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Annonces eschatologiques à caractère apocatastatique
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Apocatastase ; Qu’est-ce que l’apocatastase ? ; Le mystère de l’apocatastase ; Annonces eschatologiques à caractère apocatastatique ; Situations apocatastatiques dans le Nouveau Testament ; Paraboles à caractère apocatastatique: La vigne, le Christ et le Royaume ; Gestes et déclarations du Christ à caractère apocatastatique ; Modalités de l’accomplissement du dessein divin sur les Juifs et les chrétiens, à l’approche de la Fin des Temps ; etc.

 

Il convient de sonder les textes évangéliques eux-mêmes pour tenter d'y déceler des preuves de la notion, encore mystérieuse pour beaucoup, d’"apocatastase" *. Nous allons le voir, si le mot n’y est pas, la chose, elle, s'y trouve. Mais, avant même d'aborder ce difficile problème, il nous faut examiner quelques paroles du Christ, dont le caractère eschatologique ne fait pas le moindre doute et qui, si on ne peut pas les qualifier d'"apocatastatiques", n'en ont pas moins un caractère mystérieux qui les apparente à la notion que nous scrutons, car elles postulent, de par leur nature et leur forme mêmes, une "apocatastase" * à la fin des temps.

 

1) Après avoir solennellement proclamé sa messianité, lors de son procès devant le Sanhédrin, Jésus déclare :

"Dorénavant, vous verrez le Fils de l'Homme siéger à la droite de la puissance et venant sur les nuées du ciel." (Mt 26, 64).

On a souligné les deux termes-clé : "dorénavant" renvoie à un accomplissement ultime : la Parousie. "Vous verrez" précise que ce sera un événement terrestre que chacun pourra contempler de ses yeux, et non une constatation dans l'"autre monde", c'est-à-dire après la destruction de ce monde-ci. En fait, cette déclaration de Jésus renvoie clairement à la vision de Daniel :

Dn 7, 13-14 : "Je contemplais, dans les visions de la nuit ; voici, venant sur les nuées du ciel, comme un Fils d'Homme (...) A lui fut conféré empire, honneur et royauté, et tous peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire éternel qui ne passera point et son royaume ne sera pas détruit".

D'ailleurs, la réaction du Grand prêtre et du Sanhédrin ne laisse aucun doute sur le fait qu'ils ont bien compris l'allusion. C'est pourquoi ils l'accusent de "blasphème" et le condamnent à mort (Mt 26, 65-66).

Il faut bien comprendre ce qui est en jeu ici. Celui qui comparaît devant la plus haute instance religieuse du judaïsme, est considéré comme un homme ordinaire, sans instruction. Il n’appartient à aucune école rabbinique ; on ne lui connaît pas de maître reconnu. Il est difficile de le rattacher à la tradition des prophètes de l'ancien Israël, car son style et le contenu de sa prédication sont très différents de ceux de ces derniers. De surcroît, il a déjà émis des déclarations stupéfiantes et scandaleuses, allant jusqu'à s'identifier à Dieu Lui-même, réclamant, pour son enseignement, une autorité indiscutable, qui plaçait ses décisions au-dessus de celles de la tradition et du magistère religieux d’alors. Enfin, sa réinterprétation du passage de Daniel, en termes d'eschatologie (car les sanhédrites voyaient bien que, dans la situation actuelle, Jésus n'avait pas la possibilité de réaliser cet événement transcendant), postulait qu'il se prenait pour Dieu lui-même, puisqu'à Dieu seul appartient l'empire sur toute la terre (cf. Abdias, 21).

A vrai dire, les autorités juives étaient embarrassées. Dans un contexte moins passionnel, moins explosif, cet appel à Daniel eût donné lieu à de longues controverses et une partie de l'assemblée eût peut-être donné raison à Jésus (139). En effet, le Livre de Daniel ne faisait pas encore partie du Canon juif des Ecritures. Son contenu était tenu en haute suspicion par certains. De plus, la nature mystérieuse de ce "Fils d'Homme" aux prérogatives quasi-célestes et divines rendait la lecture littérale de ce texte (sans commentaires rabbiniques) dangereuse pour le commun des fidèles.

Ce n'est que plusieurs siècles après sa rédaction que le Livre de Daniel fut "interprété", c'est-à-dire allégorisé, et put trouver sa place dans la "Bible" juive. Mais, le texte évoqué par Jésus faisait incontestablement partie des textes messianiques, On lit, en effet, dans le Talmud (Traité Sanhédrin 98a) :

"Rabbi Alexandri a dit : Rabbi Josué Ben Lévi a relevé une contradiction entre deux textes : "Et voilà qu'au sein des nuages célestes survint quelqu'un qui ressemblait à un fils de l'homme" (Dn 7, 13) et : "humble, monté sur un âne" (Za 9, 9). Il faut comprendre : si on le mérite, le Messie viendra "au sein des nuages"; si on ne le mérite pas, [il viendra] "humble monté sur un âne".

Il est d'autant plus frappant que ce texte ait pu trouver place dans le Talmud, que les Juifs connaissaient bien l'insistance des chrétiens sur l'épisode "messianique" de l'entrée de Jésus à Jérusalem, sur un âne, et aux cris de la foule : "Hosannah au Fils de David" (Mt 21, 1-10). Quant à l'appellation de "Fils de l'homme", elle abonde dans le Nouveau Testament, au point qu'elle a frappé la génération de Jésus, comme en témoigne la question que lui pose la la foule : "Qui est ce Fils de l’homme ?" (Jn 12, 34).

La déclaration solennelle de Jésus, devant le Sanhédrin, a donc un caractère "apocatastatique", en ce sens qu'elle ne se reproduira en plénitude qu'à la faveur de "la restauration de tout ce que Dieu a dit par la bouche de ses saints Prophètes" (Ac 3, 21).

 

2) De même nature que la précédente est l'affirmation de Jésus :


"Vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : "Béni soit Celui qui vient dans le nom du Seigneur!" (Mt 23, 39).

Le parallèle, en Lc 13, 35, est encore plus frappant :

"Vous ne me verrez plus jusqu'à ce qu’arrive le jour où vous direz : "Béni soit Celui qui vient dans le nom du Seigneur!"

C'est donc bien d'un événement historique qu'il s'agit : un jour - "le jour de L’Éternel", dont parle l'Ecriture - (1), Les Juifs verront la Parousie et acclameront Jésus, comme leur Seigneur.

Pour cela, il est clair qu'il leur faut être rétablis, redevenus comme avant, ce qui est proprement une apocatastase *.

 

3) Autre annonce surprenante de Jésus, et qui n'a de sens que dans le cadre d'une reconstitution d’Israël "comme au commencement" :

"Dans la régénération (2), vous siégerez sur douze trônes, pour juger les douze tribus d'Israël" (Mt 19, 28).

Ce n'est que par suite d'une allégorisation croissante des Ecritures (pieusement baptisée "interprétation spirituelle") que beaucoup de Chrétiens et la grande majorité de leurs pasteurs en sont venus à "transcender" cet événement et à le transporter indûment au ciel. C'est ainsi, d'ailleurs, que la venue en gloire du Royaume de Dieu, dont les Juifs attendent l’avènement ici-bas, s’est vu assigner comme cadre, par les chrétiens, le "monde nouveau", c'est-à-dire, selon eux, celui de la résurrection, après la fin de ce monde-ci (3).

Ce contresens est tellement fréquent et si ancré, qu'il a fini par revêtir l'aspect d'un dogme et d'une vérité révélée. Or, une telle conception n'a aucun fondement scripturaire. Toute l'espérance messianique chrétienne est à revoir à la lumière de la juive et sur le fondement de l'Ecriture. En reportant "au ciel" l'établissement définitif du Royaume, on escamote l'espérance messianique juive, on dissout l'historicité de la venue sur la terre du Verbe en tant qu'homme, l'Incarnation de Dieu devient sans objet.

Mais revenons à la citation de Mt 19, 28. Elle a des parallèles :

En Lc 22, 30, la "régénération" ou "palingénésie", devient le "Royaume".

En Mc 10, 30, la rétribution promise aux Apôtres est double :

"…dès maintenant, en ce temps (grec : kairos), le centuple en maisons, frères, soeurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions et, dans le siècle (grec : aiôn, c'est-à-dire ère, époque) à venir, la vie éternelle".

Convenons qu'avec ce dernier passage, la confusion est possible entre "le siècle à venir" et l’au-delà, puisqu'il y est question de résurrection. Et, pense le Chrétien, la résurrection, c'est au ciel. Mais c'est là ignorance de l'Ecriture et de la dispensation du mystère de Dieu. En effet, en Dn 12, 2, il est écrit :

"Beaucoup de ceux qui dorment au pays de la poussière s'éveilleront..."

Beaucoup, mais pas tous. Ce que confirme d'ailleurs Ap 20, 4-5 :

"Puis je vis des trônes sur lesquels ils s'assirent et on leur remit le jugement (...) Ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. Les autres morts ne purent reprendre vie avant l'achèvement des mille années..."

Remarquons le parallèle extraordinaire : les trônes et le jugement (4) sont remis aux Saints du Très-Haut (cf. Dn 7, 27 et Ap 2, 26-27), à ceux qui ont suivi le Christ jusqu'au bout, en subissant Son destin.

Le Royaume est donc l'équivalent des temps messianiques. Il a bien lieu sur la terre.

Reste, bien entendu, la difficile question de ce qu'on a appelé "l'hérésie millénariste". Ce n'est pas le lieu d'en traiter ici (5). Retenons pourtant que c'est à cause des excès et des sectes issus d'une actualisation par trop fondamentaliste d’Ap 20, 4ss, que le Magistère de l'Eglise a estimé nécessaire, en son temps, de prendre des positions extrêmement restrictives à l’encontre de la conception d'un règne temporel du Christ, après la Parousie. Il est dommage que cette réaction autoritaire ait incité beaucoup de chrétiens à nier, purement et simplement, le règne futur du Christ sur terre et à renier cette Ecriture (Ap 20, 4ss) en l'allégorisant de manière forcenée, comme d'ailleurs l'Apocalypse entière et tout ce qui, dans l'Ecriture, n'est pas réductible à leurs conceptions rationnelles.

C'est eux que vise l'Ecriture lorsqu'elle dit, par la bouche de Job : "Avec vous mourra la sagesse" (Jb 12, 2). Il s'agit d'une "sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée" (1 Co 2, 7). Or, non contents d'être incapables d'entrer eux-mêmes dans cette connaissance dont ils ont ôté la clé, "ils empêchent les autres d'y entrer" (Lc 11, 52).

En conclusion, la citation examinée ici (Mt 19, 28) nous amène inéluctablement, par ses termes mêmes – palingénésie, douze trônes, douze tribus - à envisager une "apocatastase" * d'Israël, comme l'annoncent deux textes prophétiques :

Is 49, 6 : "C'est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et rétablir (ou ramener) les conservés d'Israël".

Si 48, 10 : "Toi (Elie) qui fus désigné dans des menaces futures, pour apaiser la colère avant qu'elle n'éclate, pour ramener les coeurs des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob".

Les termes et expressions mis en italiques appartiennent tous, on le voit, au vocabulaire de l’apocatastase *. Ils impliquent incontestablement une reconstitution d'Israël dans son état primitif. C'est dur à admettre, difficile à imaginer, mais c’est écrit et il faut y croire.

 

4) La dernière citation que nous examinerons dans le cadre de cette étude des "annonces eschatologiques à caractère apocatastatique" contenues dans le Nouveau Testament n’est, en fait, qu'un corollaire du cas précédent. Il s'agit de la question, apparemment insolite, des Apôtres à Jésus :

"Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restituer la royauté à Israël ?" (Ac 1, 6).

De fait et de prime abord, une telle demande apparaît comme surprenante dans le contexte où elle est formulée. Jésus est ressuscité. Les Apôtres croient – sans trop comprendre ce qu’il en est exactement – que leur Maître est investi d’un caractère divin. Certes, ils n'ont pas encore reçu l'Esprit Saint en plénitude, mais ils ont pu constater, à plusieurs reprises, que leur Maître accomplit, en sa personne, une partie des prophéties. Ce n'est donc certainement pas par étourderie ou par "esprit du monde" qu'ils interrogent ainsi Jésus. D'ailleurs, la réponse du Maître ne les rabroue pas (preuve qu'ils n'ont pas mal parlé), mais elle reporte la réalisation de cette espérance à un avenir dont le Père s'est réservé le secret.

Le verbe utilisé (apokathistanai) est caractéristique du vocabulaire de l’apocatastase *. Il figure en Mt 17, 11 et Mc 9, 12, pour le retour d’Elie, qui viendra tout reconstituer (ou rétablir, ou remettre en état). Théodotion * l'emploie également dans sa traduction du passage d'Is 1, 26 :

"Je rétablirai (ou restituerai) tes juges comme au début". (6)

Le rétablissement des tribus impliquait donc comme allant de soi la reconstitution de la Maison de David, comme l'annonçaient, d'ailleurs, les prophètes, et entre autres, Michée et Amos :

Mi 4, 8 : "Et toi, Tour du troupeau, Ophel de la Fille de Sion, à toi va venir la souveraineté première, la royauté pour la Fille de Jérusalem." 

Mi 5, 1ss : "Et toi, Bethléem, Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui régnera sur Israël; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui enfante. Alors, le reste de ses frères reviendra aux enfants d'Israël. Il se dressera, il fera paître son troupeau par la majesté du nom de son Dieu (7). Ils s'établiront, car alors, il sera grand jusqu'aux extrémités de la terre".

Am 9, 11ss : "En ces jours-là, je relèverai la hutte branlante de David, je réparerai ses brèches, je relèverai ses ruines, je la rebâtirai comme aux jours d'antan (...) Je rétablirai mon peuple, Israël. Ils rebâtiront les villes dévastées et les habiteront (...) Je les planterai sur leur terre et ils ne seront plus arrachés de dessus la terre que je leur ai donnée..."

Pour la tradition chrétienne dans son ensemble, ces textes se sont accomplis en Jésus, qui a reconstitué la Maison de David, est devenu lui-même le Fils de David, et reviendra pour prendre possession de Son Royaume. D'autant que l'Evangile (Mt 2, 6) applique clairement la prophétie de Michée à la naissance obscure de Jésus dans une grotte des environs de Bethléem.

Et pourtant, nous allons le voir une fois de plus, il s'agit là d'une situation à caractère "apocatastatique", dont le contenu n'a pas encore réalisé toutes ses potentialités. On le constate, tout d’abord, par le contexte vétéro-testamentaire. Tant chez Michée que chez Amos, la reconstitution de la Maison de David est concomitante de la reconstitution et du rétablissement d'Israël sur sa terre, ce qui n'a pas été le cas au temps de Jésus.

De plus, "celle qui enfante" n'est pas forcément une vraie femme. On le voit clairement par Is 66, 7, cité ici d'après l'hébreu, car toutes les traductions modernes sont insatisfaisantes :

"Alors qu’elle n'avait pas encore (8) eu d'enfant, elle a enfanté, alors qu'elle n'avait pas encore eu les douleurs, elle a accouché d'un mâle. Qui a jamais entendu rien de tel ? Qui a jamais vu chose pareille ? Peut-on mettre au monde un pays en un jour ? Enfante-t-on une nation en une fois ? Et voici que Sion a enfanté et mis au monde ses fils."

Ce passage fait écho à cet autre, du même Isaïe :

Is 49, 20 : "Ils diront de nouveau à tes oreilles les fils de ton veuvage : l'endroit est trop étroit pour moi, fais-moi une place pour que je m'installe. Et tu diras dans ton coeur : "Qui m'a enfanté ceux-ci ? J’étais privée d'enfants et stérile, exilée et répudiée, et ceux-ci, qui les a élevés ? Pendant que moi, j'étais laissée seule, ceux-ci, où étaient-ils ?"

Et Osée 3, 4ss, dit de même :

"Car, pendant de longs jours, les enfants d'Israël resteront sans roi et sans chef, sans sacrifice et sans stèle, sans éphod et sans téraphim. Ensuite, les enfants d'Israël reviendront. Ils rechercheront L’Éternel, leur Dieu et David, leur roi, ils accourront en tremblant vers L’Éternel et vers ses biens à la fin des jours." (9)

Enfin, en Za 12-13, on nous parle de la Maison de David, dans un contexte mystérieux, mais incontestablement eschatologique, puisqu'il s'agit de la montée de toutes les nations contre Jérusalem.

Il est donc clair que la question des disciples à Jésus, concernant le rétablissement de la royauté davidique s’appuyait sur une solide tradition prophétique que Jésus entérine.

Pourtant, il faut s'arrêter un instant à une difficulté qui semble découler de la révélation néo-testamentaire. Elle concerne la messianité de Jésus.

Que Jésus soit né dans la Maison de David, l'Evangile l'affirme sans ambages (Lc 1, 69). Pourtant, il est symptomatique que, si le Nouveau Testament et la tradition apostolique font usage du titre "Fils de David" et d'autres apparentés, pour caractériser la messianité de Jésus (10), ce dernier, au contraire, semble s'en distancier, comme nous le voyons en Mt 22, 41ss :

"Comme les Pharisiens se trouvaient réunis, Jésus leur posa cette question : 'Quelle est votre opinion au sujet du Christ ? De qui est-il le fils ?' Ils lui disent : 'De David'. 'Comment donc, dit-il, David, parlant sous l'inspiration, l'appelle-t-il Seigneur, quand il dit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite, jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis sous tes pieds ». Si donc, David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils ?' Nul ne fut capable de lui répondre un mot. Et, à partir de ce jour, personne n'osa plus l'interroger."

La réponse du Chrétien à une telle aporie sera aisée. Il dira que Jésus a voulu exprimer par là le mystère de sa double nature, à la fois divine et humaine. Par la chair, il est fils de David, puisque né dans une famille de la lignée de David, tandis qu'il est Dieu par sa nature divine.

Il n'en reste pas moins qu'en levant ainsi un coin du voile sur Son être mystérieux, Jésus laisse la porte ouverte à l'espérance messianique juive traditionnelle, laquelle s’appuie, d’ailleurs, sur les Ecritures et spécialement sur les prophètes, et qui attend un "prince" (nasi) (11), ainsi que l'atteste ce passage du Talmud (Sanhédrin 98b) :

"Rabbi Juda a dit, au nom de Rav: le Saint, béni soit-il, suscitera pour Israël un autre David, car il est dit : 'Ils serviront l’éternel, leur Dieu, et David, leur roi, que je placerai à leur tête' (Jr 30, 9). Il n'est pas dit : 'J'ai placé', mais 'je placerai'. Rabbi Pappa a fait remarquer à Abaye : Il est écrit pourtant : 'David, mon serviteur, sera leur prince pour toujours' (cf. Ez 37, 25). (Réponse d’Abaye) : il y a bien aujourd'hui un empereur et un vice-empereur".

Le dilemme de ces rabbins est le suivant : d'après Jérémie, Dieu annonce, pour l’avenir, que David régnera. Ce ne peut donc être qu'un autre David, puisque le véritable David est mort depuis longtemps (12). Pourtant, il existe une autre prophétie qui semble dire tout le contraire, puisqu'elle affirme que David régnera pour toujours. Or, on le sait, pour la tradition juive, la Parole de Dieu ne saurait se contredire. Il faut donc absolument trouver une solution à cette aporie insupportable C'est ce que fait Abaye, en fondant son exégèse sur une particularité du texte d'Ezéchiel, où David est appelé Prince (nasi) et non plus roi. Il suppose donc qu'aux temps messianiques, il y aura un roi : David, et un vice-roi : le Prince.

Quelle que soit la valeur intrinsèque de ce midrash, convenons qu'il ouvre des horizons insoupçonnés. En effet, pour la tradition chrétienne, le Verbe de Dieu, en s'incarnant, est devenu le nouveau David, qui régnera éternellement sur le Peuple de Dieu. Et puisque, lors de Sa Parousie, Il prendra possession de Son règne et régira toutes les nations, pourquoi n'aurait-il pas un second, un Prince juif ? L'existence de ce Prince eschatologique est, d'ailleurs, clairement annoncée par Ezéchiel, qui n'utilise jamais le terme "Messie", dans les chapitres 45 et 46, consacrés à la description du pays et du culte, aux temps messianiques. De plus, ce Prince ne peut être qu'un homme, puisque, entre autres obligations cultuelles, "il offrira pour lui-même et pour tout le peuple du pays un taureau en sacrifice pour le péché" (Ez 45, 22).

Or, on l'a vu, ce Prince est appelé "mon serviteur David" (Ez 34, 24). Et, de ce même David, il est dit : "Il régnera sur eux" (Ez 37, 24).

Mais il y a plus. Jérémie nous précise :

"Son chef sera issu de lui, son souverain sortira du milieu de lui. Je lui donnerai audience et il s'approchera de moi; qui donc, en effet, aurait l'audace de s’approcher de moi? Oracle de L’Éternel." (Jr 30, 21) (13)

Tandis qu’Ezéchiel nous précise :

"Le Prince s’assiéra (dans le porche oriental) pour y prendre son repas en présence de L’Éternel." (Ez 44, 3).

Enfin, pour qu'il ne subsiste plus de doute sur la possibilité d'un roi humain pour les Juifs aux temps eschatologiques, Zacharie nous apprend qu'à cette époque, la Maison de David sera reconstituée (Za 12), ainsi, d'ailleurs, que les deux familles d'Israël - la Maison de Joseph (ancien Royaume du Nord) et celle de Juda (Za 10, 6). Le passage-clé concernant cet événement mystérieux n'est pas très clair pour nous, aujourd'hui, mais l'Esprit Saint nous le fera bien comprendre un jour.

Za 12, 7 : "L’Éternel sauvera d’abord les tentes de Juda, pour que la gloire de la Maison de David et celle de l'habitant de Jérusalem ne s'élève pas au-dessus de Juda. En ce jour-là L’Éternel protégera l’habitant de Jérusalem, celui d'entre eux qui chancelle sera comme David, en ce jour-là, comme l'Ange de L’Éternel devant eux".

Cette analyse de la quatrième et dernière citation examinée dans le cadre des "annonces eschatologiques à caractère apocatastatique" (Ac 1, 6) (146) nous a menés loin. Elle aura au moins permis de réaliser combien était fondée la question des Apôtres à Jésus ressuscité :

"Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restituer la royauté à Israël?"

Et plaise à Dieu que, lorsque la chose se produira et que surgira, du milieu du peuple juif, un homme que certains d'entre eux appelleront le Messie, ou Fils de David, nous n'allions pas crier à l'Antichrist et monter contre ce peuple et contre son oint en une immense et sacrilège croisade !

 

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(1) Nombreuses références et, entre autres : Is 2, 12; Jr 30, 7; Jl 1, 15, etc.; Am 5, 18ss; Abd 15; So 1, 7, etc.; Za 3, 17ss.

(2) Il s'agit de la "palingénésie".

(3) La confusion est telle entre "fin du monde" et "fin des temps", qu’il faudrait y consacrer un exposé spécial. En attendant, Précisons que l'expression juive "le monde à venir" (en hébreu : ha-‘olam haba') ne veut pas dire "le ciel", mais "le siècle qui vient", c'est-à-dire l'époque messianique. D'ailleurs, le grec néotestamentaire, lui-même, distingue le monde matériel, kosmos, du monde-époque, pour lequel il utilise le terme aiôn (= éon).

(4) Voir Is 1, 26 qu'il faut traduire : "Je rétablirai tes juges, comme au début".

(5) J’y reviendrai en son lieu. En attendant, il sera fructueux de lire, en version française, le petit ouvrage de C. Rykie et H. Payne, Le Millénaire. Image au Réalité ? Ed. La Maison de la Bible Genève-Paris, Editions Promesse, Bienne.

(6) Et non comme traduit la Bible de Jérusalem : "Je rendrai tes juges tels que jadis". A ce propos, il est intéressant de rapprocher cette prophétie de la promesse du Christ à ses Apôtres : "Vous siégerez sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël." (Mt 19, 28), laquelle illumine, de manière fulgurante, ce texte mystérieux de Ps 122, 5 : "Car là (à Jérusalem) sont les sièges du jugement, les sièges de la maison de David".

(7) N'est-ce pas là une preuve supplémentaire de la nature humaine ordinaire de ce Bethléémite qui gouverne son peuple "par la majesté du nom de son Dieu", et non comme le Seigneur de ce peuple, qu'est le Christ Jésus ?

(8) La locution hébraïque sous-jacente est beterem, que la Septante rend, hélas! par prin qui signifie généralement ‘avant que"; alors qu'elle traduit correctement par oudepô (pas encore) la même locution en Ex 9, 30 : "Quant à toi (Pharaon) et à tes serviteurs, je savais que vous ne craindriez pas encore Dieu". Il ne s'agit donc pas, en Is 66, 7, d'une femme qui enfante avant d'avoir eu les douleurs, ce qui serait, proprement, une naissance virginale. Sinon Luc n'eût pas hésité à voir, dans cette Ecriture, une prophétie de la conception virginale de Marie. La Bible de Jérusalem nous surprend encore davantage quand elle voit, dans ce passage, une prophétie de la Femme dans le Soleil d’Ap 12, 5, alors que cette dernière enfante précisément dans la douleur. Il est clair qu'elle a cité ce parallèle à cause de la mention de l'enfant mâle, mais, une fois encore, c'est là de l'exégèse et non l'utilisation d'une application, faite par le Nouveau Testament lui-même, d'une prophétie vétérotestamentaire, car il n'est pas du tout sûr qu’Ap 12 ,7 évoquait Is 66, 7 en parlant du mâle enfanté par la Femme.

(9) L'expression beaHarit hayamim veut dire littéralement "dans l’après des jours"; elle connote un temps qui est au-delà du temps ordinaire de l’histoire. C'est l'époque messianique.

(10) Voir, entre autres : Mt 9, 27; 12, 23; 15, 22; 20, 30-31; 21,9; Lc 1, 32; Jn 7, 42; Rm 1, 3 ; 2 Tt 2, 8; Ap 5, 5; 22, 16.

(11) Nasi, prince, et non mashiah, qui veut dire proprement : "oint", "Messie".

(12) Cf. Ac 2, 29 ss.

(13) Cf. Za 3, 7.

 

© Rivtsion 



22-10-2005 | Commentaires (0) | Public
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