En 1982, a eu lieu une manifestation très grande d’une centaine de milliers d’Israéliens - à la suite de ce qui se passait au Liban - pour dire : nous ne pouvons pas être d’accord avec notre gouvernement et notre armée. J’ai commencé alors à réfléchir de plus en plus sur le problème du pouvoir. C’est peut-être ma génération, et encore pas toute celle-ci, qui voit qu’il y a là quelque chose de très important à changer dans le monde juif. Ce monde tellement focalisé sur son expérience historique en tant que minorité - pas toujours persécutée, mais toujours dans une situation précaire. A cause de cela, nos ancêtres ont pensé que cette précarité menaçait notre survie. Cela a conduit à l’idée d’établir un Etat juif, bien que beaucoup de juifs restent anti-sionistes. Mais la plupart des Juifs aujourd’hui, à cause de ces expériences de  précarité, et aussi de persécution, ont choisi l’Etat juif comme un mode de survie. Pour ma génération qui est née après la Shoah*, l’Etat d’Israël est une réalité. C’est mon Etat, je suis un citoyen.

Ce que nous voyons clairement, ce sont deux choses : Notre histoire et notre tradition religieuse ne nous préparent pas à assumer, d’une façon responsable le pouvoir. Le judaïsme est fondé dur le fait d’être minoritaire. Et c’est très dangereux parce que cette minorité devenue majorité agit toujours avec la conscience d’une minorité. Elle agit toujours avec la conscience d’être le faible quand, en fait, elle est la plus forte. C’est terrible, il y a là une situation qui n’est pas simple.

Et la deuxième chose, ce n’est pas seulement que nous n’avons pas une façon responsable d’exercer le pouvoir, mais que nous avons fait des victimes, nous qui étions toujours des victimes. Et, bien sûr, c’est la rencontre avec le peuple palestinien.

 

 Depuis 1982, je suis très engagé dans cette réflexion qui continue dans une partie de la société israélienne. Je ne veux pas dire que c’est la majorité des Israéliens, ce serait un mensonge, mais c’est une partie importante, car elle comporte les intellectuels. Avec cette pensée, j’ai pris une décision assez radicale, celle de mettre à l’épreuve mon amour pour Jérusalem. Qu’est-ce que c’est, cet amour pour Jérusalem ? J’ai pensé que c’était peut-être un amour pour le Proche-Orient en général et j’ai décidé, en 1985, de quitter Israël. Je suis allé en Jordanie qui était encore un état ennemi, mais cela a duré dix jours. Et j’ai décidé de retourner à Jérusalem. Les conséquences étaient qu’il fallait que je fasse mon service militaire. C’était justement cela que je ne voulais pas. J’ai vécu deux ans en cachette, c’est-à-dire illégalement. Les autorités pensaient que j’avais quitté Israël, mais en fait j’étais là. Et après deux ans j’étais suffisamment prêt spirituellement et mûr psychologiquement pour faire face et dire que je refusais de faire le service militaire. En novembre 1987, j’avais accompagné un groupe d’activistes pour la paix, des amis à Naplouse pour interviewer un garçon de douze ans, qui venait de passer deux mois en prison pour avoir jeté une pierre sur un convoi de soldats. Et il a été tellement torturé que, pendant une semaine, il n’a pas pu parler. Quand nous l’avons vu, il avait déjà recommencé à parler, mais celle qui faisait la porte-parole pour lui était sa sœur. Une femme très forte, à peu près 20 ans, musulmane, très religieuse, étudiante à l’Université de Naplouse. Trois jours avant de devoir rencontrer les autorités militaires pour présenter mon cas, le 12 décembre, nous avons reçu la nouvelle qu’elle, avec cinq étudiants ont été les premiers à être tués à Naplouse par l’armée Israélienne. Ils ont ouvert le feu sur une manifestation d’étudiants qui sortait du campus de l’Université. Bien sûr, c’était pour moi un signe très clair de ce que devait être ma position face aux militaires.

Le 15 décembre au matin, je me suis présenté à la caserne militaire de Jérusalem, pour dire que je n’avais aucune intention de servir dans l’armée, que j’exigeais un service civil. J’ai ajouté : "Je veux servir mon pays pour le temps du service militaire, trois ans, mais pas dans le militaire". Et cette après-midi-là, l’Intifada* a éclaté à Jérusalem. Pendant quatre mois, de décembre à avril, l’armée a utilisé toutes les méthodes pour me convaincre de mon erreur. Et le 27 avril, je devais me présenter pour commencer mon service militaire à la base militaire, juste en dehors de Tel-Aviv. Comme je ne voulais pas être jugé comme quelqu’un qui prend la fuite, je me suis présenté. Il y avait un militaire et lorsque je suis arrivé en face de lui, il m’a dit : "Va faire couper tes cheveux.". Je lui ai dit : "Je n’ai aucune intention de servir dans l’armée, je suis venu pour dire que je ne sers pas". Il m’a redit : "Va couper tes cheveux". J’ai dit : "Monsieur, peut-être n’avez-vous pas entendu ?".Il m’a pris par le collet et il m’a dit : "Tu refuses de couper tes cheveux ?". "Non, ce n’est pas de couper mes cheveux, mais je refuse le service militaire". Il m‘a dit : "Bien" et m’a envoyé devant trois juges militaires qui m’ont donné trois jours de prison pour avoir refusé de couper mes cheveux. Israël ne reconnaît pas l’objection de conscience. En prison, ils ont rasé ma tête et, après trois jours, le même officier (je peux dire maintenant : grâce à Dieu, c’était toujours le même), me sort de la prison et me dit : "Va prendre ton uniforme militaire". Je lui ai dit : "Monsieur, peut-être n’avez-vous pas encore compris, je n’ai aucune intention de servir dans le service militaire israélien ". "Quoi, tu refuses de prendre un uniforme ?" et il me donne un mois de prison. Je fais mon mois de prison, j’en sors, il est là, et me remet encore une fois dans la file et ça recommence. J’ai reçu un autre mois de prison. Après deux mois, le même officier - c’était vraiment une grande grâce de Dieu - vient me chercher et me dit : "Et maintenant es-tu prêt ?"  J’ai répondu : "Non". Il ajoute : "Je peux te mettre en prison pour six ans". Je lui ai dit : "Si tu veux". Puis il me prit dans son bureau - c’était un marocain qui avait servi dans l’armée pendant 30 ans. Il avait passé toute sa vie dans l’armée, il avait commencé le service à l’âge de 15 ans. Il m’a donc pris dans son bureau et m’a dit : "Explique-moi". Et j’ai expliqué, pas  dans des termes politiques mais dans des termes de conscience et de moralité. J’ai ajouté : "Je veux servir, mais je ne veux pas servir avec des armes ni comme membre de l’armée israélienne". Il a dit : "Tu sais, c’est logique, je vais t’aider".

Pendant deux semaines il m’a gardé chez lui, m’envoyant tous les jours chez un psychologue, disant : "L’unique manière de convaincre ces autorités-là, c’est par la psychologie". J’ai dit :"Je ne veux pas jouer le fou". Après deux semaines il n’y avait aucune réussite, chaque fois, le psychologue disait : "C’est un peu étrange, mais il n’est pas fou". Après deux semaines, il a téléphoné au chef du département de psychologie, juste en dehors de Tel-Aviv et m’a demandé d’aller pour mon dernier entretien. J’y suis allé. Moi, j’ai fait des études de psychologie, je ne l’avais pas mentionné. Je me suis placé en face de lui, et le psychologue ne m’a pas adressé une parole, sauf pour me dire : "Regarde". Je voyais des taches d’encre et je devais raconter une histoire. Il m’en a  montré trois sans dire un mot. Puis il m’a dit : "Merci, attends dehors". Nous rentrons chez l’officier, il ouvre et dit : "Félicitations, tu es libre du service militaire, tu es fou". Mais l’histoire ne s’est pas terminée là. Le chef psychologue a donné à l’officier ce qu’il demandait : de dire que j’étais fou. Mais lui est allé avec moi pour faire les papiers de démission de l’armée à cause de ma folie et devant moi il a dit : "Tu n’écris pas qu’il est fou, tu écris seulement qu’il n’est pas capable de servir dans l’armée". Il m’a dit : "Je ne veux pas t’empêcher de trouver un travail°". Jusqu’à la fin, il a été très fidèle.

Pendant des siècles et partout, il y avait des Juifs totalement engagés dans la lutte pour les opprimés, pas seulement pour les Juifs mais pour les opprimés. Maintenant, Israël est devenu un pays très fort, mais avec des insécurités et des problèmes. Nous avons des personnes qui sont des citoyens de deuxième degré: ce sont les Palestiniens, citoyens d’Israël ou ceux qui sont dans les territoires occupés, qui vivent sous une occupation de l’armée israélienne ou - et cela est pour moi le pire - ceux qui ont été chassés en dehors de leurs pays. Des réfugiés palestiniens dans tout le Proche Orient, pour nous c’est une situation inacceptable.

 

L’expérience proche orientale

 

A l’Université, j’ai commencé mes études en 1980 à l’Université hébraïque, en psychologie et en philosophie. Lorsque j’ai commencé le deuxième cycle, c’était déjà clair pour moi que je voulais rechercher beaucoup plus le monde arabe musulman.

Chez les Israéliens que je fréquente, il y a la conscience toujours plus grande que, géographiquement au moins, nous faisons partie d’un monde où nous sommes étrangers en tant que Juifs qui viennent du monde européen. La découverte du Proche Orient est pour moi une découverte très importante qui a changé ma vision de la place du Juif en Israël aujourd’hui. Je pense que c’est très important que nous recherchions des ouvertures avec le monde arabe et le monde musulman qui nous entoure. Jusqu’à 1989 dans l’état d’Israël, la majorité des Juifs ont été des Juifs arabes. Mais comme a dit pte sr Myriam-Elisabeth hier, parmi le peuple dont je parle et que j’appelle les Juifs arabes, la grande majorité n’aime pas être appelés ‘Juifs arabes’. C’est vrai qu’ils préfèrent, si on parle de leurs origines, dire : Juifs marocains, Juifs tunisiens, Juifs algériens, c’est absolument vrai. Mais je pense que ça touche à l’attitude de la société israélienne envers tout ce qui est arabe. Arabe, c’est l’ennemi. Et dire ‘Juifs arabes’, c’est un peu provocateur.

J’ai fait ma thèse de deuxième cycle sur un sujet qui, pour moi, était important comme ouverture et comme attitude. J’ai recherché dans les écrits de Maïmonide - grand Rabbin, reconnu comme autorité au Moyen Age - où on trouve simplement copiés de longs passages des grands philosophes musulmans. C’était très intéressant de voir comment la pensée d’un musulman très orthodoxe, Alfarabe, devient exactement la pensée de Maïmonide. Ensuite, j’ai commencé à me plonger dans la littérature juive arabe, écrite par les penseurs, les exégètes, les Rabbins du monde arabe, en langue arabe mais avec des lettres hébraïques. Et ce qui m’a intéressé le plus, plus tard, c’est la façon dont les Juifs arabes traduisent la Bible, en langue arabe mais tout écrit en lettres hébraïques. C’est caché pour le monde juif.

En tout cas, la découverte de ce monde n’était pas seulement la découverte de l’Islam. C’était très important, cela a commencé avec Ousama et sa famille. Je faisais partie de ce monde qui, pour moi, était un monde complètement inconnu. Faire partie de ce rythme musulman ! Je suis allé plusieurs fois à la mosquée avec Ousama. J’ai participé à toutes les festivités - mariages, naissances, décès -  une famille merveilleuse. De 1984 à 1988, premièrement avec Ousama, ensuite avec un autre ami très religieux, Yahia, j’ai commencé à lire le Coran en arabe. C’était d’abord une pratique pour prononcer l’arabe, mais pour moi c’était clair dès le début : Je veux entendre ce qu’ils voient dans ce livre qui ne me disait rien ; mais parce que cela disait tant aux gens que j’aimais profondément, j’ai voulu essayer de voir le message de ce livre. Et c’était une expérience très riche, une fois par semaine, de faire cette lecture.

A cette époque-là, j’ai commencé aussi à découvrir le monde chrétien arabe et, là aussi, j’étais un peu provocateur. Dans quel sens ? Je me lamentais de la fermeture de ce monde en face de l’Islam.

 

Ma découverte du Christ

 

J’en viens maintenant au cinquième chapitre qui est, bien sût, le chapitre qui explique tous les quatre autres chapitres, c’est ma découverte du Christ. Je suis arrivé en Israël en 1977. J’avais quinze ans et j’étais dans le deuil profond. Je venais de perdre mes deux grands-parents - c’était les parents de ma mère, ceux qui m’ont envoyé en Israël. J’étais très proche d’eux, et j’imagine que si j’avais été chez un psychanalyste, il aurait dit que j’étais en train de chercher une grand-mère. Je cherchais quelqu’un qui pouvait me donner un témoignage des événements qui se sont passés en Europe autour de la révolution russe. Cela m’a beaucoup intéressé. Et à Jérusalem, je savais qu’il y avait une princesse Tatiana Romanova, abbesse d’un monastère. Je suis allé la trouver. Elle avait, à cette époque, 89 ans. Elle était dans une grande faiblesse. Elle n’a pas pu me recevoir, mais sa secrétaire m’a dit : "Il faut que tu ailles voir la Mère Abbesse Barbara". Mère Barbara avait la renommée d’être une grande mystique religieuse que beaucoup venaient rencontrer pour avoir une aide spirituelle. Cette femme avait 88 ans, et pendant cinq ans, nous avons eu des rencontres. Elle est morte à l’âge de 93 ans. Cette femme a été ma première rencontre avec le Christ. Je ne dis pas : "Elle m’a parlé du Christ", c’était une rencontre avec le Christ. Elle était totalement paralysée. Elle vivait dans une petite chambre au Mont des Oliviers, dans l’église de Marie-Madeleine. Elle était lumineuse, avec une joie que l’on voit rarement. Je n’ai rien demandé au sujet de sa foi. Elle ne m’a pas parlé de sa foi. Je l’ai questionné sur sa vie, cela m’intéressait. Elle était une aristocrate. Elle connaissait la famille impériale. Elle m’a pris au sérieux. Cela m’a étonné. Et pendant les quatre mois où j’étais à Jérusalem, j’ai fréquenté ce couvent et, lentement, j’ai commencé à me demander : mais quelle était la source de cette joie ? C’était la joie qui m’a frappé en elle, quand je ne voyais aucune raison qu’elle soit joyeuse - c’était une vie assez misérable. Elle m’a parlé du Christ et j’ai commencé à demander : "Qui est cette figure dont j’ai entendu parler dans les leçons d’histoire ?". Mais cela m’a pris quelques années pour ouvrir le Nouveau Testament. Mon premier aperçu était un aperçu liturgique. C’était dans les liturgies russes orthodoxes, où je ne comprenais absolument rien. C’était tout en slavon et je ne connais même pas le russe, mais la beauté, la tonalité m’ont beaucoup séduit. Mais il y avait quelque chose qui m’a repoussé. Pas chez elle, elle était absolument pure de ces choses, mais parmi ses sœurs russes - car dans le couvent il y avait des palestiniennes et des russes - spécialement parmi les russes, j’ai entendu comment elles parlaient des Juifs qui rendaient visite à ces lieux.

 

En 1981, mon ami Ousama m’a invité à venir avec lui dans une rencontre de dialogue inter-religieux. Et là, j’ai rencontré pour la première fois un prêtre catholique. Et, quelle coïncidence, ce prêtre était un prêtre jésuite. J’ai vu que dans le christianisme il y avait une grande pluralité. Je commençais à aller voir et j’ai vu pour la première fois les petites sœurs de Jésus à Jérusalem, c’était dans l’église grecque catholique, au Patriarcat. Je venais et me mettais en arrière. Sachant déjà l’arabe, c’était une amélioration parce que je comprenais alors la liturgie. Jusqu’à mon entrée dans la Compagnie de Jésus, j’ai fréquenté l’église grecque catholique. Mais le moment-clef a été en 1984, quand moi et Ousama, ensemble, nous avons été invités aux Etats-Unis pendant deux mois pour étudier les Evangiles. Cela a été un moment très important. En 1977, quand j’ai rencontré la Mère Barbara, c’était déjà clair pour moi que Jésus est une personne-clef dans ma vie. Je suis retourné chez moi, chez mes parents, et j’ai dit : "Maman, papa, je veux devenir chrétien". Et mes parents n’étaient pas très contents. Pendant cette conversation, j’ai dit à mes parents : "Ecoutez, n’ayez pas peur, je vais attendre dix ans, je vous le promets, mais pendant dix ans je vais faire des recherches. Je vais voir où est ma Vérité. Et si, après dix ans, je veux devenir chrétien, vous allez l’accepter". Mes parents, bien sûr, ont accepté. Ils ont pensé : dans dix ans, il aura 25 ans, il sera marié, il aura cinq enfants, fini.

 

Lorsque je suis revenu des Etats-Unis en 1984, après cette étude de l’Evangile, je suis allé voir les Pères Jésuites. Je me suis adressé d’abord à Peter qui travaille avec le peuple palestinien depuis très longtemps, et je lui ai demandé de me préparer pour le baptême. "Non, non, non, moi je travaille avec les Palestiniens et toi tu es Juif", et il m’a envoyé chez un autre Père qui travaillait à cette époque dans la quehilah (la communauté chrétienne de langue hébraïque). Je suis allé vers un Père et je l’ai rencontré plusieurs fois. En tout cas, finalement il a accepté de me préparer et lorsqu’il a commencé, il a dit : "Cela va prendre deux ans". "C’est excellent", parce que pendant ces deux ans, j’ai eu le temps d’intégrer cette identité dans la société et cela me donnait le temps de le dire à mes parents. Déjà là, je sentais très fort un appel à la vie consacrée. Probablement chez les Jésuites. Pendant cette période de préparation, c’était comme une longue retraite. J’ai été en prison deux mois, ce qui m’a fortifié. C’était une expérience de prière profonde et, six mois après ma sortie de prison, j’ai été baptisé. J’ai été préparé pour le baptême dans la quehilah, j’étais très heureux de trouver une église qui, non seulement prie en hébreu qui est ma langue, la langue du pays, mais qui est aussi un lieu de recherche pour réformer la pensée chrétienne par rapport au peuple juif. Ce qui était beaucoup plus douloureux, c’est de vivre la solidarité avec le peuple palestinien au milieu d’une quehilah de gens venus en Israël pour vivre la solidarité profonde avec le peuple juif après la Shoah*.

 

Après mon baptême en 1988, j’ai dit au Père qui m’a préparé : "Je suis prêt maintenant à entrer dans la Compagnie de Jésus". "Dans nos Constitutions, c’est écrit que les néophytes doivent attendre trois ans". "J’ai déjà attendu dix ans pour mes parents, encore deux ans pour recevoir le baptême, ça ne suffit pas ?". Il a dit : "Non". J’ai dit : "Très bien" et je me suis inscrit pour le doctorat à l’Université hébraïque. J’ai fait un doctorat en sciences politiques, focalisé sur les Palestiniens en Israël. Et lorsque j’ai terminé le doctorat en 1991, trois ans étaient déjà passés, j’ai demandé d’entrer dans la Compagnie de Jésus, mais au Proche Orient. Pour moi, c’était le moyen de m’intégrer plus profondément dans l’Eglise de la zone. Je suis allé voir le Père Provincial. Je parlais l’arabe assez bien. Ce n’était pas un problème d’arabe, mais il m’a dit à la fin : "David, ce n’est pas possible. Un Juif israélien chez nous, je ne pense pas... ". J’étais très déçu. Il m’a conseillé de demander d’entrer dans une Province américaine, avant de revenir sur cette décision en me disant : "J’ai fait une erreur, il faut que tu viennes chez nous". Mais j’ai été envoyé quand même pour une première partie du Noviciat aux Etats-Unis et après, j’ai pu aller rejoindre mes co-novices en Egypte, deux Egyptiens et un Syrien. C’était une période très forte. Je suis resté après le noviciat, en tant que professeur au collège jésuite, ainsi j’ai passé deux ans en Egypte. Je connaissais déjà l’Egypte et je l’aime beaucoup. C’était vraiment deux ans de joie pendant lesquels j’ai fait connaissance de pte sr Maria-Chiara. A la fin de l’enseignement au Collège, le Provincial est venu et il a dit : "Tu vas en France pour les études de théologie". J’ai dit : "C’est une catastrophe, je ne connais aucun mot de français. Je peux aller aux Etats-Unis, en Angleterre". "Non, tous les étudiants du Proche Orient vont en France". Quand je suis arrivé en France, c’était très dur, mais j’ai trouvé un asile merveilleux chez la maman de pte sr Nadine. Quand j’ai eu terminé mes études de théologie, mon Provincial m’a envoyé demander au Patriarche quels étaient ses besoins. Je ne connaissais pas le Patriarche, ni l’Eglise latine palestinienne. Mais j’ai reçu la réponse, c’était le Père Rafiq Khoury qui m’a dit : "On a besoin de professeurs de Bible". Après un séjour à Rome à l’institut biblique, je suis revenu au pays pour me préparer à mon ordination, en février 2000, avec une mission claire à Jérusalem. J’ai été ordonné le 8 septembre 2000 par le Patriarche Michel Sabbah.

 

Depuis cette époque-là, je suis prêtre à Jérusalem. J’ai été envoyé, depuis, pour enseigner la Bible au séminaire diocésain de Beth Jala, où je n’ai pas le droit d’aller, car je suis citoyen israélien. Mais je suis envoyé travailler dans les territoires palestiniens et, depuis sept ans, je transgresse la loi israélienne. J’ai été arrêté déjà trois fois. Avec le travail au Séminaire, j’ai commencé, l’année suivante, à enseigner aussi à l’Université de Bethléem qui est une université palestinienne. Et là aussi j’enseigne la Bible et, tous les ans, il y a un cours d’introduction au judaïsme. C’est pour moi une grande joie mais aussi une douleur parce que je ne peux pas faire sortir mes étudiants pour rencontrer des Juifs. Ils ne peuvent pas sortir des territoires palestiniens. Il y a deux ans, j’ai pensé exploiter la visite à Jérusalem pour le Dimanche des Rameaux, et les emmener trois jours avant, rester trois jours à Jérusalem pour rencontrer le judaïsme, faire une visite à la synagogue, et les emmener au mémorial de l’Holocauste*. Nous avons demandé la permission trois mois en avance. Le vendredi où ils devaient venir chez moi, nous avons reçu un refus des autorités militaires à cause du terrorisme. Les étudiants ont été déçus et moi aussi. En tout cas, c’était une tentative pour leur faire comprendre que l’histoire juive est très riche, que le peuple juif est beaucoup plus diversifié que ce qu’ils connaissent : la police, les militaires et les colons.

Depuis mon retour au pays, je suis pleinement engagé dans les recherches théologiques du Patriarcat latin. Je participe aussi à une commission qui organise tous les mois des rencontres avec des personnalités du monde juif. C’est l’occasion pour les Juifs de venir parler avec le Patriarche et c’est une expérience très riche.

J’ai commencé à enseigner dans plusieurs écoles de guides pour les pèlerins et les touristes, où l’enseignement du christianisme est important. C’est une expérience énormément riche de rencontrer une jeune génération d’Israéliens qui n’ont pas les mêmes préjugés que les Juifs de la diaspora* par rapport au christianisme.

 

Et je termine pour dire que je suis au service de la petite communauté hébréophone. Nous sommes dans une période de transition qui n’est pas facile. Nous passons d’une période où nos fondateurs ont eu une vision héroïque et claire de ce que doit être cette petite Eglise. Nous cherchons maintenant quelle vision peut être la nôtre. C’est un changement de génération et de culture. Ceux qui ont été les plus actifs, au début, ont été des gens de formation plutôt francophone. Maintenant, nous n’avons aucune culture très définie. C’est assez marquant que les nouveaux prêtres sont beaucoup plus traditionnels que les fondateurs. Beaucoup de questions se posent mais nous continuons.

 

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01-10-2009 | Commentaires (0) | Public
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