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<< Apostasie prêchée par un faux prophète...  

Le cas de l'Intendant infidèle
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Nous avons vu plus haut ("Paraboles à caractère apocatastatique") que l'on pouvait parler d'apostasie pour l'Intendant infidèle de la parabole du Christ :

Lc 12, 35-46 : "Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu'il viendra et frappera. Heureux ces serviteurs que le maître, en arrivant, trouvera en train de veiller! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l'un à l'autre, il les servira. Qu'il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s'il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils! Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'Homme va venir. Pierre dit alors : 'Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde?' Et le Seigneur dit : Quel est donc l'intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens pour leur donner, en temps voulu, leur ration de blé ? Heureux ce serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera occupé de la sorte! Vraiment, je vous le dis, il l'établira sur tous ses biens. Mais, si ce serviteur dit en son coeur : 'Mon maître tarde à venir', et qu'il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s'enivrer, le maître de ce serviteur arrivera, au jour qu'il n'attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles."

Nous avons convenu que cet Intendant ne pouvait être qu'un Pasteur éminent de l'Eglise. De fait, il avait été fidèle dans l"exercice de sa charge, jusqu’au temps de sa prévarication. Son destin fait penser à celui du 'roi de Tyr', type de Lucifer (cf. Ez 28, 12-19). Le Psaume 55, vv. 13-14 prophétise précisément la révolte du 'familier' de 'l'intime du Messie'. Et enfin, Zacharie, en prophétisant contre un mystérieux "pasteur de néant, qui délaisse son troupeau" (Za 11, 15-17), semble bien avoir en vue le même personnage dont Jésus est l’antithèse, en tant que "Bon Pasteur" (Jn 10,11-12).

Il semble donc que Jésus, dans sa réponse à Pierre, ait laissé entrevoir la possibilité d'un retournement vers le mal, d'un Pasteur du Troupeau aux temps derniers. Le style de la réponse du Christ est mystérieux. Il est clair qu'il n'affirme pas péremptoirement que ce pasteur apostasiera, mais il est non moins évident qu'il en évoque la possibilité. Ici, comme en d'autres endroits de l'Ecriture, la prophétie concernant l'agir d'un homme n'annule pas le libre-arbitre de ce dernier. Toutefois, force est de reconnaître qu'une lecture attentive et sans idée préconçue de ce passage de Luc, laisse un malaise réel. On a comme l'impression que Jésus voit clairement que 'l'Intendant fidèle' se retournera, mais qu'il laisse, malgré tout, une petite porte ouverte. 'L'Intendant’ pourrait ne pas devenir mauvais, mais... les choses se passeront-elles ainsi ?... La suite de ce passage ne semble pas optimiste (vv. 47-48). Et, surtout, il existe, dans le texte, une antithèse flagrante que, seul, le grec révèle. En Lc 12, 42, l'Intendant est appelé fidèle (pistos) tandis qu'au v. 46, on lui assigne sa part avec les infidèles (apistoi). La polarité (pistos) (singulier) / apistoi (forme pluriel) est nette et - semble-t-il - intentionnelle. Or, infidèles est l'appellation habituelle, dans les Ecritures, de ceux qui ne croient pas, donc des Païens !...

Pour toutes ces raisons et pour d'autres que j'aborderai bientôt, il semble bien qu'on puisse parler, à propos du retournement de cet Intendant, d'une apostasie. C'est-à-dire que, de croyant fidèle qu'il était, ce personnage se comportera comme les Païens. De là à dire qu'il fera alliance avec eux, il semble que le pas soit facile à franchir. De fait, le "Pasteur insensé" de Za 11, 15-17 "qui n'a cure de la brebis disparue (...) ne soigne pas la blessée (...), mais dévore la chair des bêtes grasses" (et surtout) "délaisse son troupeau", correspond assez bien au portrait de 'l'Intendant infidèle'. D'autant que, quelques versets avant l'épisode du 'Pasteur de néant’, nous trouvons une prophétie de cette trahison en ces termes :

Za 11, 12-13 : "Je leur dis alors : 'Si cela vous semble bon, donnez-moi mon salaire, sinon, n'en faites rien'. Ils pesèrent mon salaire : trente sicles d'argent. L’ETERNEL me dit : jette-le au potier, ce prix splendide auquel ils m'ont apprécié! Je pris donc les trente sicles d'argent et les jetai à la maison de L’ETERNEL, pour le potier."

On sait que c'est à cette prophétie obscure que se réfère l'Evangile de Matthieu, pour y voir la préfiguration des circonstances de la TRAHISON de Judas :

Mt 26, 14-16 : "Alors, l'un des Douze, appelé Judas Iscariote, se rendit auprès des grands prêtres et leur dit : 'Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai ? Ceux-ci lui versèrent trente pièces d'argent. Et, de ce moment, il cherchait une occasion favorable pour le livrer."

Mt 27, 3-10 : "Alors Judas, qui, l'avait livré, voyant qu'il avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens : 'J'ai péché', dit-il, 'en livrant un sang innocent'. Mais ils dirent : 'Que nous importe? A toi de voir'. Jetant alors les pièces dans le sanctuaire, il se retira et s'en alla se pendre. Ayant ramassé l'argent, les grands prêtres dirent : 'Il n'est pas permis de le verser au Trésor, puisque c’est le prix du sang'. Après délibération, ils achetèrent, avec cet argent, le 'champ du potier' comme lieu de sépulture pour les étrangers. Voilà pourquoi ce champ-là s'est appelé, jusqu'à ce jour, 'le champ du sang'. Alors s'accomplit l'oracle de Jérémie (376), le prophète: Et ils prirent les trente pièces d'argent, le prix du précieux qu'ont apprécié des fils d'Israël et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que me l’a ordonné le Seigneur (377). "

Le parallèle est d'autant plus frappant entre ce passage des prophètes et l'Evangile qu'en Zacharie 11, 4ss, il s'agit d'un PASTEUR (378), donc de quelqu’un qui a la responsabilité du troupeau, ce qui est bien le cas des Apôtres en général et eût été celui de Judas, en particulier, s'il fût resté fidèle. Au lieu de cela, il est devenu l’antitype, de ce Pasteur de néant eschatologique, (Za 11, 17). L'expression hébraïque ro’i ha’elil, qui signifie mot à mot 'Pasteur de néant, peut se traduire aussi : 'Pasteur de l'idole'. 'elil est le plus souvent, dans l'Ecriture, le terme utilisé pour qualifier les dieux qui ne sont pas Dieu et il signifie généralement : faux dieu, idole, vanité, néant, etc. Ce jeu de mots est certainement prophétique, car, de fait, si nous en croyons Ap 13, 11-18 (379) le faux prophète eschatologique prêchera l'adoration de la représentation (idole, ‘elil, appelée ‘image’ aux versets 14-15) de la Bête.

Avec tout cela, il reste encore bien des points obscurs concernant le déroulement réel des événements aux temps eschatologiques. Et tout d'abord, on ignore s'il y a identité entre 'le Pasteur insensé' de Zacharie et le "Fils de perdition" dont parle Paul (2 Th 1-4). En effet, ce dernier "se produit lui-même comme Dieu" (v. 4). Il semble difficile d'imaginer qu'un dignitaire de l'Eglise aille jusque là. On préférera plutôt supposer que, lorsque se manifestera ce 'Fils de perdition', 'l'Intendant fidèle' deviendra 'infidèle', pactisera avec l'Impie et dispersera le troupeau qui lui avait été confié, ainsi que semble le prophétiser Jésus lorsqu'il dit :

Jn 10, 12-13 : "Le mercenaire, qui n'est pas le pasteur et à qui n'appartiennent pas les brebis, voit-il venir le loup, il laisse les brebis et s'enfuit et le loup s'en empare et les disperse. C'est qu'il est mercenaire et ne se soucie pas des brebis".

Ce texte a son parallèle prophétique, qu'il ne sera pas inutile de rappeler ici, en le commentant quelque peu :

Ps 55, 13-14 : "Si encore un ennemi m'insultait, je pourrais le supporter; si contre moi s'élevait mon rival, je pourrais me dérober. Mais toi, un homme de mon rang, mon familier, mon intime, auquel m'unissait une agréable amitié, au milieu de la foule, dans la Maison de Dieu."

Malgré son obscurité, ce texte prophétisait sans doute la trahison de Judas qui fut bien, lui, l'un des Douze, un intime, un familier de Jésus. Mais il semble qu'il puisse également avoir un accomplissement apocatastatique en la personne de ce Pasteur insensé de Za 11, 15ss, qui se retourne contre son troupeau. En effet, en contraste avec ce Pasteur indigne, voici qu'on nous décrit le sort du Pasteur de L’ETERNEL en ces termes :

Za 13, 7 : "Epée, éveille-toi contre mon pasteur et contre mon familier (380), oracle de L’ETERNEL Sabaoth, frappe le pasteur, que soient dispersées les brebis ..."

Tout se passe comme si, en trahissant, le 'Mauvais Pasteur' était cause de ce que le 'Bon Pasteur' soit frappé. C'est d'ailleurs bien ainsi que l'Evangile de Matthieu interprète la Passion de Jésus, en appliquant à ce dernier la prophétie de Za 13, 7 :

Mt 26, 31 : "Alors Jésus leur dit : "Vous tous, vous allez succomber à cause de moi, cette nuit même. Il est écrit, en effet : je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées."

Venons-en maintenant à l’idolâtrie comme condition de l’apostasie. Et, pour commencer, considérons tout d'abord un passage évangélique dont on n'a pas toujours saisi autant qu'il eût été nécessaire la portée eschatologique. Il s'agit de la tentation du Christ au désert. En voici les deux versions, en Matthieu et en Luc :

Mt 4, 8-10 : "De nouveau le diable le prend avec lui sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit: 'Tout cela, je te le donnerai, si, te prosternant, tu m’adores. Alors Jésus lui dit: 'Retire-toi, Satan, car il est écrit: C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte'."      

Luc 4, 5-8 : L'emmenant plus haut, le diable lui montra en un instant tous les royaumes de l'univers et lui dit: 'Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle t'appartiendra tout entière.' Et Jésus lui dit: 'Il est écrit: Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui seul tu rendras un culte'."

D'emblée, ce qui apparaît remarquable, ici, c'est que le Diable ose essayer d'amener celui qu'il soupçonne être le Fils de Dieu à l'adorer, lui, une créature spirituelle, un ange déchu. La chose, en fait, ne devrait pas nous étonner outre mesure. Ce thème court en filigrane tout au long de l'Ecriture : par le truchement des idoles et des dieux nationaux locaux, l'Adversaire s'efforce toujours de substituer son adoration à lui à celle du Seigneur. La chose est tellement frappante qu'elle mérite mieux qu'une mention.      

En fait, si l'on examine d'un peu plus près cette tendance incoercible de Satan à se faire adorer, on est conduit à méditer sur cette sienne affirmation, tranchante et qui doit être vraie, puisque le Christ ne la dénie pas : parlant des royaumes de l'univers, il dit en effet : "Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car elle m'a été livrée et je la donne a qui je veux.". (Lc 4, 6).

La Bible de Jérusalem ne me paraît pas avoir compris le sens de cette déclaration, lorsqu'elle commente ainsi (382) : "En introduisant dans le monde le péché et sa suite, la mort, Satan a rendu l'homme captif de sa tyrannie, il a étendu sur le monde, dont il est devenu le "Prince", une domination que Jésus est venu supprimer par la 'rédemption'."           

Si tel était le cas, on peut supposer que Jésus eût immédiatement répliqué à Satan quelque chose comme : C'est par ton astuce et ta ruse que tu t'es emparé de ce pouvoir mais il ne t'appartient pas!

En fait, nous sommes conduits à admettre que, lors de sa venue à l'existence, cet Ange avait été investi du pouvoir le plus étendu que puisse avoir un être céleste sur la création matérielle : celui de gouverner l’univers et ce qu'il contient, même s’il n’exerçait cette domination que par délégation. Il était, en quelque sorte, l'intendant de cette puissance, une sorte de vizir de Dieu. La description mystérieuse, par Ezéchiel, de la gloire initiale de celui qu'il appelle le 'Prince de Tyr', s'applique bien à la chute de l'Ange déchu, comme l'ont bien compris certains Pères de l'Eglise. Il a été cité in extenso, ailleurs, on se limitera donc ici, à en donner des extraits :

Ez 28, 11-19 : "… Tu étais un modèle de perfection, plein de sagesse, merveilleux de beauté, Tu étais en Eden, au jardin de Dieu. Toute sorte de pierres précieuses formaient ton manteau : sardoine, topaze, diamant, chrysolite, onyx, jaspe, saphir, escarboucle, émeraude, d'or étaient travaillées tes pendeloques et tes paillettes; tout cela fut préparé au jour de ta création. Avec un chérubin protecteur aux ailes déployées, je t'avais installé sur la sainte montagne de Dieu, tu marchais au milieu des charbons ardents. Ta conduite fut exemplaire depuis le jour de ta création jusqu'à ce que fut trouvée en toi l'iniquité. Par l'activité de ton commerce, tu t'es rempli de violence et de péchés. Je t'ai précipité de la montagne de Dieu et le chérubin protecteur t'a détruit du milieu des braises..."

Satan est le prototype de l’intendant infidèle, c'est-à-dire de l’Antichrist. Il avait reçu de Dieu une délégation de pouvoir, mais il en a abusé. De surcroît, il s'est avéré jaloux de l'homme primordial, Adam. Il n'a pas admis que ce dernier ait la domination sur la terre. Lui qui avait la maîtrise du Cosmos ("Le Prince de l'empire de l'air", cf. Ep 2, 2) n'a pas supporté cette exception dans ce qu'il considérait comme son domaine. Il a réussi à rendre l'homme mortel en l'induisant à enfreindre l'ordre de Dieu. Il a introduit dans la création un germe mortel de haine et de décomposition, entrant alors en lutte ouverte avec Dieu lui-même.

Et c'est ici que nous touchons à l'abîme du mystère, lequel a deux faces, l'une positive - et seule vraie -, l'autre, négative - et qui en est l'envers, la négation mensongère -, à savoir : le mystère de la piété et le mystère de l’impiété, qu'évoque Paul, en ces termes :

1 Tm 3, 16 : "Oui, c'est incontestablement un grand mystère que celui de la piété. Il a été manifesté dans la chair, justifié dans l'Esprit, vu des anges, proclamé chez les Païens, cru dans le monde, enlevé dans la gloire."

2 Th 2, 7 : "Dès maintenant, oui, le mystère de l'impiété est à l'oeuvre."

Jésus et son oeuvre de salut sont appelés : "mystère de la piété". Satan et son œuvre de haine et de corruption sont appelés "mystère de l'impiété". C'est donc que les deux sont "à l'oeuvre dans le monde" - si l’on ose dire - côte à côte, comme le prouve la parabole du bon grain et de l'ivraie (Mt 13, 24ss). C'est le thème des deux esprits, cher aux Pères apostoliques, celui du monde - c'est-à-dire de Satan - et celui du Christ, c'est-à-dire de Dieu.

Que Satan soit un esprit et qu'il ait pouvoir d'agir en ceux qui lui appartiennent, c'est ce que nous enseigne clairement le Livre de la Sagesse, en ces termes : "c'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde: ils en font l'expérience, ceux qui lui appartiennent !". Ce que confirme Paul, qui l'appelle : "le Prince de l'empire de l'air, cet esprit qui poursuit son oeuvre dans les fils de désobéissance." (Ep 2, 2).

Et qui sont ces "fils de désobéissance"? L'expression est un hébraïsme et signifie : ceux dont la nature est de désobéir. Mais on peut y voir un parallèle mystérieux avec le terrible réquisitoire du Christ contre les incrédules, dans l'Evangile de Jean :

Jn 8, 44-45 : "Vous êtes du diable votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il fut homicide dès le commencement et ne s'est pas maintenu dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu'il est menteur et père du mensonge."

En disant à ceux qui refusent de croire en Lui : "Vous êtes du diable, votre père" (v. 44), Jésus affirme clairement la paternité spirituelle maléfique de Satan. En affirmant qu'il "fut homicide dès le commencement" (v. 44), et qu'il "ne s'est pas maintenu dans la vérité", Jésus désigne indéniablement Satan comme le révolté, le rebelle par excellence.

Tout homme, donc, qui refuse d'obéir aux paroles de Dieu et à l'autorité de ceux qu'il a délégués, montre par là même l'Esprit qui l'anime et se dévoile ainsi comme "fils de désobéissance" et comme "ayant le diable pour père". (384)

Or, nous avons vu plus haut que le mensonge est appelé révolte contre Dieu et apostasie. Ainsi, la boucle est bouclée. Le "mystère de la piété", manifesté en Jésus, Christ et Seigneur, consiste à croire en lui et à observer ses commandements. Le "mystère de l'impiété" consiste à résister à Dieu, pour obéir au diable. Or, quiconque fait la volonté de quelqu'un témoigne qu'il lui est voué, corps et âme.

Ainsi, nous comprenons mieux, à présent, le drame du Salut, car c'est véritablement un drame, une confrontation inouïe et terrible, dont dépendent, pour les hommes, la vie ou la damnation éternelles. C'est pourquoi, devant un tel enjeu, les forces en présence sont poussées à leurs extrêmes. C'est également pour cela que l'Ecriture parle d'un "mystère à l'œuvre" (2 Th 2, 7). C'est dans nos coeurs que passe la ligne de démarcation qui délimite nettement les deux royaumes : celui de la Lumière, qui est de Dieu, et celui des ténèbres, qui est l'empire du mal, le domaine de Satan. Tant que nous ne sommes pas acculés à prendre parti pour ou contre le bien, pour ou contre le mal, nous pouvons nous illusionner sur nous-mêmes et sur les autres. Qui peut être sûr d'être dans le Royaume tant qu'il "n'a pas encore résisté jusqu'au sang dans la lutte contre le péché" (Hb 12, 4) ?

Mais il viendra, le temps de l'épreuve, celui du témoignage. Alors, il faudra se démarquer et faire connaître au grand jour de quel esprit on est. Paul, à la suite de Jésus, nous avertit que ce sera une période infiniment troublée. Pire, il sera impossible de ne pas se tromper si l'on n'est pas habitué à la vérité :

2 Th 2, 9 : "Sa venue à lui, l’impie, aura été marquée, par l'influence de Satan, de toute espèce d'oeuvres de puissance, de signes et de prodiges mensongers, comme de toutes les tromperies du mal pour ceux qui sont voués à la perdition (385), pour n'avoir pas accueilli l'amour de la vérité qui leur aurait valu d'être sauvés. Voilà pourquoi Dieu leur envoie une influence qui les égare, qui les pousse à croire le mensonge, en sorte que soient condamnés ceux qui auront refusé de croire la vérité et pris parti (386) pour le mal."

C'est cela l’apostasie. Nul ne prend aisément parti contre le plus fort. Si donc, les impies savaient qu'il y a un Dieu et que c'est lui le maître de tout, il est bien évident qu'ils lui feraient allégeance. Mais ce serait une obéissance tout extérieure. Ces gens-là cherchent à être bien vus, à jouer le bon cheval, à jouir de tous les avantages, fût-ce au prix de la vie des autres. C'est pourquoi ils méprisent les faibles, celles et ceux qui ont piètre apparence, qui échouent. Et voici que, justement, celui qui vient pour juger les vivants et les morts est déjà venu, faible et sans apparence. Il en est même mort. Avant sa venue en gloire, il se manifestera à nouveau sous la forme d'un "peuple humble et dépouillé qui cherchera refuge dans le nom de L’ETERNEL, le reste d'Israël (So 3, 12).

C'est contre ce reste, dans lequel résidera mystérieusement - mais réellement - le Seigneur (Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous) (387), que se dressera Satan. Il trompera ceux "qui sont voués à la perdition pour n'avoir pas accueilli l’amour de la vérité qui les eût sauvés". Il leur suggérera de ne pas craindre ce peuple ridicule qui prétend être l'élu de Dieu, qui affirme que se renouvellent pour lui les prodiges de l'Exode. Ils refuseront de croire à l'évidence, aux miracles, aux prodiges, aux "signes dans le ciel, la lune et les étoiles (...) au fracas de la mer et des flots" (Lc 22, 25 et cf. Ap 9, 20-21).

Par contre, lorsque se manifestera "l’homme d'iniquité, l'être perdu, l’Adversaire, celui qui s'élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu (...) se donnant lui-même pour Dieu" (2 Th 2, 3-4), ils croiront en lui. "Tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front et nul ne pourra rien acheter ni vendre s'il n'est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom." (Ap 13, 16)

C'est ainsi que Satan réussira temporairement dans son entreprise titanesque de ravir à Dieu la royauté et l'adoration et d'établir l'idolâtrie sur la terre entière. C'est pourquoi l'Adversaire guette dans l'ombre la venue de sa créature à lui, celle qui acceptera l'infâme proposition : "si, tombant à mes pieds, tu m'adores" (Mt 4, 9). Il a cru l'avoir trouvé en Jésus. Du moins a-t-il essayé de conquérir à sa cause cet être extraordinaire. Certes, il a échoué, mais cette tentative démentielle doit nous servir d'avertissement. Elle nous montre que Satan n'hésite pas à corrompre même ceux qui appartiennent à Dieu. Cet événement peut même nous amener à la quasi-certitude que ce n'est pas de l'âme d'un païen, d'un incroyant que Satan cherchera à s'emparer pour en faire sa créature eschatologique fatale, mais, au contraire, d'un fidèle, voire d'un intime de Dieu (cf., entre autres, Ps 55, 14).

© Rivtsion.org



30-10-2005 | Commentaires (1) | Public
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