Recherche

Mot-clé sur le site

Avec Google

Google :
Exhorter
<< Royaume de Dieu et monde à venir  

Irénée de Lyon et le Royaume
Imprimer Imprimer
> Envoyer cette page


1. Les quelques comparaisons évoquées dans le chapitre précédent entre la Tradition juive et la Tradition post-apostolique concernant les deux réalités eschatologiques, encore si mystérieuses pour beaucoup de chrétiens : « Temps messianiques » et « Monde à venir », ont permis de montrer qu'elles convergent et parfois même coïncident. Il nous reste, avant d'aborder ce qu'en dit la théologie actuelle, à exposer plus avant la doctrine d'Irénée concernant ces deux réalités à venir. En effet, la doctrine de ce Père de l'Église - au demeurant parfaitement orthodoxe - plonge dans l'embarras aussi bien les théologiens que les exégètes et les spécialistes de la Patristique, à cause des conceptions millénaristes qui s'y expriment. Certains vont même jusqu'à invoquer contre lui le témoignage d'Eusèbe de Césarée qui englobait Irénée dans sa condamnation sans appel du millénarisme, dont il rendait responsable Papias, le Presbytre (IIe s.) : « Le même Papias ajoute d'autres choses qui seraient parvenues jusqu'à lui par une tradition orale, certaines paraboles étranges du Sauveur et certains enseignements bizarres, et d'autres choses tout à fait fabuleuses. Par exemple, il dit qu'il y a aura mille ans après la résurrection des morts et que le règne du Christ aura lieu corporellement sur la terre […] Il a été cause qu'un très grand nombre d'écrivains ecclésiastiques après lui ont adopté les mêmes opinions que lui, confiants dans son antiquité : c'est là ce qui s'est produit pour Irénée et pour d'autres qui ont pensé la même chose que lui. » On trouvera, ci-après, sous forme de citations, accompagnées ou non d'un bref commentaire, un résumé de la doctrine eschatologique d'Irénée. (Pour le texte d'Eusèbe, cf. Histoire ecclésiastique, III, 39, 11-13)

2. Selon ce Père, après la condamnation et la défaite de l'Antichrist, « le Seigneur viendra du ciel, sur les nuées, dans la gloire de son Père et il enverra dans l'étang de feu l'Antichrist avec ses fidèles ; il inaugurera en même temps pour les justes les temps du royaume, c'est-à-dire le repos du septième jour, qui fut sanctifié, et il donnera à Abraham l'héritage promis ; c'est là le royaume en lequel, selon la parole du Seigneur, "beaucoup viendront du levant et du couchant pour prendre place à table avec Abraham, Isaac et Jacob" ». (IRENEE, Adv. Haer., V, 30, 4; cf. Mt 8, 11).

3. C'est dans ce monde-ci - même s'il est « rénové » - que, selon Irénée, s'exercera la royauté messianique du Christ avec Ses élus ressuscités : « Les justes doivent d'abord, dans ce monde rénové, après être ressuscités à la suite de l'apparition du Seigneur, recevoir l'héritage promis par Dieu aux Pères et y régner […] Il convient donc que le monde lui-même, restauré en son état premier, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes.» (ID., Adv. Haer., V, 32, 1).

4. Commentant la phrase de Jésus : « Je ne boirai plus désormais du fruit de cette vigne, jusqu'au jour où j'en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père », Irénée écrit : « Sans aucun doute, c'est dans l'héritage de la terre qu'il le boira, de cette terre que lui-même renouvellera et rétablira en son état premier pour le service de la gloire des enfants de Dieu, selon ce que dit David : "Il renouvellera la face de la terre". En promettant d'y boire du fruit de la vigne avec ses disciples, il a fait connaître deux choses : l'héritage de la terre, en lequel sera bu le fruit nouveau de la vigne avec ses disciples, et la résurrection corporelle de ses disciples. Car la chair qui ressuscitera dans une condition nouvelle est aussi celle-là même qui aura part à la coupe nouvelle. Ce n'est pas, en effet, alors qu'il serait dans un lieu supérieur et supra-céleste avec ses disciples, que le Seigneur peut être conçu comme buvant du fruit de la vigne ; et ce ne sont pas davantage des êtres dépourvus de chair qui pourraient en boire, car la boisson tirée de la vigne a trait à la chair, non à l'esprit. » (ID., Adv. Haer., V, 33, 1; cf. Mt 26, 27-29; Ps 104, 30).

5. Pour Irénée, le royaume messianique a lieu en « ce monde-ci », et non dans le « monde à venir » : « Il dit encore: "Quiconque aura quitté champs ou maisons, ou parents, ou frères, ou enfants à cause de moi, recevra le centuple en ce monde et héritera de la vie éternelle dans le monde à venir". Quel est donc en effet le centuple que l'on recevra en ce monde, et quels sont les dîners et les soupers qui auront été donnés aux pauvres et qui seront rendus ? Ce sont ceux qui auront lieu au temps du royaume, c'est-à-dire en ce septième jour qui a été sanctifié et en lequel Dieu s'est reposé de toutes les œuvres qu'il avait faites : vrai sabbat des justes, en lequel ceux-ci, sans plus avoir à faire aucun travail pénible, auront devant eux une table préparée par Dieu et regorgeant de tous les mets». (ID., Ibid., V, 33, 2; cf. Mt 19, 29; Lc 18, 29-30).

6. Dans son tableau eschatologique, Irénée n'omet pas de mentionner le peuple juif et sa restauration sur sa terre : « Ezéchiel dit de même : "Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous introduirai dans la terre d'Israël. Et vous saurez que je suis le Seigneur quand j'ouvrirai vos tombeaux, quand je vous ferai sortir des tombeaux, mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez, et je vous établirai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur". Le même Prophète dit encore : "Voici ce que dit le Seigneur : Je rassemblerai Israël d'entre toutes les nations parmi lesquelles ils ont été dispersés, et je me sanctifierai en eux aux yeux des peuples des nations, et ils habiteront sur leur terre, que j'ai donnée à mon serviteur Jacob. Ils y habiteront en sécurité, ils bâtiront des maisons et planteront des vignes, ils habiteront en sécurité, quand j'exercerai un jugement sur tous ceux qui les auront méprisés."». ID., Ibid., V, 34, 1; cf. Ez 37, 12-14; Ez 28, 25-26).

7. D'après Irénée, aux temps messianiques, Jérusalem sera rebâtie : « Isaïe dit encore au sujet de Jérusalem : "Voici ce que dit le Seigneur : Heureux celui qui a une postérité dans Sion et une parenté dans Jérusalem ! Voici qu'un roi juste régnera, et les princes gouverneront avec droiture". Et à propos des préparatifs de sa reconstruction, il dit : "Voici que je te prépare pour pierres de l'escarboucle et pour fondements du saphir, je ferai tes créneaux de jaspe, tes portes de cristal et ton enceinte de pierres précieuses. Tous tes fils seront enseignés par le Seigneur, tes enfants seront dans une grande paix, et tu seras édifiée dans la justice." ». (ID., Ibid., V, 34, 4 ; cf. Is 31, 9 à Is 32, 1; Is 54, 11-14).

8. Et répondant à l'objection de ceux qui voulaient voir, dans le texte messianique d'Isaïe, une prophétie d'un monde à venir équivalent au ciel, Irénée nous apprend, au passage, que cette reconstruction messianique de Jérusalem aura lieu sur le sol d'Israël : « Ces événements ne sauraient se situer dans les lieux supra-célestes, "car Dieu, vient de dire le prophète, montrera ta splendeur à toute la terre qui est SOUS le ciel" ; mais ils se produiront au temps du royaume, lorsque la terre aura été renouvelée par le Christ et que Jérusalem aura été rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d'en haut. ». (ID., Ibid., V, 35, 2; cf. Ba 5, 3).

9. Contrairement à nombre de théologiens et de fidèles d'aujourd'hui, Irénée ne semble pas choqué par la coexistence de ressuscités et de non-ressuscités dans le Royaume messianique: « Le même prophète dit encore : "Voici que je crée Jérusalem pour l'allégresse, et mon peuple pour la joie. Je serai dans l'allégresse au sujet de Jérusalem et dans la joie au sujet de mon peuple. On n'y entendra plus désormais le bruit des lamentations ni le bruit des clameurs ; il n'y aura plus là d'homme frappé d'une mort prématurée, ni de vieillard qui n'accomplisse pas son temps : car le jeune homme aura cent ans, et le pécheur qui mourra aura cent ans et sera maudit. Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront, ils planteront des vignes et eux-mêmes en mangeront les fruits. Ils ne bâtiront plus pour que d'autres habitent, ils ne planteront pas pour que d'autres mangent. Car les jours de mon peuple seront comme les jours de l'arbre de vie : ils useront les ouvrages de leurs mains." ». (ID., Ibid., V, 34, 4; cf. Is 65, 18-22).

10. Toujours à propos des mêmes perspectives, Irénée n'accepte pas qu'on en élude la littéralité prophétique : « Si certains essayent d'entendre de telles prophéties dans un sens allégorique *, ils ne parviendront même pas à tomber d'accord entre eux sur tous les points. D'ailleurs, ils seront convaincus d'erreur par les textes eux-mêmes, qui disent : "Lorsque les villes des nations seront dépeuplées, faute d'habitants, ainsi que les maisons, fautes d'hommes, et lorsque la terre sera laissée déserte […]" […] Il dit encore : "Que l'impie soit enlevé, pour ne point voir la gloire du Seigneur! ". "Et après" que "cela" aura eu lieu, "Dieu, dit-il, éloignera les hommes, et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre". "Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront" […] Toutes les prophéties de ce genre se rapportent sans conteste à la résurrection des justes […] alors les justes régneront sur la terre […] Et tous ceux que le Seigneur trouvera en leur chair, l'attendant des cieux après avoir enduré la tribulation et avoir échappé aux mains de l'Impie, ce sont ceux dont le prophète a dit : "Et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre". Ces derniers sont aussi tous ceux d'entre les païens que Dieu préparera d'avance pour que, après avoir été laissés, ils se multiplient sur la terre, soient gouvernés par les saints et servent à Jérusalem. ». (ID, Ibid., V, 35, 1; cf. Is 6, 11; Is 26, 10 ; Is 6, 12).

11. Tels sont, en substance, les propos d'Irénée concernant les temps messianiques, appelés par lui « temps du Royaume ». Voyons maintenant ce qu'il dit du « Monde à venir ». Notons qu'il en distingue parfaitement les deux perspectives. Ce qu'il va décrire à présent - en citant principalement les chapitres 20 et 21 de l'Apocalypse - est expressément placé par lui « après les temps du royaume ». Et la Jérusalem céleste qui descend du ciel n'est pas confondue avec celle qui a été rebâtie précédemment, au temps du Royaume messianique : « C'est de cette Jérusalem-là que sera l'image la Jérusalem de la première terre, où les justes s'exerceront à l'incorruptibilité et se prépareront au salut, comme c'est aussi de ce tabernacle-là que Moïse a reçu le modèle sur la montagne. » (ID., Ibid., V, 35, 2; cf. Ex 25, 40 et He 8, 5).

12. Pour Irénée, le temps du Royaume est la période où, dans une création partiellement renouvelée, les ressuscités franchiront graduellement les étapes qui les séparent de l'incorruptibilité parfaite. Ce schéma peut étonner, pourtant il ressort des propos mêmes de ce Père, comme en font foi les passages qui suivent : « De même que [l'homme] ressuscitera réellement […], c'est réellement aussi qu'il s'exercera à l'incorruptibilité, qu'il croîtra et qu'il parviendra à la plénitude de sa vigueur, aux temps du royaume, jusqu'à devenir capable de saisir la gloire du Père. Puis, quand toutes choses auront été renouvelées, c'est réellement qu'il habitera la cité de Dieu. ». (ID., Ibid., V, 35, 2).

13. À propos de ce processus, étrange à nos yeux, Irénée parle même de « transfert » de cette création à la nouvelle. Mais pour ne pas qu'une fois de plus, quelque héritier de la philosophie platonicienne ne s'avise d'imaginer une espèce d'angélisation de l'humanité, ni une spiritualisation de la matière, il précise : « Ni la substance ni la matière de la création ne seront anéanties […] mais "la figure de ce monde passera", c'est-à-dire les choses dans lesquelles la transgression a eu lieu : car l'homme a vieilli en elles. ». (ID., Ibid., V, 36, 1; cf. 1 Co 7, 31).

14. Et entrant plus avant dans le mystère, Irénée ajoute : « Mais lorsque cette "figure" aura passé, que l'homme aura été renouvelé, qu'il sera mûr pour l'incorruptibilité au point de ne plus pouvoir vieillir, "ce sera alors le ciel nouveau et la terre nouvelle", en lesquels l'homme nouveau demeurera, conversant avec Dieu d'une manière toujours nouvelle. ». (ID., Ibid., V, 36, 1; cf. Is 65, 17; cf. Ap 21, 1).

15. Irénée se réfère même à une vénérable tradition pour décrire ce que l'on peut appeler les "degrés proportionnels de gloire", qui seront l'apanage des participants de ce Royaume : « Et, comme le disent les Presbytres, c'est alors que "ceux qui auront été jugés dignes" du séjour du ciel y pénétreront, tandis que d'autres jouiront des délices du Paradis, et que d'autres encore posséderont la splendeur de la cité ; mais partout Dieu sera vu, dans la mesure où ceux qui le verront en seront dignes.». (ID., Ibid., V, 36, 1; cf. Lc 20, 35).

16. Et Irénée de poursuivre sur le même thème : « Telle sera la différence d'habitation entre ceux qui auront produit "cent pour un, soixante pour un, trente pour un" : les premiers seront enlevés aux cieux, les seconds "séjourneront dans le paradis", les troisièmes habiteront "la cité". C'est la raison pour laquelle le Seigneur a dit qu'"il y a de nombreuses demeures chez son Père" […] C'est là la "salle du festin", en laquelle prendront place et se régaleront "les invités aux noces."». (ID., Ibid., V, 36, 2; cf. Mt 13, 8; Lc 23, 43; Jn 14, 2; Ap 22, 14; Mt 22, 1-14)

17. C'est alors qu'Irénée formule ce qu'il faut bien appeler une « procession trinitaire » - au sens théologique du terme -, laquelle est parfaitement conforme à l'expression de ce mystère par saint Paul lui-même : « Tels sont, aux dires des Presbytres, disciples des apôtres, l'ordre et le rythme que suivront ceux qui sont sauvés, ainsi que les degrés par lesquels ils progresseront : par l'Esprit ils monteront au Fils, puis, par le Fils, ils monteront au Père, lorsque le Fils cédera son œuvre au Père, selon ce qui a été dit par l'Apôtre : "Il faut qu'il règne, jusqu'à ce que Dieu ait mis tous ses ennemis sous ses pieds : le dernier ennemi qui sera anéanti, c'est la mort." ». (ID, Ibid., V, 36, 2; cf. Mt 22, 1-14; 1 Co 15, 25-26).

18. Parvenu au terme de son œuvre, Irénée exprime, avec une rare densité d'expression, la quintessence de la consommation du mystère de Dieu, en une série d'affirmations qu'il nous faudra analyser, brièvement mais avec soin, car elles renferment une doctrine qui n'a malheureusement pas encore été prise en compte comme elle le mérite par la théologie chrétienne. Tout d'abord - chose qui étonnera sans doute - il affirme, sans la moindre ambiguïté, que la première résurrection a lieu sur la terre et au temps du Royaume : « Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance "la première résurrection", qui est celle des justes, et l'héritage de la terre, qui doit se réaliser dans le royaume. ». (Id, Ibid., V, 36, 3; cf. Ap 20, 5-6).

19. Immédiatement après cette formulation, Irénée croit nécessaire de l'étayer par deux passages néotestamentaires qui, du coup, s'éclairent pour nous d'une lumière nouvelle : « C'est exactement cela que le Seigneur a enseigné, lui aussi, quand il a promis de "boire le mélange nouveau" de la coupe avec ses disciples "dans le Royaume", et encore lorsqu'il a dit : "Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'Homme et ils ressusciteront: ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement". ». (ID., Ibid., V, 36, 3; cf. Mt 26, 29; Jn 5, 25.28-29).

20. Et les explications fournies par ce Père vont s'avérer extrêmement précieuses pour la compréhension des événements du Temps de la fin : « Il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu'ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés. » Ce qui rappelle quelque peu ce mystérieux passage néotestamentaire : "Tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme. Alors, deux hommes seront aux champs : l'un est pris, l'autre laissé ; deux femmes en train de moudre : l'une est prise, l'autre laissée". (ID., Ibid., V, 36, 3; cf. Mt 24, 39-41).

21. De cette exégèse, Irénée glisse ensuite, sans transition, vers la justification de la doctrine - controversée, comme on l'a vu plus haut - de ce qu'on a appelé le « millénarisme », c'est-à-dire la croyance en un royaume du Christ sur la terre, avec ses élus, durant une très longue période, fixée à « mille ans » par l'Apocalypse. Mais, comme c'est souvent le cas chez ce Père, la justification est faite sur base scripturaire : « C'est ce qu'on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d'après lequel "la consommation de ce siècle" aura lieu "le sixième jour", c'est-à-dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David a dit : "C'est là mon repos, les justes y entreront". ». (ID., Ibid., V, 36, 3; Cf. Ap 20, 5-6; cf. Gn 1, 32 à Gn 2, 1 ; Ps 132, 14; Ps 118, 20).

22. Et toujours sur la foi des Écritures, Irénée conclut ainsi l'argumentation de sa foi millénariste : « Ce septième jour est le septième millénaire, celui du royaume des justes, dans lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité, après qu'aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C'est ce que confesse l'apôtre Paul lorsqu'il dit que "la création sera libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu." ». (ID., Ibid., V, 36, 3; Cf. Ap 20, 4-6; Rm 8, 21).

23. L'expression « ceux qui auront été gardés dans ce but » fait écho aux oracles suivants des prophètes Daniel, Isaïe, Joël et Zacharie : "Pour toi, va, prends ton repos et tu te lèveras pour ta part à la fin [ou : dans la suite] des jours." "Le reste laissé à Sion, ce qui survit à Jérusalem, sera appelé saint, tout ce qui est inscrit pour la vie à Jérusalem […] LE SEIGNEUR créera, partout sur la montagne de Sion et sur ceux qui s'y assemblent, une nuée, le jour, et une fumée avec l'éclat d'un feu flamboyant, la nuit. Tous ceux qui invoqueront le nom du SEIGNEUR seront sauvés, car sur le mont Sion il y aura des rescapés […] et à Jérusalem des survivants que LE SEIGNEUR appelle." "Ainsi parle LE SEIGNEUR. Je reviens à Sion et je veux habiter au milieu de Jérusalem. Jérusalem sera appelée Ville-de-Fidélité, et la montagne du SEIGNEUR Sabaot, Montagne sainte." "Ainsi parle LE SEIGNEUR Sabaot. Des vieux et des vieilles s'assiéront encore sur les places de Jérusalem: chacun aura son bâton à la main, à cause du nombre de ses jours." (Cf. Dn 12, 13; Is 4, 3.5; Jl 3, 5; Za 8, 3-4).

24. Irénée écrit encore : «Toutes les prophéties de ce genre se rapportent, sans conteste, à la résurrection des justes, qui aura lieu après l'avènement de l'Antichrist et l'anéantissement des nations soumises à son autorité. Alors les justes régneront sur la terre, croissant à la suite de l'apparition du Seigneur, ils s'accoutumeront, grâce à lui, à saisir la gloire du Père, et, dans ce Royaume, ces justes accéderont au commerce des saints anges ainsi qu'à la communion et à l'union avec les réalités spirituelles. » (ID., Adv. Haer., V, 35, 1).

25. Enfin, en une synthèse qui n'a pas été dépassée, il rejoint l'enseignement de Paul : « Et en tout cela et à travers tout cela, apparaît un seul et même Dieu Père : c'est lui qui a modelé l'homme et promis l'héritage de la terre ; c'est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes et réalisera ses promesses dans le Royaume de son Fils ; c'est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, "ces biens que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l'homme."». (ID.., Ibid., V, 36, 3; cf. 1 Co 2, 9 = Is 64, 3).

26. Cette dernière citation, dans le contexte où la place Irénée, a pour but de nous en convaincre : la victoire sur les impies conduits par l'Antichrist, la première résurrection, le royaume des justes avec le Christ sur la terre des promesses, sont les biens des temps messianiques. Irénée nous le confirme en précisant qu'il s'agit des promesses que « Dieu […] réalisera dans le royaume de son Fils » ; et nous avons vu, plus haut, que cette royauté s'exercera sur la terre. Par contre, la transfiguration définitive de la création et de l'humanité n'adviendra qu'après la résurrection finale, dont les deux derniers chapitres de l'Apocalypse nous décrivent, dans le style qui leur est propre, les modalités et les conséquences. (Cf. Ap 21 et Ap 22).

27. Nous conclurons ce chapitre consacré à réfléchir sur la différence entre « Royaume » et « Monde à venir », par la constatation que, sur ce point encore, Irénée est en harmonie avec une tradition juive, déjà citée ici et que rapporte Maïmonide, en ces termes : « Déjà le prophète [Isaïe] a expliqué que le monde à venir n'est pas atteint par les sens corporels. C'est ce qui est écrit: "Jamais œil humain n'avait vu un autre Dieu que toi, agir de la sorte en faveur de ses fidèles", et les Maîtres commentent cela : Tous les prophètes n'ont prophétisé que pour les jours du Messie, mais le monde à venir, aucun œil ne l'a vu, sauf toi, Dieu ». (Maïmonide, Heleq, p. 174. Cf. Is 64, 3).

 

© Rivtsion.org



21-10-2005 | Commentaires (0) | Public
voirAjoutez votre commentaire

Identification
Pseudo
 
Mot de passe

Mot de passe oublié ?
S'inscrire à ce site
Étudier
Calendrier
<< décembre 2018 >>
dim lun mar mer jeu ven sam
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31