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Avant-propos d'un des responsables de ce site
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On m'a demandé d'exposer ma conception personnelle des modalités de l’accomplissement du dessein divin sur les Juifs et les chrétiens, à l’approche de la Fin des Temps, tel qu’il est chromosomiquement contenu dans les Ecritures et se déploie dans l’histoire des hommes, qui ira à son terme jusqu’à l’irruption du Royaume de Dieu ici-bas. Voici un peu plus d’un demi-siècle que je le scrute, avec crainte et tremblement, mais aussi avec confiance.

Et tout d'abord, une confession - sans com­plaisance, mais également sans que je croie avoir à en rougir : je suis un chrétien à l’âme juive. Ce qui ne veut pas dire que j'aie renié le Christ ou que je ne croie plus à Lui comme unique cause de Salut pour tous les hommes. J'ose le dire bien haut : je crois pleinement à la messianité et à la divinité de Yeshua de Nazareth. D'autant plus pleinement qu'il m'apparaît comme le moteur intime et incom­préhensible, le noyau sublime de son Peuple, les Juifs, chez lesquels et pour lesquels il est venu. Et si, dans leur ensemble, ils ne l'ont pas reconnu, lui est entré dans ce Peuple, substantiellement, les a rachetés par sa mort et ressuscités par sa résurrection, tout comme nous, les chrétiens, d'ailleurs, mais avec une nuance de préséance dans le dessein divin, ainsi que semble le comprendre Paul : "Le Juif d'abord, le Grec ensuite" (1 Co 1, 22-24). Ils ne sont donc pas rejetés, comme en témoigne éloquemment l’Apôtre : "Dieu n'a pas rejeté le peuple que d'avance il a discerné" (Rm 11, 2). Et, dès lors, nous entrons en plein mystère, car la plénitude de leur vocation - elle aussi messianique - est encore à venir et les chrétiens doivent, non seulement y croire, mais encore faire tout ce qui est en leur pouvoir pour qu'elle se réalise.

J'appartiens à la génération de ceux qui ont vu et connu une partie des horreurs de la Seconde Guerre mondiale. De plus, j'ai eu le triste privilège d'être, dès l'âge le plus tendre, le témoin effaré du traitement dégradant infligé aux Juifs. J'ai demandé des explications aux adultes, mais tous se dérobaient. Je me souviens qu'ils avaient vaguement honte, mais d'une honte agacée. Je ne vois pas la possibilité de qualifier autrement ce genre d'attitude que je devais, malheureusement, rencontrer encore maintes fois dans ma vie. C'est la réaction excédée de l'homme sans histoire, face aux malheurs interminables de celui dont la vie semble prendre un malin plaisir à 'tourner mal’. Au début, on le plaint sincèrement, même on l'aidera quelque peu ; dans le meilleur des cas, on prendra timi­dement sa défense, parce que l'homme honnête perçoit bien qu'au fond, c'est la mal­chance ou la malveillance qui s'acharnent sur ce pauvre bougre. Mais si, d'aventure, les malheurs de ce paumé récidivent, se compliquent même au point de rendre sa fréquen­tation lassante, voire dangereuse, alors on se détourne de lui, en s'excusant de n'être pas un héros. Souvent même, pour mieux museler leur conscience qui crie encore, les anciens défenseurs d'hier se muent en accusateurs accablants et vont jusqu'à rejeter sur la victime la responsabilité de ce qui lui arrive. Il m'a fallu de longues années pour comprendre que c'était là le drame de Job et de tous ceux qui semblent rejetés de Dieu, tant leur misère est grande.

Mais ce n'est pas seulement Auschwitz qui m’a amené à relire et à comprendre le dessein de Dieu sur le peuple juif, à la lumière de son histoire et des prophéties de l’Ecriture à son sujet, et donc différemment de ce que m’avaient enseigné la foi et la tradition chrétiennes. L’histoire subséquente et le comportement pharisaïque et cynique de la majeure partie des nations à l’égard d’un pauvre petit peuple de rescapés, aux prises avec des problèmes géopolitiques trop grands pour lui et des crises économiques et sociales dont il n’est en rien responsable, ont ramené Israël au banc des accusés. Mais, cette fois, tant les données que les proportions ont changé du tout au tout. Tout d’abord le procès est public, il a pour siège l’Assemblée des nations. De surcroît, quoi qu’en disent ses détracteurs, l’accusé n’a guère les moyens de se défendre. Il ne représente pas grand-chose, il n’est pas riche, il cause des ennuis à tout le monde, il est réputé n’en faire qu’à sa tête ; bref, le moins qu’on puisse en dire est qu’il n’a pas bonne presse. Et, devant toutes ces accusations hargneuses, parfois si mensongères et ridicules, que les Juifs, et surtout les Israéliens, sont naïvement persuadés qu’aucun homme de bon sens et de bonne foi n’y accordera créance, que font les hommes, qui n’ont pas l’excuse du manque d’information ? Le plus souvent, ils aboient avec les loups. Dans le meilleur des cas ils somment Israël de "mettre de l’eau dans son vin", d’être plus souple, ceci sans même prendre la peine d’examiner le problème en question. Et pourquoi ? Parce que, au fond, il ne les intéresse pas de savoir qui a raison, ni même si l’accusé a posé tel acte, du fait qu’il se croyait (à tort ou à raison, mais de bonne foi) en état de légitime défense. Non, ce que veut le monde, c’est qu’on lui fiche la paix, ce qui est la blasphématoire caricature de faire la paix dans la concorde pour arriver à s’aimer.

Oui, devant ce nouvel antisémitisme à rassurante coloration politique, j’ai commencé de frémir. D’autant qu’il s’est donné, sans le savoir, un nom prophétique : antisionisme. Admirable piège divin, tendu, tout au long des Ecritures, que ces gens ne connaissent, ni ne comprennent, car, sinon, ils sauraient discerner leur destin (Dt 32, 29) (Sefarim)). Sion est le nom poétique et mystique de Jérusalem. Les prophéties qui annoncent une montée concertée des nations contre Israël sont si nombreuses qu’on n'a que l'embarras du choix. Mais la meilleure description de ce combat eschatologique se trouve en Zacharie, au chapitre 12 :

"Il arrivera en ce jour-là que je ferai de Jérusalem une pierre à soulever pour tous les peuples et tous ceux qui la soulèveront se blesseront grièvement" (Za 12, 3) (Sefarim).

La suite du texte et bien d'autres passages parallèles, indiquent clairement que Dieu prend fait et cause pour Jérusalem et détruit les assaillants. Or, comment l'Ecriture appelle-t-elle ces agresseurs? - "Soneï tsion", c'est-à-dire : "ceux qui haïssent Sion", les antisionistes.

Et, à ceux qui seraient tentés de m'accuser de fondamentalisme, je proposerai de méditer sur l'étrange et mystérieuse concordance de situations que voici. Monsieur Khomeni, le sanglant et fanatique dictateur religieux de l'Iran et initiateur de la révolution islamique, avait donné à sa guerre contre l'Iraq le nom symbolique de "Bataille de Jérusalem". Comme certains s'en étonnaient devant lui, il leur expliqua qu'après sa victoire inéluctable sur l'Iraq, il s'emploierait à libérer les Lieux Saints musulmans de la sacrilège occupation sioniste ! Et tout récemment encore, son pâle avatar, Mahmoud Ahmadinejad, le nouveau président iranien, reprenait à son compte, dans son discours du 26 octobre 2005, ce plan exterminateur, en ces termes :

« Notre cher Imam [
Khomeni] a ordonné que le régime qui occupe Al-Qods [Jérusalem] soit rayé de la surface de la terre. Ce qui a été une parole très sage ».

Pourquoi nous en étonner ? C'est bien ainsi qu'ont parlé d'autres tyrans non moins redoutables, depuis les rois d'Assur et de Babylone et jusqu'à Antiochus Epiphane, qui menaçait: "Arrivé à Jérusalem, je ferai de cette ville la fosse commune des Juifs" (2 M 9, 4).

Souvenons-nous du plus récent avatar de ces antichrists diaboliques. C'était il y a quelque soixante ans seulement. Hitler tentait d'imposer au monde son idéologie de malade mental. Et il a bien failli y réussir. De nos jours, pour mieux exorciser ce spectre, on prétend que sa haine des Juifs n'était qu'un cas particulier de son racisme aryen - et de citer les exterminations de Gitans et, en général, de tous ceux dont les tares physiques eussent déshonoré et souillé les surhommes dont rêvaient les dantesques promoteurs des lois raciales de Nuremberg. C'est là un argument fort séduisant et, surtout, très sécurisant pour ceux dont la conscience les torture encore, au souvenir de l'atroce réussite de cette philosophie diabolique, en ce qui concerne les Juifs, et ce - il faut bien l'avouer - avec l'accord tacite des puissances de ce monde, quand ce ne fut pas avec leur collaboration active (et les quelques rarissimes exceptions tant montées en épingle ne laveront jamais cette géné­ration d'une telle tache !...)

La lecture de quelques passages d’un petit livre, malheureusement peu connu, de Herman Rauschning, l’un des proches collaborateurs d'Hitler, nous montre que le racisme n’a rien à voir avec la haine démoniaque qu’éprouvait le dictateur nazi envers le peuple juif. Après avoir été longtemps un partisan fervent du national-socialisme et de son fondateur, Rauschning, dégoûté par la démesure et la folie de son maître, a fini par s'enfuir en France, en 1940. L'année suivante, paraissait, en France Libre, le récit de ses confidences, sous le titre : Hitler m'a dit. En voici quelques passages significatifs, mais il faudrait lire tout l’ouvrage:

De même que les Juifs ont dû souffrir la dispersion avant de conquérir la puissance universelle qu'ils avaient atteinte, c'est nous qui sommes maintenant le peuple élu de Dieu, qui va rassembler ses membres épars pour dominer la terre.

……………………

 

Les Tables de la Loi du Sinaï ont perdu toute valeur. La conscience est une invention judaïque, c'est, comme la circoncision, une mutilation de l'homme.

……………………

 

Mes Juifs sont les meilleurs otages dont je dispose. La propagande anti-sémitique est, dans tous les pays, une arme indispensable pour porter partout notre offensive politique. On verra avec quelle rapidité nous allons bouleverser les notions et les échelles de valeur du monde entier, uniquement par notre seule lutte contre le Judaïsme. D'ailleurs, les Juifs sont nos meilleurs auxiliaires. Malgré leur situation exposée, ils se mêlent partout, quand ils sont pauvres, aux rangs des ennemis de l'ordre et des agitateurs, et ils apparaissent, en même temps, comme les détenteurs patents et jalousés de capitaux formidables. Il est donc facile de justifier la lutte contre les Juifs dans tous les pays, au moyen d'exemples popu­laires que tout le monde comprendra; dès l'instant où l'on fait pénétrer dans les cervelles le principe raciste en dévoilant les méfaits des Juifs, tout le reste s'ensuit très rapidement.

……………………

 

Car c'est seulement entre ces deux forces que se déroule le combat pour la suprématie mondiale : entre les allemands et les juifs! Tout le reste n'est que mirage et néant. Israël se cache derrière l'Angleterre, derrière la France et derrière les Etats-Unis. Même lorsque nous aurons chassé le Juif d'Allemagne, il restera toujours notre ennemi mondial !

……………………

 

Si le juif n'existait pas, il faudrait l'inventer. On a besoin d'un ennemi visible et non pas seulement d'un ennemi invisible... Le Juif réside toujours en nous. Mais il est plus facile de le combattre sous sa forme corporelle que sous la forme d'un démon invisible; le Juif était l'ennemi de l'Empire Romain, il l'était même déjà de l'Egypte et de Babylone. Mais je suis le premier a entamer avec lui une guerre a mort... Quand j'ai lu, il y a longtemps, les Protocoles de Sion, j'en ai été bouleversé. Cette dissimulation dangereuse de l'ennemi, cette ubiquité!... J'ai compris tout de suite qu'il fallait faire comme eux, à notre façon bien entendu... Comme ils nous ressemblent et, à d'autres égards, comme ils sont différents !... Quelle lutte s'engage entre eux et nous ! L'enjeu est tout simplement la destinée du monde !

……………………

 

Il ne peut y avoir deux peuples élus. Nous sommes le peuple de dieu ! Ces quelques mots décident de tout !... Deux mondes s'affrontent : l’homme de Dieu et l'homme de Satan ! Le juif est la dérision de l'homme. Le Juif est la créature d'un autre Dieu. Il faut qu"il soit sorti d'une autre souche humaine. L'Aryen et le Juif, je les oppose l'un à l'autre et, si je donne a l'un le nom d'homme, je suis bien obligé de donner un nom différent a l'autre. Ils sont aussi éloignés l'un de l'autre que les espèces animales de l'espèce humaine. Ce n'est pas que j'appelle le Juif un animal. Il est beaucoup plus éloigné de l'animal que nous, Aryens. C'est un être étranger à l'ordre naturel, un être hors nature!... (1).

 
Et Rauschning conclut le récit de cet entretien hallucinant en ces termes :

 

Hitler semblait vouloir poursuivre, mais il était comme terrassé par l'étrangeté de sa vision. Les mots ne venaient plus sur ses lèvres. Son visage était crispé. Dans son excitation, il fit claquer ses doigts : les... les juifs, bégaya-t-il, c'est quelque chose de... c'est une leçon que nous n'aurons jamais fini d'apprendre!...

 


On ne méditera jamais assez sur ces paroles, diaboliquement prophétiques, de celui qu’il conviendrait d’appeller «le faux prophète de l'antisémitisme». Certes, on pourra toujours objecter que cette sinistre époque est révolue et que nul n'oserait, de nos jours, se servir de telles théories. Je l'affirme ici bien haut : non seulement une telle théorie existe encore, mais elle a été adaptée, développée et savamment distillée dans les esprits, durant ces dernières décades, dotée de l'énorme force de frappe des médias de masse. Elle pénètre inexorablement dans les esprits et dans les coeurs, trouve son aliment et sa justification de mauvaise foi dans les agissements réputés scandaleux et criminels d'un petit peuple juif, à peine en voie de reconstitution après la plus sanglante hémorragie de son histoire. Ce mauvais esprit est d'autant plus redoutable qu'il se pare du manteau de la justice et de la vertu et s'arroge le droit, non seulement de juger, mais de condamner sans l'entendre, un groupe d'êtres humains, ni meilleurs, ni pires que les autres. Ceux qui s'érigent ainsi en accusateurs de leurs frères se chargent d'une bien lourde responsabilité. Ils risquent de faire exactement le jeu de Satan, dont le nom signifie précisément "accuser", "calomnier". C'est bien ainsi que l'Ecriture nous présente les agissements du Diable. Il accuse Job de n'avoir aucun mérite à être vertueux, puisqu'il est comblé des dons de Dieu (Jb 1, 9-11) (Sefarim). Il accuse Josué, le grand-prêtre, l’"homme de présage", qui préfigure le sacerdoce des temps messianiques (Za 3) (Sefarim). Et enfin, c'est lui, l'"accusateur de ses frères", que Michel et ses anges précipitent du ciel (Ap 12, 7ss).
 

Je voudrais m'attarder un instant sur le drame de Job, car il constitue, me semble-t-il, une typologie prophétique du procès inique fait, par les nations, à un Israël qui, s'il n'est pas parfait, est cependant innocent de ce dont on l'accuse. Face à ses faux amis hypocrites et impitoyables qui prétendent justifier Dieu de ce qu'il permet qu'on inflige à son serviteur, Job se récrie :

"Mes frères ont été décevants comme un torrent (...) Tels vous êtes près de moi, à cette heure; à ma vue, saisis d'effroi, vous vous dérobez". (Jb 6, 15-23) (Sefarim).

On songe ici au cri du psalmiste :

"Tu as éloigné de moi mes compagnons, tu as fait de moi une horreur pour eux" (Ps 88, 9) (Sefarim).

Ou encore :

"Et moi, ver et non point homme, honte du genre humain (N'est-ce pas exac­tement ainsi qu'Hitler, cité plus haut, caractérisait le peuple juif : "le juif est la dérision de l'homme!"?...) rebut du peuple. Tous ceux qui me voient me bafouent" (Ps 22, 7) (Sefarim).

Tandis que l'auteur des Lamentations attribue cette plainte à tout le peuple :

"Tu as fait de nous des balayures, un rebut parmi les peuples!" (Lm 3, 45) (Sefarim).

Mais Job ne fait pas que se plaindre, il proclame hautement son innocence :

"Ne cesserez-vous pas de me tourmenter, de m'écraser par vos discours! Même si j'ai fait fausse route et que je persiste dans mon égarement, en vérité, quand vous pensez triompher de moi, justifier le mépris dont on m'accable, sachez que c'est Dieu qui m'opprime et qui m'enveloppe de son filet" (Jb 19, 2-6) (Sefarim).

On ne peut s'empêcher de songer aux souffrances du Messie, prophétisées par Isaïe, en ces termes :

"L’ETERNEL s'est plu à l'écraser par la souffrance" (Is 53, 10) (Sefarim).

Tandis que les Psaumes attribuent les mêmes épreuves à tout le peuple :

"Ils s'acharnent sur celui que tu frappes, ils rajoutent aux blessures de ta victime!" (Ps 69, 27) (Sefarim). "Qu'ils le sachent, ETERNEL, c'est là ta main ! Toi, ETERNEL, voilà ton oeuvre!" (Ps 109, 27) (Sefarim).

Après avoir imploré en vain la compréhension, puis crié son innocence, Job clame que sa cause n'est pas encore jugée. Il est certain que Dieu lui rendra justice ;

"Revenez! Ne soyez pas injustes! Revenez! Car mon droit (ou "ma justice") reste en cause!" (Jb 6, 29) (Sefarim).

Ce droit des Juifs, qu'ils proclament depuis des millénaires­ et qui agace tant les nations, Dieu lui-même le leur garantit :

"Ecoute, Eternel, la voix de Juda et ramène-le à son peuple. Que ses mains défendent son droit! Viens-lui en aide contre ses ennemis!" (Dt 33, 7) (Sefarim).

"Car L’ETERNEL va faire droit à son peuple..." (Dt 32, 36) (Sefarim).

"Tandis que je me disais : Je me suis fatigué en vain, c'est pour rien que j'ai usé mes forces. En réalité, mon droit subsistait auprès de L’ETERNEL, ma récompense, auprès de mon Dieu, j'étais glorifié aux yeux de L’Eternel, mon Dieu était ma force!" (ls 49, 4) (Sefarim).

Enfin, devant la mauvaise foi inconditionnelle de ses accusateurs, Job menace :

"Lorsque vous dites : Comment l'accabler? Quel prétexte trouverons-nous en lui? Craignez pour vous l'épée, car la colère s'enflammera contre les fautes, et vous saurez qu'il y a un jugement" (Jb 19, 28-29) (Sefarim).

Ayant réglé ses comptes avec les hommes, Job s'en remet maintenant à Dieu :

"Je sais, moi, que mon Goël (2) est vivant, que Lui, le dernier, se lèvera sur la terre (...) et, de ma chair, je verrai dieu! " (Jb 19, 25-27) (Sefarim).

Cette simple phrase recèle bien des mystères. Examinons les réminiscences scripturaires de cette proclamation de foi :

"Car tu sauvas mon âme de la mort pour qu'elle marche a la face de Dieu, dans la lumière des vivants" (Ps 56, 14) (Sefarim).

"Quand le Seigneur vous aura donné le pain de l'angoisse et l'eau de la détresse, celui qui t'instruit ne se cachera plus et tes yeux verront celui qui t'instruit" (Is 30, 20) (Sefarim).

"Une voix! Tes guetteurs crient de joie, car ils voient, les yeux dans les yeux, L’ETERNEL revenant à Sion!" (Is 52, 8) (Sefarim).

"Eveille-toi, éveille-toi, Jérusalem, toi qui as bu, de la main de L'ETERNEL, la coupe de sa colère" (Is 51, 17) (Sefarim).

"Et moi, dans la justice, je contemplerai ta face, au réveil, je me rassasierai de ton image!" (Ps 17, 15) (Sefarim).

Nous le savons, l'éveil, ou le réveil, est le substitut poétique et symbo­lique de la résurrection, tout comme le sommeil l'est de la mort. Or, voici que Paul nous prédit la résurrection spirituelle du peuple juif , lorsqu'il s'écrie : "car, si leur mise à l'écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur admission, sinon une résurrection d'entre les morts!" (Rm 11, 15).

Et, quand cette merveille se produira-t-elle? - Osée nous le révèle dans le mystère :

"Venez, revenons à L’ETERNEL. Il a déchiré, il nous guérira. Il a frappé, il bandera nos plaies. Après deux jours, il nous rendra la vie, le troisième jour, il nous relèvera et nous vivrons en sa présence!" (Os 6, 1-2) (Sefarim).

Or, Jésus est réputé avoir dit :

"Détruisez ce sanctuaire, et, en trois jours, je le relèverai!" (Jn 2, 19).

Et, si nous n'avons pas encore entrevu le mystère, Pierre nous y aide, lorsqu'il écrit, citant le Psaume 90, 4 (Sefarim):

"Devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un JOUR" (2 Pi 3, 8).

Que celui qui a des oreilles pour entendre comprenne ! ...

Je l’affirme ici, espérant avoir, en cela, l'Esprit de Dieu : Dieu a rétabli son peuple.

L'Evangile de Matthieu nous en fournit la typologie mystérieuse lorsqu'il écrit que c’est à l’occasion du massacre des enfants de Bethléem, que s'accomplit l'oracle du prophète Jérémie :

"Une voix dans Rama s'est fait entendre, pleur et longue plainte : c’est Rachel pleurant ses enfants, et elle ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus" (Mt 2,17-18; Jr 31, 15) (Sefarim).

Or, si nous nous reportons au contexte, dans Jérémie, nous constatons qu'il y a une suite optimiste à cette triste prophétie :

"Ainsi parle L'ETERNEL: Cesse ta plainte, sèche tes yeux! Car il est une compensation pour ta peine - oracle de L’ETERNEL - ils vont revenir du pays ennemi. Il y a espoir pour ton avenir - oracle de L'ETERNEL - ils vont revenir, tes fils, sur leur territoire" (Jr 31, 16-17) (Sefarim).

Cela n'est-il pas clair pour nous? La première partie de cet oracle concerne les martyrs: pas plus que les petits innocents de Bethléem, les gazés des camps de la mort ne ressuscitent en ce monde. L'Evangéliste n'avait donc pas de raison de citer la seconde partie de cet oracle, car ce dernier n'était pas pour son temps, qui est le nôtre. En effet, si nous y regardons de plus près, avec les yeux de l'esprit, nous commençons à discerner qu'à l'Hérode Edomite (Amaleq !), qui cherche à détecter le Roi-Messie, à l'aide des Ecritures, correspond étrangement l'Aryen Hitler qui - on l'a vu plus haut — a si génialement perçu la nature mystérieuse de la condition juive. Tous deux ont la même démesure : ils se dressent violemment "contre Dieu et contre Son Oint" (cf. Ps 2) (Sefarim), mais leur entreprise démoniaque se solde par le même échec radical : Jésus fuit en Egypte, les Juifs, dans les nations. Mais, malheureusement, dans les deux cas, le prix est tragique : à Bethléem, quelques dizaines d'innocentes victimes, dans les camps de la mort, quelques millions !... Ce n'est qu'après l'horreur qu'est venue la "compensation" (en hébreu, sakhar, c'est-à-dire "salaire", "rétribution") : les fils de Rachel ont commencé de revenir sur leur sol ancestral ! Que ce soit un retour progressif, différent du Grand Retour qui sera l'oeuvre de Dieu lui-même, c'est encore Jérémie qui l'atteste :

"Je vous prendrai, un d'une ville, deux d'une famille, pour vous amener à Sion" (Jr 3, 14) (Sefarim).

Quant à ceux qui refusent obstinément de voir, dans cette reconstitution progressive du peuple d'Israël, une oeuvre de Dieu (parce que ce sont des Juifs persé­cutés qui en ont eu l'initiative, précisément - ô divine ironie! - pour être enfin une nation comme les autres nations de la terre), ceux-là feront bien de méditer la suite de ce texte :

"Et quand vous vous serez multipliés et que vous aurez fructifié dans le pays, en ces jours-là - oracle de L’ETERNEL – on ne dira plus Arche de l'Alliance de L’ETERNEL. En ce temps-là, on appellera Jérusalem «Trône de L’ETERNEL». Toutes les nations convergeront vers elle, vers le nom de L’ETERNEL, à Jérusalem, et elles ne suivront plus l'obstination de leur coeur mauvais." (Jr 3, 16-17) (Sefarim).

Ce dessein divin qui se dégage de la méditation des textes et situations évoqués ci-dessus, est en cours de réalisation, sous nos yeux incrédules. Dieu a rendu à son Peuple l'existence nationale. Il a commencé à le refaçonner dans son terreau initial, dans ses villes de jadis, dans sa langue d'antan, en attendant de pouvoir lui parler à nouveau face à face, comme aux jours du désert (cf. Osée 2, 16) (Sefarim), afin qu’il se consacre tout entier à lui et que la face du monde en soit changée.

On peut, bien entendu, refuser en bloc ce qu'on appellera peut-être une construction de l'esprit. Pourtant, qu'on y prenne garde, la reconstitution de ce peuple, de nos jours, en moins de deux générations, après environ deux mille ans de dispersion et à la suite du plus grand génocide de son histoire, tout cela ne peut raisonnablement être attribué à un hasard historique. La contradiction universelle qu'a toujours soulevée ce peuple est redevenue cruellement actuelle et se concentre sur la même ethnie, le même sol, avec exactement les mêmes noms de lieux ; et les situations modernes présentent souvent une telle analogie avec des événements relatés dans la Bible, qu'elles peuvent bien être considérées comme la pleine réalisation de prototypes typologigues. On est en droit de se demander si nous ne sommes pas arrivés à l'époque de l’«apocatastase *», dont parlent les prophètes et le Nouveau Testament, c'est-à-dire le temps où arriveront à leur éclosion définitive, toutes les prophéties de l’Ecriture concernant Israël, et où se reproduiront, sous une forme moderne et difficilement reconnaissable, et à un échelon infiniment plus vaste et signifiant, des situations anciennes, dont on comprenda alors toute la portée et l’efficacité (3).

Ne voit-on pas déjà se profiler la fin du temps des nations ? Jésus l’a prédite de façon mystérieuse, en ces termes :

"Ils seront passés au fil de l'épée, emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem demeurera foulée aux pieds par les nations, jusqu'à ce que soient révolus les temps des nations" (Lc 21, 24)?

Les nations, surtout les chrétiennes, supporteront-elles le retour en grâce du peuple juif lorsque celui-ci sera revenu à Dieu de tout son coeur, ainsi que l'atteste et le souhaite toute l'Ecriture? Et, si leur Seigneur réintègre tous ces bannis dans la plénitude de leurs prérogatives messianiques, s'il fait d'eux l'âme du monde et le foyer de Sa manifestation renouvelée, s'il Se drape de ce peuple, comme il est venu en forme d'esclave, sous le nom de Jésus, la Chrétienté n'éprouvera-t-elle pas, envers ce nouveau David, la jalousie mortelle d'un moderne Saül, et les peuples non-chrétiens, la haine implacable d'Edom (Esau) pour son frère élu : Jacob ?

Les prophètes sont unanimes à prédire le rétablissement d'Israël par Dieu et le choix qu'il fera encore (définitivement) de ce peuple élu et de sa Terre Sainte. Mais - chose qui devrait nous faire réfléchir - ils nous présentent presque toujours cet événement comme s'accomplissant contre le gré des nations, comme en témoignent ces quelques citations, parmi tant d'autres :

"J'éprouve un amour jaloux pour Jérusalem et pour Sion, mais une très forte colère contre les nations tranquilles (en sécurité) (5) : car moi, je n'étais que peu irrité, mais elles, elles ont concouru au désastre. C'est pourquoi, ainsi parle L’ETERNEL : je me tourne de nouveau vers Jérusalem avec compassion. Mon temple y sera rebâti - oracle de L’ETERNEL Sabaoth - et le cordeau sera tendu sur Jérusalem" (Za 1, 14-16) (Sefarim).

"Et toi, tour du troupeau,Ophel de la fille de Sion, à toi va revenir la souveraineté d'antan la royauté sur la Maison d'Israël (...) Maintenant des nations nombreuses se sont assemblées contre toi. Elles disent : Qu'on la profane, que nos yeux se repaissent de la ruine de Sion! C'est qu'elles ne connaissent pas le plan de L’ETERNEL et qu'elles n'ont pas compris son dessein : Il les a assemblées comme les gerbes sur l'aire. Debout! Foule le grain, fille de Sion! Car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots, et tu broieras des peuples nombreux..." (Mi 4, 8 (Sefarim); Mi 4, 11-13) (Sefarim).         

On se demandera peut-être le sens de toute cette geste, qui paraît déci­dément bien compliquée. Pourtant, si l'on veut bien se donner la peine de scruter l'agir de Dieu, tel qu'il se révèle tout au long des Ecritures, on entrera dans le mystère, en commençant d'entrevoir la merveilleuse pédagogie de Dieu, ainsi que sa fidélité et sa passion intraitable pour la Justice et la Vérité.

Les Chrétiens admettent, sans hésitation, sur la foi de la parole même de Jésus (Mt 21, 43), que le Royaume de Dieu a été retiré au peuple juif et leur a été donné pour qu'ils en portent les fruits. La parole de Dieu, pensent-ils, ne saurait se démentir. En cela ils ont raison. Pourtant, l'Ecriture nous enseigne que Dieu peut annuler ses engagements si leur bénéficiaire s'en montre indigne. C'est le cas pour Eli, le Grand-Prêtre, qui fermait les yeux sur les exactions de ses fils. Dieu le rejette du sacerdoce en ces termes :

"J'avais bien dit (6). que ta Maison et la Maison de ton père marcheraient toujours en ma présence, mais maintenant - oracle de L’ETERNEL - je m'en garderai, car j'honore ceux qui m'honorent et ceux qui me méprisent sont traités pour rien" (1 S 2, 30) (Sefarim).

De même, le Royaume d'Ephraïm (dix tribus du Nord), qui avait supplanté Juda, la tribu détentrice de la royauté héréditaire sur l'ensemble du Peuple d'Israël, et ce sur décision divine (1 R 11, 29ss) (Sefarim), se verra rejeté par Dieu, à cause de ses nombreuses prévarications, au profit de Juda, réintégré par Dieu dans ses prérogatives, ainsi qu'en témoigne le Psalmiste :

"II rejeta la tente de Joseph, il n'élut pas la tribu d'Ephraïm; il élut la tribu de Juda, la montagne de Sion qu'il aime". (Ps 78, 67-68) (Sefarim) (7).

Mais, dira-t-on, la Chrétienté n'a pas prévariqué gravement. Certes, non. Mais a-t-elle su garder sa ferveur, ne s'est-elle pas installée dans un compromis confortable avec le monde ? Or, c'est précisément dans cette situation que se trouvait l'élite religieuse que Dieu rencontra face à face, en la personne de Jésus. Ce dernier se présenta à elle comme un superbe gêneur. L'intrusion brutale du Royaume de Dieu, dans le royaume de ce monde, venait remettre dangereusement en question le fragile équilibre, durement acquis, entre la farouche religion monothéiste de ce petit peuple occupé et un dominateur païen, intraitable envers tout ce qui ressemblait à la moindre velléité d'authentique royauté juive. La réaction des autorités juives au miracle de la résurrection de Lazare peut sans doute nous scandaliser, il reste que, dans la perspective de ces gens, l'élimination de Jésus apparaissait comme une oeuvre de salut public.

"Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : Que faisons-nous? disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. Si nous le laissons faire, tous croiront en lui et les Romains viendront et ils supprimeront notre lieu saint et notre nation" (Jn 11, 47-48).

II est clair qu'ils songent à mettre Jésus hors d'état de nuire. Mais Caïphe, le grand prêtre en exercice, a une idée beaucoup plus efficace, plus machiavélique aussi :

"Vous n'y entendez rien. Vous ne songez même pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière".

Il est clair que le plan de cet homme est de faire saisir cet agitateur (doté de pouvoirs thaumaturgiques, certes, mais à l'identité messianique duquel aucun dirigeant religieux de l'époque ne croyait), de le juger pour blasphème et de le livrer au pouvoir public, sous le chef d'accusation auquel les Romains étaient le plus sensibles : sédition messianique, crime automatiquement punissable de mort. Cette alliance insolite entre deux ennemis jurés, sur le dos d'un innocent, a eu maintes versions dans l'histoire des hommes, mais, cette fois, la victime a de telles dimensions, malgré ses infimes apparences, que cette coalition blasphématoire va devenir l’antitype de la coalition de tous les pouvoirs contre l'oint de L’ETERNEL, lors du grand combat eschatologique. De cette transposition mystérieuse, sous l'action de l'Esprit-Saint, témoigne éloquemment le chant d'actions de grâces que font monter vers Dieu les premiers Chrétiens :

"Maître, c'est toi qui as fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qui s'y trouve. C'est toi qui as dit, par l'Esprit Saint et par la bouche de notre père David, ton serviteur: Pourquoi cette arrogance chez les nations, ces vains projets chez les peuples? Les rois de la terre se sont mis en campagne et les magistrats se sont rassemblés de concert contre le Seigneur et contre son oint. Oui vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton serviteur Jésus que tu as oint; Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d'Israël, pour accomplir tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais déterminé par avance" (Ac 4, 24-28).

Il est évident que nous avons affaire, ici, à un mode d'interprétation actuali­sante fort utilisé à cette époque : le pesher. Tant le narrateur que le lecteur savent parfaitement qu'il n'y a qu'une adéquation approximative entre la prophétie et l'actua­lisation accommodante qu'on en fait à une situation actuelle qui présente avec les réa­lités prédites quelques analogies de forme ou de fond. C'est, d'ailleurs, du même oeil, qu'il faut lire l'application que fait Pierre de la prophétie de l'effusion de l'Esprit, aux derniers jours. L'oracle est cité dans son intégralité (Ac 2, 16-21 et Jl 3, 1-5) (Sefarim), avec la mention du soleil qui se change en ténèbres et de la lune qui se change en sang, tous signes qui, eux, ne se sont pas produits en ces temps-là ; preuve, s'il en était encore besoin, que l'accommodation que fait le Nouveau Testament de ces prophéties eschatologiques n'en monopolise ni n’en épuise pas l'accomplissement plénier, encore à venir.

Toutefois, il ne faudrait pas voir, dans ce procédé, un jeu artificiel. La situation est analogiquement la même que pour la prophétie des pleurs de Rachel sur ses fils tués, appliquée par l'évangéliste à la situation concrète des petits massacrés de Bethléem - et dont nous avons vu que l'accomplissement plénier semblait bien en être intervenu dans le gigantesque massacre contemporain de six millions de Juifs. Dans les deux passages que nous venons d'évoquer, s'applique la même divine dialectique ; les principaux éléments du drame du salut messianique, éparpillés dans le vaste magma de la préhistoire du peuple juif, se retrouvent, personnalisés et spécifiés, dans le Nouveau Testament, tel un capital chromosomique chargé de tous les acquis héréditaires de cette geste humano-divine, mais également ouvert sur un avenir encore informe, dont il prendra possession en le fécondant, en y déposant cette riche semence qui a traversé l’histoire et le temps, afin qu'elle atteigne ses pleines dimensions et porte tous les fruits eschatologiques contenus dans le dessein divin initial.

Et pour résumer le propos, posons que  l'épreuve à laquelle ont été soumis les dirigeants religieux du judaïsme, en la personne énigmatique de Jésus - qui s'est avéré être pour eux une pierre d'achoppement (cf. Is 8, 14 (Sefarim); Rm 9, 33 et 1 Pi 2, 8) - risque d'être imposée, quelque jour, aux nations chrétiennes, en la personne, cette fois, du peuple juif. Quand ce dernier, revenu pleinement à la conscience de sa vocation de "lumière des nations" (Is 42, 6) et réinvesti de l'Esprit de Dieu, deviendra, pour l'ordre nouveau que nous prépare le totalitarisme athée (dans sa version la plus tyrannique et la plus tentaculaire), une gêne intolérable, une pierre à soulever pour toutes les nations (Za 12, 3) (Sefarim). Quand se lèvera la tyrannie à laquelle nul n'osera résister en face, qui aura le courage de refuser de s'associer au massacre ou à la spoliation de ce peuple déjà perdu de réputation de nos jours, tandis que s'amenuise inexorablement le mince choeur des amis inconditionnels d'Israël ? La Bête, attend, dans l'ombre, que les consciences soient murées, les coeurs endurcis, la vérité foulée aux pieds, l'amour tourné en dérision; alors, elle agira. Et la terre entière suivra la bête (Cf. Ap 13, 3).

Souvenons-nous de la leçon du nazisme. Hitler était très attentif à l'opinion publique. S'il avait été convaincu que ses massacres de Juifs soulèveraient l'indignation générale, il se fût bien gardé de les perpétrer. Aux dires des meilleurs historiens du national-socialisme, c'est la quasi-indifférence qui a accueilli les premières voies de fait contre les biens et les personnes des Juifs, qui a encouragé ce tyran à donner libre cours à sa haine raciale, assuré qu'il était de la connivence tacite et de la passivité des non-Juifs, que n'atteignait en rien cette horrible tourmente.

Est-il utile de préciser que le dernier forfait - encore à venir - ne se déroulera pas dans les mêmes conditions que le précédent? Cette fois, les choses seront très claires. Nul n'aura l'excuse de la bonne foi ou de l'ignorance. En effet, le prophète Joël nous le dit clairement : la matière du jugement, ce sera le peuple juif :

"Car, en ces jours-là, en ce temps-là, quand je rétablirai Juda et Jérusalem, je rassem­blerai toutes les nations, je les ferai descendre à la Vallée de Josaphat. Là, j'entrerai en jugement avec elles, au sujet d'Israël, mon peuple et mon héritage. Car ils l'ont dispersé parmi les nations et ils ont partagé mon pays" (Jl 4, 1-2) (Sefarim).

Ce qui précède n'est qu'un exposé - très sommaire, malheureusement - des grandes lignes de ma conception de la maturation du mystère du peuple juif dans l’histoire. Peut-être certain(e)s seront-ils choqués de l'autorité de certaines analogies, voire de ce qui pourra apparaître comme une certitude présomptueuse de détenir la seule interprétation valable d'oracles scripturaires énigmatiques, dont nul ne peut prétendre épuiser toute la richesse du mystère que Dieu y a déposé. Mais je dis ce que je crois devoir proclamer. S'il s’avère que j’aie pu, par vraie grâce, jeter quelque lumière sur un mystère encore caché dans les Ecritures, je ne saurais m'en enorgueillir, car "qu'ai-je que je n'aie reçu" et ne suis-je pas un "serviteur inutile" (cf. Lc 17, 10) ? Enfin, si je me croyais quelque chose, le spectacle de ma vie pécheresse me servirait d'"écharde" salutaire "dans ma chair" (cf. 2 Co 12, 7).

Toutefois, la reconnaissance de mes limites ne m'autorise pas à taire ce que je crois avoir compris du Plan de Dieu. Je ne vois donc pas d’autre moyen pour connaître l'Esprit qui est en moi, que d'en exposer la teneur aux chrétiens, avec crainte et trem­blement, certes, car je sais trop que, bien souvent, "l'esprit de ténèbres se déguise en ange de lumière" (cf. 2 Co 11, 14) ; mais aussi, avec confiance, car je me fie à l'assistance de l'Esprit-Saint, qui est garantie au croyant. J’attends de celles et ceux qui liront ces lignes qu'ils témoignent que "je n’ai pas couru en vain" (cf. Ga 2, 2). Je leur demande, humblement mais instamment, de bien vouloir examiner avec attention mon témoignage, sans se laisser arrêter par l'infirmité de celui qui le porte.

Maheqra

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Notes de la Rédaction

1. Une fois encore, sans le savoir, Hitler a prophétisé. En effet, dans le Midrash Bereshit Rabbah, Parashah 41 (42) sur Gn 14, 14 "et l'on vint le dire à Abraham l'Hébreu ('ivri)", nous trouvons ce commentaire midrashique sur la racine 'VR : "Rabbi Judah déclare : tout le monde est d'un côté (me'ever ehad) et lui (Abraham) de l'autre. Rabbi Nehemia déclare : il vient d'au delà (me'ever)..." Il est vrai qu'un autre prophète païen, beau­coup plus ancien celui-là, Balaam, requis par Balaq pour maudire Israël, avait été contraint de bénir; et voici une petite partie de cette bénédiction prophétique : "Voici un peuple qui habite à part, il n' est pas compté parmi les nations" (Nb 23, 9) (Sefarim).

2. Le Goël, ou proche parent, avait le droit de préemption sur les biens et les personnes de son clan. Il était donc "celui qui rachète" (d'où 'rédempteur', du latin redimere) le bien de famille de ses proches tombés dans la misère, pour que ce dernier ne soit pas aliéné (voir la belle histoire de Ruth) (Sefarim) mais aussi le "vengeur de sang", le justicier.

3. A propos de cette problématique difficile et de la traduction imparfaite du terme d’apocatastase dans les versions modernes du Nouveau Testament, voir "Qu'est-ce que l'apocatastase ?", et "Situations apocatastatiques dans le Nouveau Testament", etc.  


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20-11-2005 | Commentaires (7) | Public
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