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Apostasie prêchée par un faux prophète et apostasie imposée par un tyran
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On a placé en premier lieu l'étude de cet événement mystérieux, parce que Paul lui-même dit expressément qu'il précède, ou - plus exactement - ouvre le "Temps de la fin".

2 Th 2, 1-4 : "Nous vous le demandons, frères, à propos de la Venue de notre Seigneur Jésus-Christ et de notre rassemblement auprès de Lui, ne vous laissez pas trop vite mettre hors de sens, ni alarmer par des manifestations de l'Esprit, des paroles, ou des lettres, données comme venant de nous et qui vous feraient penser que le Jour du Seigneur est déjà là. Que personne ne vous abuse d'aucune manière. Auparavant doit venir l'apostasie et se révéler (ou, se dévoiler) l'homme d'iniquité, le Fils de perdition (368), celui qui s'oppose, celui qui s'élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu, ou reçoit un culte, allant jusqu"à s'asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu..."

Sans tenter de découvrir à quel événement précis ce passage mystérieux fait allusion, ni quand il se produira - car cela nous est caché -, il importe de tenter de déterminer, autant qu'il est possible, de quelle nature est cette apostasie, et même d’établir si l'homme d'iniquité - encore appelé "le Fils de Perdition" (c’est-à-dire voué à la perdition) - est l'Apostat, ou s'il survient après l'apostasie.

Et tout d'abord, il convient d’examiner le sens de la notion même d'apostasie. Ce terme grec signifie révolte et, plus étymologiquement : ne pas se tenir à ce à quoi on s'était engagé. Dans l'Ancien Testament, l'apostasie est toujours le fait des membres du Peuple de Dieu. On ne parle jamais de l'apostasie d'un païen. C'est donc bien un acte de portée religieuse. Nous n'examinerons ici que deux cas, particulièrement frappants : celui de l'Apostasie prêchée par un (faux) prophète et qu'évoque Moïse, dans le Deutéronome; et celui de l'apostasie imposée aux Juifs par le roi impie Antiochus Epiphane, aux temps des Maccabées. Ensuite, nous aborderons le cas mystérieux de l’"intendant infidèle"

 
a) L'Apostasie prêchée par un (faux) prophète :

Dt 13, 2-6 : "Si quelque prophète, ou quiconque a des songes, surgit au milieu de toi, s'il te propose un signe ou un prodige et qu'ensuite ce signe ou ce prodige annoncé arrive, s'il te dit alors : "Allons à la suite d'autres dieux (que tu n'as pas connus) et servons-les", tu n'écouteras pas les paroles de ce prophète, ni les songes de cet homme qui a eu un songe. C'est L’ETERNEL, votre Dieu qui vous éprouve pour savoir si, vraiment, vous aimez L’ETERNEL votre Dieu de tout votre coeur et de toute votre âme. C'est L’ETERNEL votre Dieu que vous suivrez et c'est lui que vous craindrez, ce sont ses commandements que vous garderez, c'est à sa voix que vous obéirez, c’est lui que vous servirez, c'est à lui que vous vous attacherez. Ce prophète, ou celui qui a eu des songes devra mourir, car il a prêché l'apostasie envers L’ETERNEL ton Dieu, qui vous a fait sortir du pays d'Egypte et t'a racheté de la Maison de servitude, et il t'aurait égaré loin de la voie où L’ETERNEL ton Dieu t'a ordonne de marcher. Tu feras disparaître le mal du milieu de toi".

Le sens de ce passage est clair et les versets suivants, non cités ici, ne laissent aucun doute à ce sujet. L'Apostasie dont il est question consiste en une invitation faite au Peuple de Dieu, par un prophète ou un homme gratifié de songes prophétiques, à croire en un autre Dieu. Longtemps considéré comme un des principaux témoins de la lutte des dirigeants religieux du peuple juif contre l'idolâtrie, ce texte s'avère, en fait, une prophétie à caractère eschatologique. En effet, il semble bien, si l'on en croit l'Apocalypse et l'Evangile, qu'aux temps eschatologiques, un prophète, ou des prophètes, utilisant leurs pouvoirs miraculeux, prêcheront la croyance en un autre Dieu que celui des fidèles monothéistes.

Mt 24, 24 : "Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, les élus eux-mêmes".  

Ap 13, 11-17 : "Je vis ensuite surgir de la terre une autre Bête; elle avait deux cornes comme un agneau, mais parlait comme un dragon. Au service de la première Bête, elle en établit partout le pouvoir, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première Bête, dont la plaie mortelle fut guérie. Elle accomplit des prodiges étonnants : jusqu'à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du ciel sur la terre; et par les prodiges qu'il lui a été donné d'accomplir au service de la Bête, elle fourvoie les habitants de la terre, leur disant de dresser une image en l'honneur de cette Bête qui, frappée du glaive, a repris vie. On lui donna même d'animer l'image de la Bête pour la faire parler et de faire en sorte que fussent mis à mort tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la Bête. Par ses manoeuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front et nul ne pourra rien acheter ni vendre, s'il n'est marqué au nom de la Bête, ou au chiffre de son nom."

Ce dernier passage renvoie évidemment à Daniel :

Dn 3, 1-7 : "Le roi Nabuchodonosor fit une statue d'or, haute de soixante coudées et large de six, qu'il dressa dans la plaine de Dura, dans la province de Babylone. Le roi Nabuchodonosor manda aux satrapes, magistrats, gouverneurs, conseillers, trésoriers, juges et juristes et à toutes les autorités de la province, de s'assembler et de se rendre à la dédicace de la statue élevée par le roi Nabuchodonosor. Lors, s'assemblèrent satrapes, magistrats, gouverneurs, conseillers, trésoriers, juges et juristes et toutes les autorités de la province, pour la dédicace de la statue qu'avait élevée le roi Nabuchodonosor et ils se tinrent devant la statue qu'avait élevée le roi Nabuchodonosor. Le héraut proclama avec force : "A vous, peuples, nations et langues, voici ce qui a été commandé : à l'instant où vous entendrez sonner, trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, vous vous prosternerez et ferez adoration à la statue d'or qu'a élevée le roi Nabuchodonosor. Quant à celui qui ne se prosternera, ni ne fera adoration, il sera incontinent jeté dans la fournaise de feu ardent". Sur quoi, dès que tous les peuples eurent entendu sonner, trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, se prosternèrent tous les peuples, nations et langues, faisant adoration à la statue d'or qu'avait élevée le roi Nabuchodonosor."      

Peut-être même, cette image ou cette statue est-elle la même que celle dont parle Daniel en l'appelant "l'horreur (c'est-à-dire l'idole) du Dévastateur" (369) (Dn 9, 27; 11, 31; 12, 11) ? Il est, de toute façon, symptomatique, que l'on retrouve la même expression, dans le premier Livre des Maccabées (1 Ma 1, 54), comme nous allons le voir ci-après.

Un autre exemple d'Apostasie d'un prophète (bien que le mot n'apparaisse pas dans la traduction), se trouve en Jérémie :

Jr 28, 1-17 : "Cette même année, au début du règne de Sédécias, roi de Juda, la quatrième année, au cinquième mois, le prophète Hananya, fils de Azzur, originaire de Gabaôn, parla ainsi à Jérémie, dans le Temple de L’ETERNEL, en présence des prêtres et de tout le peuple : 'Ainsi parle L’ETERNEL Sabaot, le Dieu d'Israël. J'ai brisé le joug du roi de Babylone! Encore juste deux ans et je ferai revenir en ce lieu tous les ustensiles du Temple de L’ETERNEL que Nabuchodonosor, roi de Babylone, a enlevés d'ici pour les emporter à Babylone. De même Jékonias, fils de Joiaqim, roi de Juda, avec tous les déportés de Juda qui sont allés à Babylone, je les ferai revenir ici, oracle de L’ETERNEL, car je vais briser le joug du roi de Babylone!' Alors le prophète Jérémie répondit au prophète Hananya, devant les prêtres et tout le peuple présents dans le Temple de L’ETERNEL. Le prophète Jérémie dit : 'Amen! Qu'ainsi fasse L’ETERNEL! Qu'il accomplisse les paroles que tu viens de prophétiser et fasse revenir de Babylone tous les ustensiles du Temple de L’ETERNEL ainsi que tous les déportés. Cependant, écoute bien la parole que je vais prononcer à tes oreilles et à celles de tout le peuple : Les prophètes qui nous ont précédés, toi et moi, depuis bien longtemps, ont prophétisé, pour beaucoup de pays et pour des royaumes considérables, la guerre, le malheur et la peste ; le prophète qui prophétise la paix, c'est quand s'accomplit sa parole qu'on le reconnaît pour un authentique envoyé de L’ETERNEL !' Alors le prophète Hananya enleva le joug de la nuque du prophète Jérémie et le brisa. Et Hananya dit devant tout le peuple : 'Ainsi parle L’ETERNEL. C'est de cette façon que dans juste deux ans je briserai le joug de Nabuchodonosor, roi de Babylone, l'enlevant de la nuque de toutes les nations'. Et le prophète Jérémie s'en alla. Or, après que le prophète Hananya eut brisé le joug qu'il avait enlevé de la nuque du prophète Jérémie, la parole de L’ETERNEL fut adressée à Jérémie : 'Va dire à Hananya : ainsi parle L’ETERNEL. Tu brises les jougs de bois? Eh bien, tu vas les remplacer par des jougs de fer! Car, ainsi parle L’ETERNEL Sabaot, le Dieu d'Israël : c'est un joug de fer que je mets sur la nuque de toutes ces nations, pour les asservir à Nabuchodonosor, roi de Babylone. (Elles lui seront asservies et je lui ai livré même les bêtes des champs)'. Et le prophète Jérémie dit au prophète Hananya : 'Ecoute bien, Hananya : L’ETERNEL ne t'a point envoyé et tu as fait que le peuple se confie au mensonge. C'est pourquoi, ainsi parle L’ETERNEL. Voici que je te renvoie de la face de la terre : cette année tu mourras, car tu as prêché la révolte contre L’ETERNEL.'" (370)

Cet épisode est intéressant à plus d'un titre. Tout d'abord, nous y voyons deux prophètes aux prises. Tous deux ont prouvé, par le passé, leurs capacités prophétiques. L'un prophétise la guerre, l'autre la paix. Ici, se vérifie le critère établi par Moïse pour la véracité de la prophétie :

Dt 18, 20-22 : "Mais, si un prophète a l'audace de dire en mon nom une parole que je n'ai pas ordonné de dire - et s'il parle au nom d'autres dieux - ce prophète mourra. Peut-être vas-tu dire en ton coeur : 'Comment saurons-nous que cette parole, L’ETERNEL ne l'a pas dite?' Si ce prophète a parlé au nom de L’ETERNEL et que sa parole reste sans effet et ne s'accomplit pas, alors L’ETERNEL n'a pas dit cette parole-là. Le prophète a parlé avec présomption. Tu n'as pas à le craindre."

Mais il est intéressant de noter que, dans un premier temps, Jérémie, après avoir émis ses doutes, se soumet au jugement de Dieu. Il n'invective pas l'autre prophète, ni ne lui dénie la qualité de prophète : il se tait et s'en va (vv. 10-11). Ce n'est que lorsque Dieu l'éclaire (vv. 12ss) que Jérémie convainc l'autre de mensonge, ou, à tout le moins, de présomption. Il est symptomatique que cette 'prédication' de Hananya soit appelée révolte (en hébreu : sarah) contre Dieu. On comprend mieux ainsi la grande responsabilité du prophète : dire ce que Dieu n'a pas dit, vouloir ce qu'il n'a pas voulu, concevoir ce qu'il n'a pas conçu, est une révolte, une apostasie; c'est l'oeuvre de Satan, l'Adversaire; comme en témoigne, dans un autre contexte, la réaction de Jésus aux remontrances de Pierre qui ne croit pas à la Passion prochaine de son maître et veut le dissuader de faire une telle 'folie' :

Mt 16, 23 : "Passe derrière moi, Satan! Tu me fais scandale, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes."


b) L'Apostasie imposée aux Juifs par Antiochus Epiphane et son extrapolation
eschatologique.

De préférence à toute explication, on rapportera ici tout le premier chapitre du premier Livre des Maccabées : 

1 M 1, 1-64 : "Après qu'Alexandre, fils de Philippe, Macédonien sorti du pays de Chettiim, eut battu Darius, roi des Perses et des Mèdes et fut devenu roi à sa place en commençant par l'Hellade, il entreprit de nombreuses guerres, s'empara de mainte place forte et mit à mort les rois de la contrée. Il poussa jusqu'aux extrémités du monde en amassant les dépouilles d'une quantité de nations, et la terre se tut devant lui. Son coeur s'exalta et s'enfla d'orgueil, il rassembla une armée très puissante, soumit provinces, nations, dynastes et en fit ses tributaires. Après cela, il dut s'aliter et connut qu'il allait mourir. Il fit venir ses officiers, les nobles qui avaient été élevés avec lui depuis le jeune âge, et partagea entre eux son royaume pendant qu'il était encore en vie. Alexandre avait régné douze ans quand il mourut. Ses officiers prirent le pouvoir, chacun dans son gouvernement. Tous ceignirent le diadème après sa mort et leurs fils après eux, durant de longues années : sur la terre, ils firent foisonner le malheur.  Il sortit d'eux un rejeton impie, Antiochus Epiphane, fils du roi Antiochus, qui, d'abord otage à Rome, devint roi l'an cent trente-sept de la royauté des Grecs. En ces jours-là, surgit d'Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant : "Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car, depuis que nous sommes séparés d'elles, bien des maux nous sont advenus". Ce discours leur parut bon. Plusieurs parmi le peuple s'empressèrent d'aller trouver le roi qui leur donna l'autorisation d'observer les coutumes païennes. Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l'alliance sainte pour s'associer aux nations. Ils se vendirent pour faire le Mal.  Quand il vit son règne affermi, Antiochus voulut devenir roi du pays d'Egypte, afin de régner sur les deux royaumes. Entré en Egypte avec une armée imposante, des chars, des éléphants (et des cavaliers) et une grande flotte. Il attaqua le roi d'Egypte, Ptolémée, qui recula devant lui et s'enfuit; beaucoup d'hommes restèrent sur le terrain. Les villes fortes égyptiennes furent prises et Antiochus s'empara des dépouilles du pays. Ayant ainsi vaincu l'Egypte et pris le chemin du retour en l'année cent quarante trois, il marcha contre Israël et sur Jérusalem, avec une armée imposante. Entré dans le sanctuaire avec arrogance, Antiochus enleva l'autel d’or, le candélabre de lumière avec tous ses accessoires, la table d'oblation, les vases à libation, les coupes, les cassolettes d'or, le voile, les couronnes,la décoration d'or sur la façade du Temple dont il détacha tout le placage. Il prit l'argent et l'or ainsi que tous les ustensiles précieux et fit main basse sur les trésors cachés qu'il trouva. Emportant le tout, il s'en alla dans son pays. Il versa beaucoup de sang et prononça des paroles d'une extrême insolence. Israël fut l'objet d'un grand deuil dans tout le pays : chefs et anciens gémirent, jeunes filles et jeunes gens dépérirent et la beauté des femmes s'altéra. Le nouveau marié entonna un thrène; assise dans la chambre, l'épouse fut en deuil. La terre trembla à cause de ses habitants et la honte couvrit toute la maison de Jacob. Deux ans après, le roi envoya dans les villes de Juda, le Mysarque qui vint à Jérusalem avec une armée imposante. Il tint aux habitants des discours faussement pacifiques et gagna leur confiance, puis il tomba sur la ville à l’improviste, lui assénant un coup terrible et fit périr beaucoup de gens d'Israël. Il pilla la ville, y mit le feu, détruisit ses maisons et son mur d'enceinte. Ses gens réduisirent en captivité les femmes et les enfants et s'approprièrent le bétail. Alors ils rebâtirent la Cité de David avec un grand mur très fort, muni de tours puissantes et ils s'en firent une citadelle. Ils y installèrent une race de pécheurs, des vauriens et ils s'y fortifièrent; ils y emmagasinèrent armes et provisions, y déposèrent les dépouilles de Jérusalem qu'ils avaient rassemblées et cela devint un piège redoutable.  Ce fut un piège pour le lieu saint, un adversaire maléfique, en tout temps, pour Israël. Ils répandirent le sang innocent autour du sanctuaire et souillèrent le lieu saint. A cause d'eux, s'enfuirent les habitants de Jérusalem et celle-ci devint une colonie d'étrangers; elle fut étrangère à sa progéniture et ses propres enfants l'abandonnèrent. Son sanctuaire désolé devint comme un désert, ses fêtes se changèrent en deuil, ses sabbats en dérision et son honneur en mépris A sa gloire se mesura son avilissement et sa grandeur fit place au deuil. Le roi publia ensuite dans tout son royaume l'ordre de n'avoir à former tous qu'un seul peuple et de renoncer chacun à ses coutumes : toutes les nations se conformèrent aux prescriptions royales. Beaucoup d'Israélites firent bon accueil à son culte, sacrifiant aux idoles et profanant le sabbat. Le roi envoya aussi, par messagers, à Jérusalem et aux villes de Juda, des édits leur enjoignant de suivre des coutumes étrangères à leur pays, de bannir du sanctuaire, holocaustes, sacrifices et libations, et profaner sabbats et fêtes, de souiller le sanctuaire et tout ce qui est saint, d'élever autels, lieux de culte et temples d'idoles, d'immoler des porcs et des animaux impurs, de laisser leurs fils incirconcis et de se rendre abominables par toutes sortes d'impuretés et de profanations, oubliant ainsi la Loi et altérant toutes les observances. Quiconque n'agirait pas selon l'ordre du roi serait puni de mort.  Conformément à toutes ces prescriptions, le roi écrivit à tout son royaume, créa des inspecteurs pour tout le peuple et enjoignit aux villes de Juda, de sacrifier dans chaque ville. Beaucoup de gens du peuple se rallièrent à eux, quiconque, en somme, abandonnait la Loi. Ils firent du mal dans le pays. Ils réduisirent Israël à se cacher dans tous ses lieux de refuge. Le quinzième jour de Kisleu, en l'an cent quarante cinq, le roi construisit l'idole du dévastateur (371) sur l'autel des holocaustes et, dans les villes de Juda circonvoisines, on éleva des autels. Aux portes des maisons et sur les places, on brûlait de l'encens. Quant aux Livres de la Loi, ceux qu'on trouvait étaient jetés au feu après avoir été lacérés. Découvrait-on, chez quelqu'un, un exemplaire de l'Alliance, ou quelque autre se conformait-il à la Loi, la décision du roi le mettait à mort. Ils sévissaient chaque mois dans les villes, contre les Israélites pris en contravention; le vingt-cinq de chaque mois, on sacrifiait sur l'autel dressé sur l'autel des holocaustes. Les femmes qui avaient fait circoncire leurs enfants, ils les mettaient à mort, suivant l'édit, avec leurs nourrissons pendus à leur cou, exécutant aussi leurs proches et ceux qui avaient opéré la circoncision. Cependant, plusieurs en Israël se montrèrent fermes et furent assez forts pour ne pas manger de mets impurs. Ils acceptèrent de mourir plutôt que de se contaminer par la nourriture et de profaner la Sainte Alliance et, en effet, ils moururent. Une grande colère plana sur Israël. "

Une lecture attentive de ce chapitre témoigne de ce que le récit de l'auteur de ce livre n'a pas seulement un caractère historique. On sent, à travers ces lignes frémissantes, le souffle prophétique et les anticipations eschatologiques. L'utilisation d'expressions parénétiques et du style poétique, pour certains passages particulièrement dramatiques (par exemple 1 M 1, 25-28; 36-40; 2, 8-13; 49-64; 3, 3-9, 45. 14, 4-14), les fréquentes méditations douloureuses ou ferventes sur les épreuves et les châtiments subis par le peuple juif, ainsi que les exhortations à les supporter avec patience et espérance, illustrent bien le caractère exemplatif des deux livres des Maccabées. En outre, le fait que la Tradition chrétienne les ait placés dans son canon, nous invite à les considérer comme des écrits inspirés dont la portée s'étend bien au-delà des événements concrets qui y sont rapportés et commentés.

Autre observation lourde de conséquences: il n'a pas échappé aux biblistes que le Livre de Daniel était "destiné à soutenir la foi et l'espérance des Juifs persécutés par Antiochus Epiphane" (372). De fait, beaucoup d'éléments historiques, ou présentés comme tels, sont communs aux deux livres, ce qui témoigne d’une relecture prophétique des événements. En outre, l'auteur - ou compilateur - du Livre de Daniel fait subir aux événements un traitement eschatologique fort net (chapitres 7 à 12), auquel le lecteur croyant doit être d'autant plus attentif que Jésus lui-même, dans son discours eschatologique, en Matthieu ch. 24, emprunte, à plusieurs reprises, des thèmes et expressions au Livre de Daniel, dont surtout :

Mt 24, 15-16 : "Lors donc que vous verrez l’abomination de la désolation [= l’idole du dévastateur] (373) dont a parlé le prophète Daniel, installée dans le Saint Lieu (que le lecteur comprenne !), alors que ceux qui seront en Judée s'enfuient dans les montagnes..."

Voici maintenant les passages parallèles concernant cette 'idole', tant dans le Livre des Maccabées, que dans celui de Daniel :

1M 1, 54: "Le quinzième jour de Kisleu, en l'an cent quarante-cinq, le roi construisit l’idole du dévastateur sur l'autel des holocaustes..."

Dn 9, 27: "Et il consolidera une alliance avec un grand nombre, le temps d'une semaine, et le temps d'une demi-semaine, il fera cesser le sacrifice et l’oblation et, sur l’aile du Temple sera l’idole du dévastateur, jusqu'au terme assigné pour le dévastateur.

Dn 11, 31 : "Des forces viendront de sa part, profaner le sanctuaire-citadelle, ils aboliront le sacrifice perpétuel et y mettront l’idole du dévastateur".

Dn 12,11 : "A compter du moment où sera aboli le sacrifice perpétuel et installée l’idole du dévastateur, mille deux cent quatre vingt dix jours".

On se perd en conjectures sur la nature exacte de cette idole qui devait pourtant être bien connue des contemporains, et même, des Juifs des générations suivantes, puisque Jésus y fait allusion pour les derniers temps, tout en laissant entendre qu'il s'agirait, alors, de quelque chose d'encore plus inouï ("que le lecteur comprenne!"). En tout état de cause, une chose est certaine : le roi Antiochus Epiphane l'a érigée dans le lieu saint, pour qu'on lui rende un culte. Le Livre de Daniel, cité par Jésus, prophétise que cette situation se rejouera au 'temps de la Fin'. Quant à l'Apocalypse, si elle n'emploie pas l'expression consacrée, elle fait incontestablement allusion à cet événement eschatologique, en nous décrivant le culte rendu à "l'image de la Bête" (Ap 13, 11ss).

Mais la situation fondamentale commune à tous ces événements - que ce soit au temps d'Antiochus Epiphane ou au "temps de la fin" -, est bien la même : le Peuple de Dieu est invité, voire contraint, à l’apostasie. Le marquage des adeptes de la Bête (Ap 13, 16-17), à savoir la majeure partie de l'humanité ("tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves"), n'est que l'extrapolation universelle de la situation-noyau décrite au Premier Livre des Maccabées et réinterprétée eschatologiquement par le Livre de Daniel et, à sa suite, par Jésus, au chapitre vingt-quatrième de Matthieu.          

Dans le prochain chapitre, on reviendra sur l'idolâtrie annoncée par les Ecritures, pour la "fin des temps", et qui conditionne l'apostasie des fidèles. Mais auparavant, nous examinerons un cas spécial : celui de "'Intendant infidèle".

© Rivtsion.org



30-10-2005 | Commentaires (2) | Public
   
 

le 14-01-2006 :   aimé samba LOKANGA
  Salut
J'ai lu avec beaucoup d'attention et d'intérêt votre article «l'Apostasie prêchée par un (faux) prophète».
Je vous en remercie pour la portée des propos contextuels dans cette page.C'est vrai d'accentuer «faux prophète» car il y en a déjà plein sur le marché.
Ce qui m'a le plus attiré ici c'est là où vous dites, je vous cite: «On ne parle jamais de l'apostasie d'un païen. C'est donc bien un acte de PORTÉE RELIGIEUSE». Je retiens l'expression portée religieuse. En effet, j'ai toujours eu du mal à faire comprendre aux
(faux) pasteurs et prédicateurs que la religion n'est pas quelque chose de mauvais en soi. Mais dans leur conception pentécotiste, ils s'obstinent à enseigner aux enfants de Dieu que la religion est une mauvaise chose et que nous ne devons pas être religieux. Je voudrais vous demander, si le coeur vous en dit ou si Dieu vous le permet, d'ouvrir un forum à ce sujet pour que nous en parlions serieusement.
Merci et que le Seigneur vous abonde.
votre frère
Aimé Samba Lokanga
Montréal-CANADA
 

le 14-01-2006 :   webmestre
  La proposition de créer un forum, faite par Aimé Samba Lokanga, que nous remercions, est intéressante, mais elle n'est pas réalisable en ce qui nous concerne. Outre que nous n'avons pas les moyens ni les collaborations nécessaires pour gérer ce genre d'activité, elle n'entre pas dans le cadre de notre action. En effet, à ce stade tout au moins, nous nous contentons (et c'est déjà lourd!) de mettre à la disposition de celles et ceux qui ne trouvent pas ailleurs ce qui leur est nécessaire, sur les plans théologique et spirituel, des documents d'édification et d'étude.
D'autre part, il serait bon que les auteurs de commentaires s'abstiennent de désigner explicitement (que ce soit pour les louer ou pour les critiquer) une Eglise ou dénomination, un mouvement spécifique, ou toute autre initiative spirituelle qui ne leur agrée pas. Ceci pour préserver l'unité et la charité.
Chacun peut se distancier de ce qui lui apparait, à tort ou à raison, comme un excès ou une déviation, mais de manière générale, sans mention de nom de personne ou de groupe.
Tenons-nous en à la recommandation de Paul (1 Co 4, 5) : "Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur; c'est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des coeurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient."


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