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6. Synthèse et conclusion
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Dans les analyses qui ont précédé, nous nous sommes attaché à passer au crible toutes les allusions des Evangiles, à une identité possible : Jean, le Baptiste = Elie. Il est ressorti de cet examen, à tout le moins, une certitude négative : on ne saurait raisonnablement prêter, à cette typologie étrange, un caractère rédactionnel orienté. En d'autres termes, si elle poursuivait un but apologétique visant à trouver, à tout prix, à son Messie-Jésus souffrant et mourant, un Elie = Jean, le Baptiste, voué au même sort, il n'est pas concevable que la première communauté chrétienne ait pu commettre une si grande erreur, que celle qui consiste à laisser se côtoyer de telles contradictions, de telles obscurités, à propos d'une Tradition si importante pour authentifier le rôle et le caractère messianique de Jésus.

 

Comme nous l'avons dit plus haut, il faut bien admettre que ces rédactions malhabiles ou contradictoires (selon qu'on voudra les qualifier de telle ou telle façon), semblent bien témoigner en faveur d'une transmission fidèle de paroles, ou - à tout le moins - de diverses conceptions, concernant l'identité mystérieuse : Jean, le Baptiste = Elie.

 

Comme dit plus haut, force nous est bien d'adopter le qualificatif de 'mystérieux', pour caractériser une telle identification. En effet, elle pose bien des problèmes, et, si nous avons, à plusieurs reprises, employé le terme de ‘typologique' pour la qualifier, ce n'est là qu'une approche sémantique malhabile, faute de vocabulaire adéquat. Il faudrait créer une expression particulière, voire un néologisme, pour caractériser une telle typologie où ce n'est plus le passé qui est type et figure de l'avenir, mais le présent qui réalise historiquement une prophétie, sans en épuiser les possibilités typologiques, mais en en laissant, au contraire, l'accomplissement plénier, comme suspendu dans un avenir eschatologique. J'ai forgé les expressions "accomplissement apocatastatique" et "pléromatique", faute de mieux. De fait, nous avons la situation bizarre que voici : Jean, le Baptiste est le type de la venue eschatologique d'un prophète qui l'a précédé et qui reviendra, mais, comme il réalise, dans une certaine mesure et par avance, ce que ce prophète (Elie) réalisera en plénitude à la Fin des temps, Jean, le Baptiste devient, lui-même, le type de cet Elie passé et à venir!...

 

Et, à ce stade, une analogie s'impose avec beaucoup de force : N'EST-CE PAS, A PEU DE CHOSES PRES, LE CAS DE JESUS ? En effet, ce dernier prétend accomplir les promesses concernant le Messie typologique : David, qui l'a incontestablement précédé dans le temps, tout en étant lui-même (Jésus), le type de soi-même, en tant que Fils de l'Homme glorifié qui reviendra sur les nuées du ciel!...

 

Certes, il ne faudrait pas trop presser les ressemblances, car, au regard de la foi chrétienne, les différences de nature et de fonctions, entre les deux personnages, sont énormes. Pour le Chrétien, Jésus est l'incarnation du Verbe éternel du Père et son accomplissement du destin messianique, typologisé par David, est total et parfait, son retour (ou sa 'venue') dans la gloire n'étant, somme toute, que le point d'orgue final, au terme d'un chef-d'oeuvre déjà accompli, dans le mystère de l'échec apparent de sa mort, transformée en victoire éternelle, par une résurrection, considérée comme le dogme essentiel de la foi chrétienne. Toutefois, notre but, ici, n'est point la théologie de l'Eglise, mais l'analyse historico-littéraire d'une conception religieuse, née dans le coeur d'un adepte fervent du Judaïsme, d'où est issue une religion-fille profondément différente, dans son expression concrète historique, de la religion-mère, qui n'y voit, tout au plus, qu'un fruit bâtard scandaleux que l'on renie farouchement.     

 

Il convient donc, sans vouloir outrepasser le cadre et le but de cet exposé, ainsi que nos limites propres, de chercher à discerner sur quel terreau a bien pu germer une si étrange conception, ou, plus exactement, ce qui a bien pu motiver un Juif pieux et mystique, à lire sa propre histoire humaine et celle de son cousin Jean, à la lumière incompréhensible d'une typologie inouïe et - il faut bien l'avouer - scandaleusement inacceptable, pour son temps et sa Tradition religieuse.         

 

Incontestablement, Jésus s'est cru le Messie attendu par Israël; mieux, il s'est considéré comme né de Dieu, tout en étant issu du sein d'une femme juive. De la même manière, il a vu, dans les événements qui le concernaient, la réalisation, en germe, de l'eschatologie apocalyptique, qu'il plaçait à la fin de l’histoire. Par conséquent, dans ce contexte, il était 'logique’ que, non seulement les événements marquants de son existence fussent réinterprétés, par lui, sous un aspect prophético-typologique, mais également certains personnages liés à son destin, comme, par exemple, les douze Apôtres, préfigurant les chefs des douze tribus (qu'Elie doit justement rétablir à la Fin des temps!...) et, bien entendu, Jean, le Baptiste, qui accomplit si merveilleusement, dans le mystère, la prophétie étrange d’Isaïe, 40 ,3-5 : "Une voix crie : Préparez dans le désert une route pour L’ETERNEL (...) alors la gloire de L’ETERNEL se révélera et toute chair la verra..."

 

Il semble bien que Jésus, dans la conscience qu'il avait de sa messianité et de sa divinité, se soit considéré comme désigné, de façon nette, dans ce texte d'Isaïe. A lui, le Verbe, convenait parfaitement le titre de 'gloire de L’ETERNEL’, et c'était bien lui, en vérité, que 'toute chair avait vu'. Cette typologie avait, de plus, l'énorme avantage de son ambiguïté: cette 'gloire de L’ETERNEL, il n'était pas dit qu'elle dût se manifester de façon éclatante!... Le texte convenait donc à un Messie inconnu, humblement manifesté dans la chair, tout en gardant, à l'état potentiel, sa puissance apocalyptico-eschatologique, qui prendrait sa pleine dimension, lors de la Consommation des Siècles, lorsque enfin manifesté dans la gloire, le Fils de l'Homme reviendrait, "sur les nuées du ciel". Dans ces conditions, Jean, le Baptiste tenait à merveille le rôle de cette ‘voix' qui invite à frayer la voie à Dieu. Il N'ETAIT PAS ELIE, mais il en avait la voix et l'Esprit; en outre, typologiquement, il pouvait être qualifié d'Elie, car, dans des circonstances analogues et en plénitude, à la Fin des temps, ce dernier viendrait accomplir, à l'échelle universelle, ce qu'il avait lui-même, jadis, réalisé, en germe, sur le Mont Carmel, et ce que Jean, le Baptiste était venu préfigurer, de son rôle eschatologique de Tishbite : "préparer au Seigneur un peuple bien disposé". (308)     

 

de cette conception du rôle de Jean, le Baptiste, telle que la proclame Jésus, on peut distinguer, grosso modo, deux courants: l'un se réclame de la prophétie de Malachie 3, et c'est celui des trois Synoptiques (Mt 11, 7-15; 17, 10-13; Mc 9, 11-13; Lc 1, 15-17); l'autre courant se reflète dans l'Evangile de Jean. Comme nous l'avons remarqué plus haut (309), le texte (mis dans la bouche de Jean, le Baptiste lui-même) sur lequel s'appuie l’Evangéliste, pour caractériser la mission de précurseur du Baptiste, est Isaïe 40, 3, où il n'est pas question d'Elie. (310)

 

On conclura en constatant que ce fait remarquable d'une double tradition exégétique chrétienne, à propos du précurseur du Messie (l'une voyant en lui le type de l'Elie eschatologique, l'autre, celui du hérault anonyme, la "voix qui crie", venant préparer les voies de Dieu, par un appel à la conversion de son peuple), témoigne de la vitalité de cette croyance, trop vite qualifiée de 'populaire' par certains critiques. Cette dualité de traditions, loin de constituer une contradiction insurmontable, prouve, au contraire, par un argument a contrario péremptoire, que ce thème d'Elie = Jean, le Baptiste, n'a aucun caractère apologético-rédactionnel. Et la dénégation énergique du précurseur lui-même : "Je ne suis pas Elie", fidèlement rapportée dans l'Evangile de Jean, laisse complet le mystère de l'eschatologie que trop de commentateurs chrétiens, tant anciens que modernes, ont voulu voir totalement REALISEE, du vivant de Jésus, alors que les textes eux-mêmes, dans leur obscurité et leurs contradictions apparentes, nous invitent à la considérer comme en marche vers son accomplissement final historique lors du plèrôma tôn kairôn ("la plénitude des temps"), dont a parlé Jésus lui-même. (311)

 

© Rivtsion.org



22-10-2005 | Commentaires (1) | Public
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