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Patrimoine commun aux Juifs et aux Chrétiens

ou hérésie millénariste ?" (4)

 

Typologie eschatologique d'Elie, le précurseur, et son accomplissement historique en Jean, le Baptiste, d'après les Synoptiques et l'Ancien Testament.

 

Arrière-plan scripturaire :        

 

Il ne fait aucun doute que les rédacteurs des Synoptiques ont vu, dans Jean, le Baptiste, le précurseur du Messie, l'Elie qui devait revenir, pour préparer les voies du Seigneur. Ceci, pour des Chrétiens, apparaîtra comme un truisme; mais les choses n'ont pas toujours semblé aussi simples à la primitive Eglise, ni aux Pères de l'Eglise (Grecs surtout). En fait, et de prime abord, cette typologie ne paraît pas faire de doute, puisque Jésus lui-même affirme - sans ambages, semble-t-il - que Jean, le Baptiste EST Elie (288). Nous reviendrons sur la vraisemblance éventuelle de cette affirmation, ultérieurement. Pour l'instant, nous nous pencherons sur les textes bibliques qui étaient incontestablement, à l'arrière-plan d'une telle conception.   

 

Et tout d'abord, il importe de souligner que l'Ecriture est fort discrète sur le retour d’Elie. Dans la Bible canonique, nous ne trouvons rien de plus que ces paroles de Ml 3, 22-24 : "Rappelez-vous la Loi de Moïse, mon serviteur, à qui j’ai prescrit, à l'Horeb, pour tout Israël, des lois et des coutumes. Voici que je vais vous envoyer Elie le prophète, avant que n 'arrive le jour de L’ETERNEL, grand et redoutable. Il ramènera le coeur des pères vers leurs fils et le coeur des fils vers leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d'anathème".

 

Hors du canon juif, nous trouvons un texte très important. Il s'agit de Ben Sira (Ecclésiastique), 48, 1-11, qui constitue un rappel des principales actions prophétiques d'Elie, couronné par cette affirmation péremptoire de son retour eschatologique : "Toi qui fus désigné, dans les menaces futures, pour apaiser la colère avant qu'elle n'éclate, pour ramener le coeur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob. Bienheureux ceux qui te verront (...)" (ibid. v. 10-11).

 

Il semble bien que ce soit surtout ce texte, plus que Malachie 3, 23-24, qui a influencé la rédaction des péricopes, concernant le rôle eschatologique d'Elie= Jean, le Baptiste, dans les Synoptiques. En effet, il contient deux éléments qui sont absents du texte de Malachie : "apaisement de la colère" et "rétablissement des tribus de Jacob"; de plus, seule la première partie de la phrase de Malachie est retenue : "pour ramener le cœur des pères vers les fils" (et non pas : "et le coeur des fils vers les pères") (289). Or, il se trouve que ces trois éléments réapparaissent, dans les Synoptiques, presque sous la même forme, à savoir :

 

1) la suppression du retour des fils vers les pères (Lc 1, 17);

2) l'apaisement de la colère, qui semble trouver un certain parallèle dans les paroles de Jean, le Baptiste aux Pharisiens et aux Sadducéens venus recevoir son baptême : "engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la colère prochaine?" (Mt 3, 7) Certes, l'assimilation du Jour du Seigneur avec un jour de colère, est classique (Joël 2; So 1, etc.); mais, ce qui l'est moins, c'est la perspective de pouvoir la faire cesser (kopasai); et, si le mot employé par Matthieu est différent (phugein), il n'en reste pas moins que l'idée est proche et semble provenir de notre texte;

3) quant au troisième élément, il est beaucoup plus important, dans la perspective comparative qui est la nôtre, ici : il s'agit du rétablissement des tribus de Jacob et son corollaire : l'apocatastase * (Apokatastasis).

 

La notion d’Apocatastase * :

 

Le terme apokatastasis a été étudié plus haut, je n'y reviendrai donc pas. Rappelons qu'il ne se trouve qu'une fois dans le Nouveau Testament, et pas du tout, dans la Septante; par contre, le verbe apokathistanai est largement attesté dans les deux Testaments.

 

Le sens de ce verbe grec est : 'remettre en état’, ou, plus exactement, 'ramener une chose ou un événement à son état primitif’, 'restituer’,’rétablir comme auparavant'.

 

Une lecture attentive du Nouveau Testament - et spécialement des Evangiles et des Actes - révèle clairement une attente, non seulement messianique, mais politique, dans le peuple, et même une quasi-certitude que les "temps sont accomplis". Selon leur habitude, les dirigeants spirituels du peuple examinent les "signes du Messie", c'est-à-dire qu'ils vérifient, si les prétentions de tel ou tel candidat à la mission charismatique, correspondent à la teneur des textes sacrés, unanimement reconnus comme devant attester la véridicité de la mission de celui qui les accomplit.

 

C'est donc ainsi qu'on agit, à l'égard des deux personnages thaumaturgiques d'alors, que sont Jean, le Baptiste, d'abord, Jésus, ensuite. A Jean, le Baptiste sont posées trois questions qui, semble-t-il, étaient traditionnelles : "Es-tu Elie?" et il dit : "Je ne le suis pas". - "Es-tu le prophète?", et il répondit : "Non.".(Jn 1,19-28), et les Juifs de s'étonner, puisqu’il avait, l’instant d'avant, nié être le Messie (Jn 1,20). "Ils lui dirent alors:Qui es-tu ? Que nous donnions, une réponse à ceux qui nous ont envoyés?" (ibid. v.22). Comme il ressort du texte, avec évidence, ces gens avaient été envoyés en délégation, auprès de Jean, le Baptiste, "de Jérusalem, par des prêtres et des lévites" (ibid. v.19). Tout ceci nous confirme dans l'impression à laquelle il a été fait allusion plus haut, à savoir: qu’il y avait une espèce de ‘portrait-type’ du Messie et de ses acolytes. En effet, comme il ressort du texte ici cité, mais également de certains courants de la Tradition juive, et encore d'une partie de la Tradition chrétienne postérieure, on attendait, comme précurseurs du Messie, d'autres personnages, dont surtout Elie, mais aussi un autre prophète (Jérémie par exemple), ou Hénoch, voire Moïse lui-même! L'Apocalypse, pour sa part, nous parle des "deux témoins" (Ap 11, 3), il s'agit d'une allusion à Zacharie 4, 3 et 11-14, où les deux ‘oliviers’ (littéralement : fils de l'huile) (290) personnifient Josué et Zerubabel qui représentent respectivement le Sacerdoce et la Royauté (291) (Zerubabel est de la Maison de David). Ce n'est pas ici le lieu de nous attarder sur ce passage obscur de l'Apocalypse, il n'a été évoqué que pour illustrer jusqu'à quel point l'attente de personnages eschatologiques précédant le Messie, était traditionnelle et indiscutée, quoique d'origine obscure.

 

Nous revenons donc au sujet de ce chapitre, qui est l'apocatastase *. De fait, Jésus lui-même assigne à Elie un rôle 'apocatastatique', dans deux textes parallèles des Synoptiques :

 

Mt 17, 10-13 : "Les disciples lui posèrent alors cette question : 'Que disent donc les scribes, qu'Elie doit venir d'abord ?’ Il répondit : 'Oui, Elie doit venir et tout remettre en ordre" ( apokatastèsei panta)..."

 

Mc 9, 11-13 : "Ils lui posèrent cette question : 'Pourquoi les scribes disent-ils qu'Elie doit venir d'abord?' Il leur dit : 'Oui, Elie doit venir d'abord et tout remettre en ordre ' (apokathistanai panta)..."

 

Sans nous attarder, pour l'instant, à la solution donnée par Jésus, à la difficulté incontestable, soulevée par la question de ses disciples (nous y reviendrons plus loin), nous pouvons déjà constater que le Christ se situe nettement dans la ligne traditionnelle du Judaïsme, concernant le rôle d'Elie, comme le prouveront suffisamment ces quelques textes de la Tradition orale, relatifs aux thèmes suivants :

 

- Pas de conversion avant le retour d'Elie :

 

"(Israël) ne se convertit pas avant que ne vienne Elie, comme il est dit : Voici que je vous envoie Elie le prophète..." (292)

 

- Retour eschatologique d'Elie et de Moïse :  

 

"Le Saint, béni soit-il, dit à Moïse :"Par ta vie, de même que tu t’es totalement consacré à eux (à Israël) dans ce monde-ci, dans le monde à venir également, quand je leur enverrai Elie, d’heureuse mémoire, vous viendrez tous les deux en même temps, ainsi qu’il est écrit :’ L’ETERNEL vient dans la tempête et dans l’ouragan' " (Na 1, 3). La tempête (sufa), c'est Moïse, comme il est écrit : "Et elle le déposa dans une corbeille de joncs (suf) sur la rive du fleuve" (Ex 2, 3). Et ‘dans l’ouragan (s’arah)’, c’est Elie, comme il est écrit : "Et Elie monta aux cieux dans l'ouragan" (1R 2, 11). A cette époque, il viendra et vous réconfortera, comme il est dit : ‘Voici que je vous envoie Elie le prophète... et il ramènera le coeur des pères vers les fils' " ( Ml 3, 23) (293).

 

- Elie et les douze tribus

 

Lorsque Elie vit le mérite des tribus - en effet ce n'est que grâce au mérite des tribus qu'Israël avait bénéficié de l'érection du Temple -, comme il venait au Mont Carmel pour amener Israël sous les ailes de la Shekkina (la Sainte présence de Dieu), il prit douze pierres, selon le nombre des tribus, et en bâtit un autel, comme il est dit : "Et Elie prit les douze pierres" (1R 18, 31). (294)

 

"Et El-Shadddaï vous fera trouver grâce aux yeux de l'homme (Joseph), et il renverra l'autre (Siméon) avec vos frères et Benjamin" (Gn 43, 13). "Et El-Shaddaï parlant d’Israël et de leur exil, leur fera miséricorde et leur fera trouver grâce devant tous ceux qui les retiennent captifs et il les libérera (ainsi qu'il est écrit):‘Voici que je vous envoie' (Ml 3, 23), avec vos frères qui se trouvent prés du fleuve Sambatyon." (295)

 

Il est intéressant de noter l'association étrange, ci-dessus, entre la prophétie de Malachie et celle de Jacob : à en croire ce midrash, les 'fils' dont il est question en Malachie deviennent des frères ennemis, c'est-à-dire les dix tribus du Nord qui firent sécession et dont l'ancêtre éponyme est Joseph. Et, afin qu'il n'y ait pas de doute sur ce point, citons encore le midrash de Bereshit Rabba qui semble être la source de ce passage du Tanhuma : "Je vous enverrai vos frères" (Gn 43, 13) Ce sont les dix tribus". (296)

 

Au terme de cette brève enquête, ressortent clairement quelques éléments dont les principaux sont les suivants :     

 

1. L'attente d'un retour eschatologique d'Elie, accompagné ou précédé d'autres figures prophétiques, était vivante et vivace du temps de Jésus.

 

2. Pour des raisons qui nous échappent encore, la communauté chrétienne primitive a voulu voir, dans Jean, le Baptiste, l'Elie qui devait venir; mais il ne semble pas qu'il faille parler d'une relecture postérieure, ni d'un réajustement exégétique subtil, destiné à plaquer artificiellement, sur la personne et l'action historique du précurseur, la personnalité REELLE d’Elie.

 

3. Toutefois, certains passages du Nouveau Testament font problème, comme nous le verrons, surtout dans le chapitre suivant, qui traitera des contradictions et obscurités du thème de Jean, le Baptiste = Elie, dans les Synoptiques; mais, d'ores et déjà, il convient de citer quelques passages néo-testamentaires étranges - à tout le moins, dans une perspective chrétienne actuelle - où se reflète la foi de Jésus et de ses apôtres, en deux événements messianiques, ou - si l'on préfère deux aspects eschatologiques des temps Messianiques, à savoir : le RETABLISSEMENT DU ROYAUME D'ISRAEL et ce qui le conditionne; le RASSEMBLEMENT DES DOUZE TRIBUS. "Alors, prenant la parole, Pierre lui dit : 'Eh! bien, nous, nous avons tout quitté et nous t'avons suivi quelle sera donc notre part?' Jésus leur dit : 'En vérité, je vous le dis, à vous qui m'avez suivi : dans la régénération, quand le Fils de l'Homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez, vous aussi, sur douze trône, pour juger les douze tribus d'Israël’. " (Mt 19, 27-28)

"Ils étaient réunis et le questionnaient : 'Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restaurer la royauté en Israël?' Il leur répondit : 'Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité’..." (Ac 1, 6-7)  

(Paroles de Paul devant le roi Agrippa) : "Maintenant encore, si je suis mis en, jugement, c’est à cause de mon espérance en la promesse faite par Dieu à nos pères et dont nos douze tribus, dans le culte qu'elles rendent à Dieu avec persévérance, nuit et jour, espèrent atteindre l'accomplissement. C'est pour cette espérance, ô roi, que je suis mis en accusation!..." (Ac 26, 6-7) (297)

"Jacques (...) aux douze tribus de la dispersion, salut!" (Jc 1, 1)

 "(La cité sainte, Jérusalem, qui descend du ciel, de chez Dieu) est munie d'un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes, près desquelles il y a douze anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des enfants d'Israël (...)" (Ap 21, 12)       

 

4. L'Evangile de Luc nous présente, sans ambages, Jean, le Baptiste, comme investi du rôle et de la puissance d’Elie et agissant en précurseur du Messie : "Mais l'ange lui dit : 'Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée, ta femme Elisabeth t'enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jean. Tu auras joie et allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur; il ne boira ni vin, ni boisson forte; il sera rempli d'Esprit Saint dès le sein de sa mère et ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant lui avec l'esprit et la puissance d'Elie, pour ramener le coeur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé’ ". (Lc 1, 11-17).

"Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut, par la rémission de ses péchés..." (Lc 1, 76-77).

 

© Rivtsion.org



22-10-2005 | Commentaires (0) | Public
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