Recherche

Mot-cl sur le site

Avec Google

Google :
Exhorter
<< Etat d'Isral et aube des Temps... Qui est la vraie mre de lenfant ?... >>

Les Juifs : une question pour les nations, M. Macina
Imprimer Imprimer
> Envoyer cette page
 

Titre complet : Rester part, ou tre mis part ? Les Juifs : une question pour les nations *

On connat la clbre prophtie mise, contre son gr et sur inspiration divine, par le voyant paen Balaam, appel par Balaq, roi de Moab, pour maudire Isral son ennemi (Nb 23, 9) :

Oui, de la crte du rocher je le vois, du haut des collines je le regarde. Voici un peuple qui demeure l'cart, il n'est pas mis au nombre des nations.

Pendant des millnaires, les vicissitudes, souvent tragiques, de l'histoire du peuple juif ont sembl justifier cet apologue, et les anciens rabbins s'y sont rfrs pour expliquer le destin particulier de leur peuple. Devenues majoritairement chrtiennes, les nations, dment conditionnes par une littrature patristique et ecclsiastique multisculaire de textes Adversus Iudaeos (contre les Juifs), y ont vu une preuve scripturaire de ce que la nation dicide , spare des autres peuples par son enttement coupable refuser de reconnatre Jsus comme son Messie et se convertir au christianisme, resterait ainsi jusqu' sa condamnation ou sa conversion, la fin des temps, part et cramponne aux fables ridicules de son Talmud, attendant en vain son salut d'une pratique tatillonne et lgaliste des commandements de la Loi et d'un attachement fanatique des coutumes surannes.

Et s'il est indniable que ces lectures anhistoriques ou polmiques du passage scripturaire d'interprtation difficile cit plus haut ont largement prvalu, tant chez les Chrtiens que chez les Juifs, il s'en faut de beaucoup que ces derniers s'en soient accommods de gat de cur. Et de fait, leur histoire est jalonne de tentatives - limites et toujours infructueuses, mais la rcurrence significative - en vue de devenir comme tous les peuples de la terre [1].

L'Ecriture tmoigne loquemment de ces tendances assimilationnistes . Ds l' exode et malgr les signes miraculeux qui l'ont accompagn, le peuple, qui tourne depuis longtemps dans le dsert, se plaint amrement de la fadeur de la manne (cf. Nb 11, 4-5) et veut retourner en Egypte (cf. Nb 14, 3), ce que Dieu a solennellement proscrit (cf. Dt 17, 16).

Et au VIe s. avant l're chrtienne, c'est sans doute pour rpliquer des rcriminations analogues que Nhmie adresse des reproches tisss des mmes rminiscences scripturaires (cf. Ne 9, 15-17) sa communaut de sionistes avant la lettre, revenus de l'exil de Babylone avec la bndiction de Cyrus pour reprendre possession d'une terre d'Isral que leur disputaient prement les Samaritains.


Quelques sicles plus tard, l'poque hellnistique, le processus s'aggrave : c'est l'apostasie, comme en tmoigne ce passage du premier livre des Maccabes :

Alors surgit d'Isral une gnration de vauriens qui sduisirent beaucoup de personnes en disant: Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes spars d'elles, bien des maux nous sont advenus Ils construisirent donc un gymnase Jrusalem, selon les usages des nations, se refirent des prpuces et renirent l'alliance sainte pour s'associer aux nations. (cf. I M 1, 11-15)

La Tradition aggadique juive postrieure a multipli paraboles et exgses pour battre en brche cette tendance l'assimilation, juge nfaste et contraire au dessein de Dieu sur Son peuple. C'est ainsi que, commentant le passage de la Gense : et l'on vint le dire Abram l'Hbreu [leavram haivri], Rabbi Judah dclare : Le monde entier est d'un ct [meever ehad] et lui [Avram] de l'autre. Tandis que Rabbi Nehemiah affirme, pour sa part : Il vient d'au-del [meever].... [2]

On ne saurait mieux illustrer le particularisme juif.

Tout au long de l'histoire mouvemente de ce peuple, on voit l'uvre deux tendances : l'une, centrifuge, qui pousse les Juifs s'assimiler ; l'autre, centripte, qui rappelle Isral que sa vocation est d'tre du ct de Dieu , comme sur l'autre rive de l'humanit, et donc spar des nations non juives. Et nul doute que c'est intentionnellement et par fidlit au dessein de Dieu sur le peuple qu'Il s'est choisi, que les Sages d'Isral ont comme corset les fidles juifs dans les mailles impntrables d'un enseignement, de normes de comportement, de pratiques cultuelles et de traditions culinaires et vestimentaires, qui ont faonn la mentalit, les comportements et jusqu' l'aspect du juif observant, au point de le dsigner immdiatement l'attention ombrageuse de ses contemporains de toutes les poques.

Il en fut ainsi jusqu' la fin du XIXe sicle. Lente et indcise ses dbuts, l'mancipation, philosophiquement acquise ds le Sicle des Lumires (XVIIIe s.), et couronne, aprs la Rvolution franaise, par l'intgration sociale et politique des Juifs dans la socit civile, avait suscit d'immenses espoirs, tant chez ces derniers que chez leurs concitoyens non-Juifs, mais aussi un norme malentendu dont les consquences nfastes n'allaient pas tarder se manifester. Pour les Juifs, l'accession l'galit avec leurs semblables, que la Dclaration des Droits de l'Homme garantissait tout tre humain, constituait le gage qu'ils ne seraient plus dsormais des citoyens de seconde zone et qu'on ne les perscuterait plus pour leurs convictions religieuses ni pour leur mode de vie. Quant aux Chrtiens, cette promotion sociale des Juifs avait fait natre en eux l'espoir secret qu'aprs avoir got aux bienfaits de la civilisation chrtienne et s'tre ouverts aux lumineux enseignements du Nouveau Testament et de la Tradition de l'Eglise , ces incrdules ne tarderaient pas se convertir au christianisme.

On sait qu'il n'en fut rien, mme s'il y eut des cas - plus ou moins retentissants - de conversions individuelles. Un survol de la littrature religieuse chrtienne, des dernires dcennies du XIXe s. aux quatre premires du XXe, permet de tracer les lignes de force d'un ressentiment antijudaque qui semble caus, au moins en partie, par la dception chrtienne face l' inconvertibilit des Juifs. Cette dernire, devenue patente ds lors qu'elle ne pouvait plus tre explique par la raction de repli sur soi d'un groupe perscut, engendra une frustration d'autant plus grande chez les chrtiens, qu'ils avaient l'impression que le magnifique cadeau de l'mancipation avait t reu par les Juifs comme un d dont ils profitaient cyniquement sans rien donner en change .

On en veut pour preuve les lignes crites en 1890 par un rdacteur de la Civilt Cattolica, revue des Jsuites de Rome, sur lesquelles le P. Rosa, rdacteur en chef de la mme revue, dut revenir pour les justifier, en 1938, suite une manipulation qu'en avait faite un journal fasciste pour les retourner contre les rcentes dclarations de Pie XI sur le racisme. Le P. Rosa argumente avec subtilit, tout en citant abondamment son prdcesseur [3]:

Si les Juifs se trouvent sur notre sol, ce n'est pas innocemment, mais pour nous l'enlever, nous autres chrtiens, ou pour comploter contre notre foi, puisque finalement, il s'agit d'un ennemi dont le but est de s'approprier notre terre et de nous priver du ciel. Mais semblable remde [l'expulsion par application des lois raciales] ne serait pas possible d'une faon gnralise il contreviendrait, au contraire, au dessein de Dieu qui exige la conversion d'Isral, bien que dispers en tant qu' argument concret de la vrit du christianisme [] Notre prdcesseur du sicle pass croit donc que la complte galit civile accorde par le libralisme aux juifs, qui les lia ainsi aux francs-maons, non seulement ne leur est pas due mais est mme pernicieuse, aussi bien pour les juifs que pour les chrtiens. Il est donc d'avis que, tt ou tard, par l'amour ou par la force, on devra refaire ce qu'on a dfait depuis cent ans dans les anciens systmes juridiques par amour d'une prtendue libert nouvelle ou d'un faux progrs Or, le bien-fond de cette prvision se trouve sous nos yeux. Car aujourd'hui mme, la toute-puissance laquelle le droit rvolutionnaire les avait levs est en train de creuser sous leurs pieds un abme dont la profondeur est comparable au sommet qu'ils avaient atteint. On doit constater combien ce qui tait dnonc en 1890 correspond la ralit et s'est confirm en un demi-sicle d'exprience, savoir que l'galit que les sectateurs antichrtiens ont accorde aux juifs, partout o le gouvernement des peuples a t usurp, a eu pour effet d'associer le judasme et la franc-maonnerie dans la perscution de l'glise catholique et d'lever la race juive au-dessus des chrtiens, aussi bien dans la puissance occulte que dans l'opulence manifeste.

Plus positif, mais tout aussi antijudaque - dans l'esprit du temps -, le philosophe catholique Jacques Maritain, alors sous l'influence du nationalisme xnophobe de Maurras, crivait en 1921 [4]:

Sans doute bien des Juifs - ils l'ont montr au prix de leur sang pendant la guerre - sont vraiment assimils la patrie de leur choix; la masse du peuple juif reste nanmoins spare, rserve, en vertu mme de ce dcret providentiel qui fait de lui, tout au long de l'histoire, le tmoin du Golgotha. Dans la mesure o il en est ainsi, on doit attendre des Juifs tout autre chose qu'un attachement rel au bien commun de la civilisation occidentale et chrtienne. Il faut ajouter qu'un peuple essentiellement messianique comme le peuple juif, ds l'instant qu'il refuse le vrai Messie, jouera fatalement dans le monde un rle de subversion [] Je n'insiste pas sur le rle norme jou par les financiers juifs et par les sionistes dans l'volution de la politique du monde pendant la guerre et dans l'laboration de ce qu'on appelle la paix. De l, la ncessit vidente d'une lutte de salut public contre les socits secrtes judo-maonniques et contre la finance cosmopolite, de l mme la ncessit d'un certain nombre de mesures gnrales de prservation, qui taient, vrai dire, plus aises dterminer au temps o la civilisation tait officiellement chrtienne[] Si antismite qu'il puisse tre d'autres points de vue, un crivain catholique doit sa foi de se garder de toute haine et de tout mpris l'gard de la race juive Si dgnrs que soient les Juifs charnels, la race des prophtes, de la Vierge et des aptres, la race de Jsus est le tronc o nous sommes ents []

Au surplus, deux faits fort importants s'imposent ici notre considration. Le premier, c'est le nombre relativement grand et en tout cas vraiment impressionnant, des Juifs qui depuis quelque temps se convertissent au catholicisme [] Jamais la conscience religieuse des Juifs n'avait encore paru si fortement branle. Le second fait, c'est l'extraordinaire lan de prire qui se produit dans l'glise, pour Isral, et dont ces conversions sont prcisment le fruit [] Et c'est ainsi que l'glise, presse par sa charit, et malgr cette sorte d'horreur sacre qu'elle garde pour la perfidie de la Synagogue, et qui l'empche de plier les genoux lorsqu'elle prie pour les Juifs le Vendredi saint, c'est ainsi que l'glise continue et rpte parmi nous la clameur : Pater dimitte illis de Jsus crucifi. Il me semble qu'il y a l une indication dont les crivains catholiques ne peuvent pas ne pas tenir compte. Autant ils doivent dnoncer et combattreles Juifs dpravs qui mnent avec des chrtiens apostats, la Rvolution antichrtienne, autant ils doivent se garder de fermer la porte du royaume des cieux devant les mes de bonne volont...

Citons enfin les propos rvlateurs suivants, extraits d'une homlie prononce, le 6 janvier 1939, par Mgr Adeodato Piazza, archevque de Venise [5]:

Ce fut un authentique pcheur juif, le chef des aptres, qui, peu de semaines aprs le dicide, parlant du Christ au Sanhdrin, a formul la condamnation contre la Synagogue Dire simplement que l'glise protge les juifs, c'est affirmer une chose qui n'est pas vraie [] Dire que l'glise se met aujourd'hui en opposition avec son pass est pareillement une affirmation anti-historique et arbitraire : l'glise n'a jamais fait de luttes de race ni n'aurait pu le faire sans renier ses origines, sa finalit, sa mission divine. Il est bien vrai qu'elle dut, et non rarement, avec les moyens qu'elle avait sa disposition, se dfendre elle-mme, ainsi que ses fidles, contre de dangereux contacts et l'envahissement des juifs, qui semble tre, en vrit, la note hrditaire de ce peuple. Mais on doit aussi reconnatre, si l'on ne veut pas mentir, que dans les ractions provoques trop souvent par l'arrogance juive, on peut avoir, de la part de l'glise, des suggestions et des exemples d'quilibre, de modration et de charit chrtienne.

Tel tait l'tat d'esprit qui prvalait, concernant les Juifs, tant dans le clerg que dans l'intelligentsia catholique, dans les dcennies qui prcdrent la Shoah.

On dira que les choses ont bien chang depuis. C'est vrai. Il y eut d'abord le chapitre 4 de la Dclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II, texte laborieux et trs controvers, consacr la premire mditation positive de l'Eglise sur le peuple juif. Ensuite, virent le jour, au fil des annes, des documents d'application et d'approfondissement de cette rflexion sminale. Mme la Shoah, aprs de longues dcennies de quasi silence, a fait l'objet de dclarations de l'Eglise catholique et de Commissions piscopales nationales, ainsi que de reprsentants d'autres confessions chrtiennes. Incontestablement, les attitudes chrtiennes ont volu - surtout, il faut bien l'avouer, l'initiative de hirarchies dment claires par des thologiens inspirs. Cette bonne volont s'est avre importante et mritoire, sans qu'il soit possible de suspecter les Eglises d'intentions missionnaires, mme si l'unanimit est loin de rgner dans leurs rangs ce propos.

Mais ce constat positif tant fait, force est de reconnatre que, pour les Eglises comme pour leurs fidles, le peuple juif reste une nigme indchiffrable et le plus souvent irritante. Il faut galement dplorer que son rle dans l'conomie du salut - pour employer une phrasologie chrtienne familire - ne fasse pas encore l'objet d'un trait spcial de la thologie comme il le mriterait.

C'est ainsi que restent toujours sans rponse aujourd'hui des questionnements aussi cardinaux que ceux-ci :

  • Si, comme l'affirme Nostra Aetate 4, l'Eglise croit que le Christ a rconcili les Juifs par sa croix et en lui-mme, des deux n'a fait qu'un [cf. Ep 2, 14-16], pourquoi son enseignement ne souffle-t-il mot du rle dvolu par Dieu, dans Son dessein de salut, ce peuple-olivier franc dont la racine la nourrit ?
  • Si la majorit des Pasteurs et des fidles chrtiens admettent, avec saint Paul, que Dieu n'a pas rejet le peuple qu'il a discern d'avance (cf. Rm 11, 2), comment concilient-ils cet aveu avec l'affirmation rcurrente selon laquelle l'Eglise est le nouveau peuple de Dieu et le nouvel Isral (cf. Lumen Gentium, 9 et Ad Gentes, 5) ?
  • Dans un discours aux communauts juives d'Allemagne (Mayence, 1980), le pape Jean-Paul II a parl de la Premire Alliance qui n'a jamais t abolie (cf. Rm 11, 28-29). Quel est le statut dogmatique de cette affirmation, et comment compte-t-on convaincre de sa compatibilit avec l'enseignement traditionnel de l'Eglise les nombreux fidles qui, se fondant sur un texte notestamentaire dont on peut dduire le contraire [6] et soutenus sur ce point par maints prdicateurs et conseillers spirituels (clercs et lacs), ne cachent pas leur non-rception de cette audace thologique ?
  • Enfin, le temps n'est-il pas venu, pour les Eglises, de considrer l'incrdulit juive multisculaire incoercible l'gard de la messianit et de la divinit de Jsus, comme un paramtre intgr de toute ternit dans la dispensation de la Rvlation divine [7], et d'admettre que le Seigneur a, concernant le salut des nations en gnral et celui du peuple juif en particulier, des conceptions trs diffrentes de celles qu'exposent laborieusement les formulations actuelles de la Christologie et de l'Ecclsiologie chrtiennes ? [8]



Et puis, il reste la pierre d'achoppement sur laquelle buttent mme de nombreux philosmites inconditionnels : le sionisme, souvent considr comme le pch moderne des Juifs.

Pourtant, dans l'esprit de ses fondateurs, l'poque des pogromes russes et de l'affaire Dreyfus, ce mouvement de rappropriation lacise du vieux rve religieux exprim depuis des millnaires par le souhait traditionnel : L'an prochain Jrusalem rebtie !, sous la forme d'une aspiration recrer un tat national sur la terre ancestrale, apparaissait comme la seule rponse adquate aux violentes perscutions antismites auxquelles n'avaient mis un terme ni l'mancipation ni le loyalisme national dont les Juifs avaient pourtant fait la preuve dans tous les pays o ils s'taient, dans l'ensemble, bien intgrs. Les thoriciens de ce mouvement taient convaincus que leur peuple devait prendre en mains son destin politique et social, au lieu de subir la loi et les avanies des nations o il n'avait t, durant de longs sicles, qu'un hte tout juste tolr, souvent humili, menac, spoli, voire mis mort, et toujours contraint de composer et de ruser pour survivre et prserver ses acquis. A leurs yeux, seul un Etat fond par des Juifs sur une terre juive, pouvait rdimer leur peuple responsable, par veulerie ou rsignation, de son image, alors universellement rpandue, d'usurier ou de colporteur cruel et cupide. Qui et pu prvoir que la pitre terre lointaine, qui n'tait alors l'objet d'aucune revendication nationale, et dont on n'et jamais imagin qu'elle serait un jour dispute au peuple qui en tait issu, deviendrait un pige pour les Juifs qui, las d'tre les parias des nations, avaient cru - tragique navet ! - recouvrer leur dignit et gagner le respect de l'humanit en devenant enfin une nation comme les autres?

Alors que les vnements tragiques du Proche Orient ont ramen la Une des journaux la brlante question palestinienne et celle, plus explosive encore, du statut de Jrusalem, l'attention des nations - et, parmi elles, celle des nations chrtiennes - se concentre nouveau sur le peuple dans la bouche duquel le Psalmiste mettait, voici plus de 2500 ans, cette plainte :

Tu as fait de nous un objet de contradiction pour nos voisins (Ps 80, 7) [9]

On le sait : quiconque fait bande part suscite la contradiction. Tel est bien le cas du Juif.

Son refus tranquille de la foi chrtienne, sa certitude imperturbable que le monde n'est pas encore rdim, et donc que son attente messianique n'est pas vaine, irritent beaucoup de chrtiens, qui se scandalisent de ce que la tradition rabbinique applique son peuple, ou au Messie qui, croit-elle, sortira de lui, tous les passages scripturaires traditionnellement considrs par eux comme se rfrant uniquement Jsus.

Oui, le peuple juif suscite la contradiction universelle. Comme ce fut le cas de Jsus, d'ailleurs. [10]

Oui, il se peut que son attachement viscral sa terre ancestrale et aux vestiges du Temple de Jrusalem n'apporte pas la paix, mais la guerre. Une fois de plus, comme ce fut le cas de Jsus [11].

Etrangement, une relecture de l'Ecriture la lumire de l'histoire, sublime et misrable la fois, de ces Juifs, accabls de grces et de responsabilits incompatibles avec la faiblesse humaine, tour tour hroquement fidles et tragiquement infidles, mais toujours lus et chris de Dieu cause des Pres (cf. Rm 11, 28), pourrait tre de nature faire comprendre aux mes droites qu'il fallait sans doute que ce peuple soit en butte une contradiction aussi universelle pour que, cessant de fuir sa vocation tre une alliance de peuple et une lumire pour les nations (cf. Is 42, 6), il accepte que Celui qui dispersa Isral le rassemble (cf. Jr 31, 10) et l' amne Sion [12], jusqu' ce que lui-mme, d'abord, puis les nations de la terre, reconnaissent qu'il est une race bnie du seigneur (cf. Is 61, 9). [13]


Parvenu au terme de cet article trs imparfait, qu'il nous soit permis d'inviter les chrtiens, par la bouche de leur aptre Paul, respecter le mystre de ce peuple qui rside part [14] et n'est pas compt parmi les nations : ce Juif, signe de contradiction :

Toi, qui es-tu pour juger le serviteur d'autrui?
Qu'il reste debout ou qu'il tombe, cela ne concerne que son matre;
d'ailleurs il restera debout,
car le Seigneur a la force de le soutenir.
(Rm 14, 4)



--------------------------------------------------------------------------------

*Article paru dans la Revue de Ligug n 295, janvier 2001.

Notes

[1] Cf. Dt 17, 14 ; 1 S 8, 5.20 ; Ez 20, 32, etc.

[2] Tel est, en effet, le sens de l'exgse, symbolique autant que populaire, du terme ivri, accol au nom d'Abraham en Gn 14, 13, que l'on peut lire dans le trs ancien Midrash Bereshit Rabbah, Parashah 41 (42).

[3] Cf. Georges Passelecq, Bernard Suchecky, L'encyclique cache de Pie XI. Une occasion manque de l'glise face l'antismitisme, La Dcouverte, Paris, 1994, pp. 173-177.

[4] Cit d'aprs Jacques Maritain. L'impossible antismitisme, par Pierre vidal-naquet, Descle de Brouwer, Paris, 1994, pp. 61-68. Maritain, on le sait, s'illustrera plus tard par sa prise de position dans la dfense du peuple juif.

[5] Cit d'aprs Passelecq, Suchecky, L'encyclique cache de Pie XI, op. cit., pp. 192-193.

[6] He 8, 1 : En disant: alliance nouvelle, il rend vieille la premire. Or ce qui est vieilli et vtuste est prs de disparatre. Cf. M.R. Macina, Caducit ou irrvocabilit de la premire Alliance dans le Nouveau Testament? propos de la formule de Mayence , dans Istina XLI/5, novembre-dcembre 1996, pp. 347-400.

[7] Cf. la parole de Dieu par Shemaya, lors du schisme des 10 tribus (1 R 12, 24) : Ainsi parle le seigneur : N'allez pas vous battre contre vos frres, les enfants d'Isral; que chacun retourne chez soi, car cet vnement vient de moi.

[8] Comme il est crit : Car vos penses ne sont pas mes penses, et mes voies ne sont pas vos voies, oracle du seigneur. (Is 55, 4).

[9] Signalons que le grec : antilogia ('querelle', contradiction', opposition', contestation'), utilis par la Septante (Ps 79, 7) pour traduire l'hbreu : madon, dans ce verset, se retrouve, la forme verbale passive, en Lc 2, 34, cit note suivante. Constructions similaires en Ac 28, 22 et He 12, 3.

[10] Cet [enfant] sera occasion de chute et de relvement pour beaucoup en Isral, et signe [qui suscite la] contradiction (eis smeion antilegomenon) (Lc 2, 34).

[11] N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. (Mt 10, 34). Maints passages scripturaires annoncent une monte des nations contre Isral et contre Jrusalem, et entre autres : Is 29, 8 ; Jl 4, 2.12 ; Za 14 ; Ha 3, 16 ; Lc 21, 24 ; etc.

[12] Le caractre progressif de ce retour est attest par Jrmie : Je vous prendrai, un d'une ville, deux d'une famille, pour vous amener Sion. (cf. Jr 3, 14 ss.).

[13] Ce sont l, objectera-t-on peut-tre, des interprtations fondamentalistes de passages scripturaires qui n'ont pas t crits pour cela. Ce danger existe, en effet. Mais n'est-ce pas prendre un risque plus considrable encore que de se retrancher derrire une objectivit mthodique pour rcuser a priori la possibilit qu'un texte, crit dans une situation prcise par un auteur dont l'intention tait l'vidence tout autre que ce qui en sera dduit plus tard si l'Esprit Saint l'a voulu ainsi, soit comme gntiquement porteur d'un accomplissement ultrieur imprvisible vue humaine et connu de Dieu seul ? Cf. l'analyse pertinente de L.-J. Bord, Au commencement tait le Verbe , in Lettre de Ligug 294, octobre 2000, pp. 12-14, o sont dmarqus les inconvnients d'une radicalisation de l'une ou l'autre attitudes exgtiques.

[14] L'tude de cette thmatique et de ses harmoniques prophtiques excderait les limites de cet article. Contentons-nous de signaler les rfrences suivantes : Dt 33, 28 (surtout) ; Mi 7, 14 ; Ps 4, 9 ; Jr 49, 31 = Ez 38, 8, etc., auxquelles le lecteur dsireux d'approfondir la prsente rflexion se reportera avec profit.



05-11-2005 | Commentaires (0) | Public
voirAjoutez votre commentaire

Identification
Pseudo
 
Mot de passe

Mot de passe oublié ?
S'inscrire à ce site
tudier
Calendrier
<< fvrier 2019 >>
dim lun mar mer jeu ven sam
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28