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Recensions de deux ouvrages consacrés à la démythologisation et à théologie de la mort de Dieu, chez Bultmann
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R. Bultmann. Jésus. Mythologie et démythologisation. A. Malet, Bultmann et la mort de Dieu. In: Revue de l’histoire des religions, tome 177 n°2, 1970. pp. 212-215.

(http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1970_num_177_2_9544).

Rudolf Bultmann. Jésus. Mythologie et démythologisation, traduit par Florence Freyss, Samuel Durand-Gasselin et Christian Payot, préface de Paul Ricoeur, Paris, Editions du Seuil, 1968, 249 p. — André Malet, Bultmann et la mort de Dieu, présentation, choix de textes, biographie, bibliographie, Paris, Editions Seghers, 1998, 190 p. — Depuis plusieurs années, nombreux sont les auteurs français qui dialoguent avec Bultmann, généralement pour le réfuter ou le repousser. Mais il faut bien avouer que nous ne disposons que de très rares traductions des textes mêmes de l’exégète allemand. Aussi faut-il d’abord se réjouir, qu’on soit inquiet des audaces bultmanniennes ou qu’on y applaudisse, de la publication de ces deux petits livres qui, tous deux à leur manière, veulent donner la parole au professeur de Marbourg, quitte à le présenter tout d’abord.

Dans Jésus. Mythologie et démythologisation, le souci premier est d’offrir une traduction française de deux grands textes bultmanniens. D’abord le Jésus publié en 1926. Certes le livre est ancien, en plusieurs endroits on peut même dire qu’il date, car la critique évangélique progresse vite et ses résultats ne sont pas sans conséquence lorsqu’il s’agit de dépeindre et d’interpréter la personne de Jésus. Néanmoins ce texte a le mérite d’être quelque chose comme une déclaration d’intention méthodologique immédiatement mise en oeuvre. Comme tel on peut y voir encore l’un des grands moments de la pensée bultmannienne.

Il ne peut évidemment être question d’aborder ici, dans le cadre d’une recension, la discussion des thèses elles-mêmes. Rappelons seulement brièvement que Bultmann applique aux textes évangéliques une critique impitoyable qui veut, en éliminant tout l’apport de la communauté chrétienne primitive, retrouver la personne (à ne surtout pas confondre avec la personnalité) de Jésus, c’est-à-dire la manière dont il s’est compris lui-même et s’est présenté à ses contemporains. Jésus s’est voulu rabbi et prophète du royaume de Dieu, (comme rabbi, il a prêché l’amour de Dieu et du prochain, appelant ainsi les hommes à se décider à se laisser totalement déterminer non par eux-mêmes et par le monde, mais par Dieu qui exige à chaque pas une mort à soi-même par laquelle est inaugurée la vie nouvelle, eschatologique. Comme prophète, il en annonce la réalisation dès maintenant.

Le deuxième texte se compose de cinq conférences données en 1951 et publiées en 1958. Relevons-y quelques points : Bultmann y explique sa compréhension du mythe, tentative d’objectiver l’inobjectivable, et qui exige donc une traduction. Il précise son interprétation de l’eschatologie et justifie l’utilisation qu’il fait de catégories empruntées à la philosophie de l’existence dans laquelle il trouve une méthode d’interprétation particulièrement bien appropriée à la pensée biblique.

Une excellente préface de P. Ricoeur introduit les textes de Bultmann. En quelques pages riches et concises, le philosophe fait le point sur la question d’herméneutique, montrant en quoi la distance entre le premier témoin et ceux qui l’écoutent ou l’écouteront, s’accroissant avec le temps, nous a fait prendre conscience aujourd’hui plus nettement qu’hier (et donc qu’aux origines) de la nécessité de remonter d’un texte, qui est lui-même interprétation, au kérygme dont il témoigne. L’auteur aborde ensuite le problème de la démythologisation dont l’intention est, chez Bultmann, radicalement opposée au subjectivisme. Enfin, dans une troisième partie, P. Ricoeur interpelle Bultmann en tant que philosophe et l’interroge sur la signification non mythologique de la mythologie.

 

Le livre d’A. Malet (dont on connaît déjà la thèse de doctorat : Mythos et Logos. La pensée de R. Bultmann, 1963), se présente d’une manière assez différente. Il comprend deux parties d’importance sensiblement égale. La première est une présentation systématique de la pensée de Bultmann. L’auteur commence, fort logiquement, par exposer la distinction radicale de deux conceptions de Dieu, de l’homme et du monde : celle de l’hellénisme, de l’humanisme, de la science objectivante, et celle de la Bible qui seule respecte pleinement l’altérité. Altérité de Dieu par exemple que l’homme ne rencontre jamais qu’en entendant son appel à croire, à se décider à mourir soi-même et à vivre de son créateur, pour lui et pour les autres.

Tel est bien le message de Jésus si l’on étudie les évangiles à la lumière de la critique textuelle.

Mais c’est ici que le recenseur, tout en se défendant d’entrer dans la discussion du fond, avoue sa gêne d’historien et d’exégète : on nous dit qu’il est nécessaire de faire d’abord une histoire scientifique et que, sur cette base, doit s’épanouir ensuite une histoire existentiale qui la prolonge nécessairement. Jusqu’ici tout va bien. Mais lorsque, délaissant le plаn des principes on descend jusqu’à l’application concrète qui nous en est proposée, on ne peut s’empêcher de se demander si la deuxième démarche n’a pas un peu contaminé la première, si elle ne lui a pas donné d’avance des présupposés critiques et historiques et si, en conséquence, l’admirable concordance des résultats de l’une et l’autre démarches est aussi probante qu’on nous le dit.

Pour Bultmann, nous dit A. Malet, Jésus a seulement prétendu être la parole eschatologique de Dieu. Les affirmations objectivantes de l’église primitive ont seules introduit dans les textes l’identification de Jésus avec le Messie. Il s’en suit donc que tous les passages qui présentent Jésus accomplissant les prophéties (dans la passion par exemple) sont des créations secondaires ou même des vaticinia ex eventu [prophéties émises après que l’événement a eu lieu et sur la base des informations qu’en a l’auteur].

L’eschaton est le moment de ma décision pour Dieu, contre moi-même et contre le monde. Donc toutes les paroles qui annoncent une Fin objective doivent être récusées.

Certes, je m’empresse d’ajouter qu’en principe une telle démarche peut reposer sur une méthode exégétique irréprochable. Toutefois la présentation d’A. Malet, trop systématique et trop peu exégétique, laisse planer un doute dans l’esprit du lecteur historien, doute que les reproches adressés aux exégètes qui n’aboutissent pas aux mêmes résultats critiques ne contribuent pas à lever. Sont-ils tous conditionnés par des a priori inadéquats, sont-ils tous mus par des soucis apologétiques plus ou moins conscients ? Autrement dit, n’y a-t-il qu’une série de positions critiques recevables ? Dans ce cas est-il encore raisonnable de distinguer l’histoire scientifique de l’histoire existentiale ? Il semble que sur ce point le présentateur ne s’est pas montré assez soucieux de défendre le maître dont il se réclame et dont il expose par ailleurs les idées avec une clarté et une logique auxquelles il faut rendre un juste hommage.

C’est avec une égale reconnaissance que l’on aborde la deuxième partie du livre. A. Malet a choisi et traduit (en collaboration avec A. et S. Pfrimmer) un certain nombre de textes bultmanniens nouveaux pour le lecteur français. Le choix paraît judicieux tant au point de vue des sujets abordés que des dates de ces écrits. Qu’on en juge d’après une simple revue des titres : « Une exégèse sans présupposition est-elle possible? » (1957); « L’exégèse scientifique des Evangiles : supplément » (1967) ; « Humanisme et christianisme » (1953) ; « A propos du problème de la démythologisation » (1963) ; « Les changements de la compréhension de soi dans l’histoire du christianisme primitif » [1955) ; « L’étrange de la foi chrétienne » (1958) ; « A propos d’une "théologie philosophique" » (1962) ; « L’idée de Dieu et le monde moderne » (1963). Ce dernier texte est un exposé compréhensif [lire : d’ensemble] des thèses récemment avancées par les théologiens dits de « la mort de Dieu ».

 

P. Prigent



21-09-2013 | Commentaires (0) | Public
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