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La fin du temps des nations a-t-elle eu lieu en juin 1967 ?
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Mars 2005

Depuis deux ou trois dcennies, circule, dans un nombre non ngligeable de groupes chrtiens fervents - surtout des protestants et catholiques appartenant la mouvance charismatique ou pentectiste -, une exgse fondamentaliste du discours eschatologique que les Synoptiques attribuent Jsus (cf. Mt 24; Lc 13; Lc 21).

Une expression surtout focalise l'attention de ces croyants, sincrement persuads que l're messianique est aux portes, celle de "Temps des Nations", qui figure en Lc 21, 24 :

"Ils tomberont sous les coups de l'pe et seront emmens captifs dans les nations. Et Jrusalem sera foule aux pieds par les nations, jusqu' ce que soient accomplis les temps des nations."

Or, certains membres de ces groupes fervents - que caractrise un philo-judasme et un philo-isralisme, aussi zls que mal clairs, n'hsitent pas affirmer, urbi et orbi, que ce "temps des nations" est dj accompli, en fait, depuis que l'tat isralien a runi Jrusalem, suite la victoire de la Guerre dite "des Six jours", en juin 1967.

On peut, bien entendu, estimer qu'il s'agit l de divagations fondamentalistes, auxquelles il ne faut pas attacher plus d'importance qu'elles n'en mritent. Je partagerais volontiers cet avis si le contexte o figure le verset voqu n'tait, l'vidence, eschatologique. En effet, quiconque lit l'entiret du passage se convaincra aisment qu'il ne peut concerner uniquement la prise de Jrusalem, en 70 de notre re - comme l'affirment nombre de biblistes - ne serait-ce qu'en raison des signes de nature apocalyptique qui accompagnent les vnements annoncs :

"Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les toiles. Sur la terre les nations seront dans l'angoisse, inquites du fracas de la mer et des flots car les puissances des cieux seront branles." (Lc 21, 25-26).

Ces prodiges sont d'ailleurs l'un des meilleurs arguments des contempteurs de l'exgse aventureuse voque plus haut. Mais les tenants de cette dernire ne se dmontent pas pour autant et font remarquer que, prcisment, d'aprs le NT, ces signes ne se produiront qu'aprs l'accomplissement des temps des nations (Lc 21, 24). Nous sommes - estiment-ils - dans la priode qui prcde la Parousie du "Fils de l'Homme venant dans une nue avec puissance et grande gloire" (cf. Lc 21, 27).

En fait, il n'est pas difficile de dmonter les ressorts de cette exgse exagrment actualisante et d'en montrer les points faibles, voire les invraisemblances.

Tout d'abord, en parlant avec ceux et celles qui tiennent que cette interprtation est une prophtie inspire par l'Esprit Saint, on est surpris de constater quel point leur comprhension du passage concern est tributaire de leur langue maternelle. Leur ignorance, tant du contexte que du grec sous-jacent, les amne commettre plusieurs contresens dont la rsolution est ruineuse pour le caractre prtendument prophtique de leur exgse.

Tout d'abord il est clair que, par manque d'attention au contexte, ils ne doutent pas un instant que la prise de la ville sainte et la dportation subsquente, annonces en Lc 21, 23 et parall., dcrivent uniquement les vnements de l'an 70 de notre re, alors que, comme on l'a vu plus haut, la suite du texte rend vident qu'il s'agit aussi d'un vnement eschatologique.

De la mme manire, mais par ignorance linguistique, cette fois, il est visible qu'ils comprennent l'expression "Jrusalem sera foule aux pieds par les nations", comme dcrivant l'occupation trangre presque bi-millnaire de la ville, depuis sa prise par Titus, en 70, jusqu' sa libration par l'arme isralienne, en 1967. Or le verbe grec (katapatein), utilis dans ce verset, se retrouve dans des phrases telles que "le Seigneur a foul au pressoir la vierge, la fille de Juda" (Lm 1, 15) (1); ou bien : "si le sel vient s'affadir, avec quoi le salera-t-on? Il n'est plus bon rien qu' tre jet dehors et foul aux pieds par les gens" (Mt 5, 13), etc., o il est clair que ce verbe ne connote pas "l'occupation", mais bien l'oppression violente et la dfaite, suivies de destructions, de dportations et de massacres.

Cette remise en situation et ces prcisions philologiques permettent maintenant de comprendre que l'expression "jusqu' ce que soient accomplis les temps des nations" (Lc 21, 24) n'a rien voir avec une domination de Jrusalem par diffrentes nations, au cours des sicles, laquelle serait venu mettre un terme, manu militari, le peuple mme qui en tait le possesseur antrieur lgitime, comme dans le scnario pseudo-messianique voqu plus haut.

Il reste que tant le caractre solennel de l'expression, unique en son genre dans le NT, que sa porte, indniablement eschatologique, obligent l'examiner de plus prs et chercher si elle ne s'enracine pas dans une tradition vtrotestamentaire.

Il semble que ce soit le cas.

On lit en effet, en Ez 30, 3 :
"Car le jour est proche, il est proche le jour de l'Eternel; jour de nue, ce sera le temps des nations.

Certes, le grec de la Septante est sensiblement diffrent de celui de Luc :

Hoti eggus h hmera tou kuriou hmera peras ethnn estai


Le parallle Ez 30, 3 = Lc 21, 24 n'est pas rendu irrecevable par le fait qu'en Lc 21, 24, ce n'est pas le singulier kairos qui est utilis, mais le pluriel kairoi. En effet, le mme mot, qui figure au singulier dans le texte hbreu de Si 48, 10, sous la forme laet, est traduit par une expression au pluriel par la LXX : eis kairous. Un exemple supplmentaire est constitu par le fait qu'en Nb 9, 3, l'hbreu bemoado (sing.) est traduit en grec par kata kairous (pl.).

On sait que l'expression "Temps des nations" (kairoi ethnn) est un hapax tant dans l'AT que dans le NT. Dans ce dernier, on la trouve en Lc 21, 24 :

"Ils tomberont sous le tranchant du glaive et ils seront emmens captifs dans toutes les nations, et Jrusalem sera foule aux pieds par des paens jusqu' ce que soient accomplis les temps des paens."

Kai pesountai stomati machairs kai aichmaltisthsontai eis ta ethn panta, kai Ierousalm estai katoumen hupo ethnn, achri ou plrtsin kairoi ethnn.

Ez 32, 7-8 : Quand tu t'teindras [il s'agit de Pharaon], je couvrirai les cieux et j'obscurcirai les toiles; je couvrirai le soleil des nuages et la lune ne donnera plus sa clart. J'obscurcirai tous les astres du ciel cause de toi, je rpandrai les tnbres sur ton pays, oracle du Seigneur Yahv. (cf. Jl 3, 4; Ha 3, 11; Mt 24, 29; Lc 21, 26; Ac 2, 20; Ap 6, 12; Ap 8, 12).

Ap 15, 11-18 : "Et le septime Ange sonna... Alors, au ciel, des voix clamrent: La royaut du monde est acquise [celle] de notre Seigneur ainsi que de son Christ est advenue : il rgnera dans les sicles des sicles. Et les 24 Vieillards qui sont assis devant Dieu, sur leurs siges, se prosternrent pour adorer Dieu en disant: Nous te rendons grce, Seigneur, Dieu Matre-de-tout, Il est et Il tait, parce que tu as pris en main ton immense puissance pour tablir ton rgne. Les nations s'taient mises en fureur; mais voici ta fureur toi, et le temps pour les morts d'tre jugs; le temps de rcompenser tes serviteurs les prophtes, les saints, et ceux qui craignent ton nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre."

Mais le parallle le plus convaincant me semble tre Ap 11, 2 : quant au parvis extrieur du Temple, laisse-le, ne le mesure pas, car on l'a donn aux paens: ils fouleront la Ville Sainte durant 42 mois.

Outre Lc 10, 19 - o patein (verbe contracte) = marcher sur (des serpents et des scorpions et sur toute la puissance de l'ennemi), allusion, je crois au Ps 91, 13 (o la LXX utilise 'epibs' de epibain) -, ce verbe patein, en plus de Lc 21, 24, revient 3 fois en Ap 11, 2 ; Ap 14, 20 ; Ap 19, 15, et nulle part ailleurs dans le NT. En Ap 11, 2 : la cour extrieure au sanctuaire 'a t donne aux nations, et elles fouleront la ville sainte durant 42 mois' ; Ap 14, 20 : (il s'agit des grands flaux) 'le pressoir fut foul en dehors de la ville, et il sortit du pressoir, du sang, jusqu'aux rnes des chevaux... ' ; Ap 19, 15 : (le cheval blanc, son cavalier, juge, roi, au manteau tremp de sang... 'et il foule le pressoir du vin de l'emportement de la colre du Dieu tout-puissant ('qui contrle tout', et quelle cascade de gnitifs !)' .

Lm 1, 15 LXX emploie 'suntribein', ensuite 'lnon epatsen' 'foula le pressoir'.

(Voir aussi : Fin des temps et fin du temps des nations )

(1) En fait, le verbe patein est, ici, construit avec un datif (parthen(, avec iota souscrit), ce qui se traduirait littralement, 'pour' la fille de Juda.

Rivtsion.org


28-10-2005 | Commentaires (0) | Public
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